Histoires campagnardes
L’interne et les trois externes attachés à l'hospice Saint-Labre sont vexés et humiliés.
Le' choléra règne dans la ville, et aucun cas ne s'est encore présenté à 1 hospice, tandis que la maladrerie des frères Saint-Jean de Dieu, l’infirmerie du collège, celle de la maison d’arrêt et autres endroits secondaires ont déjà été nantis de leurs sujets.
C en était un très-beau; il était bleu. C'était un ouvrier tisserand de la rue Saint-Guillaume. On lui assigne le lit n® g de la salle Saint-Hilarion, où il est porté en triomphe.
tout ému:
« Messieurs, messieurs* en voilà
Et ces messieurs de se précipiter au-devant de ce bienheureux cholérique.
La minute d’après, second cholérique. Cas magnifique également, il était vert. C’était un monsieur étranger à la localité qui avait été’ saisi par l'épidémie dans le bureau de l’Euregistrement au moment où il payait un droit de succession.
Racontar médical.
COMME QUOI MÉLINGÉ FUT TRAITÉ POUR LE CHOLÉRA
Le cas de cet homme paraissant tout particulièrement intéressant, l’interne le fait placer salle Saint-Ildefonse, lit n» 7, et donne .les nstructions les plus précises à son égard.
On doit traiter le patient par les spiritueux, comme il est d'usage dans les affections cholériformes. Il sera même bon d'apporter un peu d’énergie dans le traitement. Le malade doit absorber toutes les cinq minutes un fort grog américain.
Jean, l'infirmier, a même reçu l'ordre, au cas où le malade refuserait de prendre la potion, de la lui foire avaler de force.
On lui frictionne l'estomac, on lui dit de prendre courage, on l'appelle : » Mon petit ami. >
COMME QUOI MÉLINGÉ FUT TRAITÉ POUR LE CHOLÉRA
Racontar médical.
... tant et si bien qu’il finit par ne plus donner signe de vie. Ah 1 diable ! une syncope 1 Mais non, le pouls est normal quoiqu’un peu crépitant, la respiration est régulière quoique bruyante.'On ne peut voir dans l'accident qu’un accès de catalepsie cholériforme jusqu’à ce jour inobservé. Il n’y a rien à faire qu’à attendre la visite du docteur.
On lui reflanque du grog,
On a pour lui les soins les plus tendres et les plus empresses...
COMME QUOI MÉLINGÉ FUT TRAITÉ POUR LE CHOLÉRA
Racontar médical.
Le docteur étant arrivé, l'interne lui fait son rapport, et lui présente les observations pathognomoniques notées par l'un des externes.
Le docteur, ayant examiné le sujet, trouve qu’il sent fortement l'eau-de-vie.
Mais le fait du traitement par les spiritueux semble expliquer cette particularitéc
COMME QUOI MÉLINGÉ FUT TRAITÉ POUR LE CHOLÉRA
Racontar médical.
Le docteur est perplexe. Il fait venir la sœur Antoinette el l’infirmier, et les interroge.
— Comment était cet homme lorsqu’on l'a apporté?
— Très-faible, avec la figure très-rouge.
— De quoi se plaignait-il? A-t-il parlé?
— Il a prétendu- qu'il allait revoir sa Normandie et fait des efforts pour chanter une romance commençant par :
Aussitôt que la lumière.
La lumière se fait peu à peu dans l’esprit du docteur.
Il dit à l'interne de cesser tout traitement et de lai.sser agir la nature.
On laissa reposer le sieur Mélingé, et, lorsqu'au bout de quarante-huit heures il revint à lui, on lui demanda pourquoi il ne disait rien pendant ce traitement qui semblait lui aller si bient
Il répondit qu’il se croyait moit et en paradis. L'interne alors commença à soupçonner quon avait eu affaire, non à un malade, mais à un vulgaire pochard.
Il fallut le garder deux jours encore oir bien le remettre d'aplomb.
