‹ Histoires buissonnièresChapitre 3 sur 15 · LE BONHEUR · texte numérisé non relu

LE BONHEUR

*s^ ■' ■4î§^;|qv^‘#

: Si, .y. ■

i *,UHvmy:yi ;^p;:. .

■ '■ . ■ ■'^'■■:'ff|' •V.',..:”' '■,

7'-. ..-.wïdi'

"ïVW^m

■A ■. jSM

«fti ' y '<% ••■'■

l.E BONHEUR

A mon ami Eugène Labiche.

Qu’appelez-vous le bonheur ? — Où le prenez-vous ?

Il était notaire et considéré dans le pays : un brave homme ! Par malheur , il est devenu veuf. Quand on perd une bonne

femme qu’on aimait et qui ne vous laisse pas d’enfants, que voulez- vous qu’on fasse ? Le pauvre homme s’est mis à' boire. Il a tant bu qu’il a tout bu, l’étude, les clients, les cartons.

Aujourd’hui, quand vous le rencontrez, toujours dans son vieil habit noir devenu roux, portant autour du cou comme une tradition un lambeau roulé, jadis blanc, le pauvre homme est soûl, soûl toujours. 11 s’est tout entier et comme en retour donné à cette bienfaisante passion qui lui a versé l’oubli. Il passe en trébuchant devant le petit café de l’endroit, détournant froidement son regard des vieux habitués qui le suivent de l’œil , pour aller quêter l’invitation d’un verre dans les cabarets borgnes de l’autre côté du pont ; — et quelle béatitude, quelle extase quand

Page 1