Depuis lors, il fait des vœux pour le retour du choléra !
LES TRIBULATIONS DU FRÈRE FRUCTUEUX
Frère Fructueux, poussé par son zèle, somme le brigadier de dresser procès-verbal contre le chantre et ses complices.
Le brigadier s’avance vers le cabaret avec cette démarche assurée qui sied si bien à l’autorité.
Voyant qu'au lieu d’avoir affaire à de vulgaires contrevenants, il se trouve en présence de fonctionnaires, le brigadier rengaine son air rébarbatif et s’incline avec race
Piqué au jeu, Foulard riposte par un Vexilla regis à faire sauter les tuiles sur les toits des maisons.
Ce qui retourne le couteau dans le cœur de Frère Fructueux.
Lequel, voyant qu'il n'y a rien à attendre d’un militaire adonné aux spiritueux, prend le parti d’user de diplomatie, et donne mission au sacristain de faire par adresse taire le chantre.
Le sacristain, s’étant introduit dans le cabaret, croit habile de persifler Foulard, prétendant qu’il a chanté comme une vache qui va vêler, et autres propos ironiques.
LES TRIBULATIONS DU FRÈRE FRUCTUEUX
De phis en plus piqué au jeu, Foulard riposte vivement par des personnalités, reprochant au sacristain de ne rien entendre au rituel, et d’exécuter le cérémonial comme pourrait le feire un chien savant.
Vexé à son tour, le sacristain prend ces messieurs à témoin de l’iniquité de ce reproche: et pour prouver combien il est peu mérité, il exécute le simulacre du cérémonial des offîces avec une grâce et une précision admirables.
Frère Fructueux, qui épie par la petite fenêtre du fond, voit avec douleur le résultat de sa diplomatie.
Cependant, trois gendarmes de la brigade arrivent au cabaret à la queue leu leu, et se voient gratifiés d'amples rasades.
Et le quatrième gendarme également.
Et divers notables du bourg aussi.
Foulard voyant grossir son auditoire, et voulant montrer ce dont il est capable, braille .'un Gloria qni fut entendu à un kilomètre à la ronde.
Le nombre des consommateurs s’étant augmenté, et la soif allant crescendo, toute U famille de Boinafoux est occupée à remplir les pichets vides et à voiturer le cidre et l’eau-de-vie de la cave sur les tables.
LES TRIBULATIONS DU FRÈRE FRUCTUEUX
Navré, Frère Fructueux tente sa dernière chance et remet sa cause entre !es' mains du garde champêtre. Il fait un énergique appel à ses sentiments, lui disant qu’il n’a plus d’espoir qu’en lui.
Flatté de cette confiance, le garde champêtre jure de se signaler. Il ne connaît personne, il ne connaît que son devoir, et si le brigadier lui-même est en contravention, il dressera procès-verbal au brigadier.
Le 'garde champêtre s’élance plein d’ardeur.
Frère Fructueux, se croyant arrivé au port, s’éponge le front.
LES TRIBULATIONS DU FRÈRE FRUCTUEUX
Le brigadier, l’ayant aperçu, lui crie d'une voix de tonnerre d’avancer à l’ordre et de saluer se« supérieurs.
Le garde champêtre reçoit un verre d’eau-de-vie qu’il absorbe comme une rosée céleste.
Puis, pour lui permettre de se mettre au niveau de la société, on lui passe la cruche.
[Il était venu le dernier, ce fut lui qui eut le plumet le plus remarquable.}
un général qui s'est bien battu , mais qui doit céder à la mauvaise fortune.
En ce moment, la grande nouvelle circule par le pays que ces messieurs de l'administration payent à boire à tout venant, que le poiré et l’eau-de-vie de cidre coulent à Hots chez Bonnafoux, que Foulard y chante ta grand'messe et les vêpres, etc.
Et les soiffards d’accourir de tous côtés à ce bienheureux cabaret.
LES TRIBULATIONS DU FRÈRE FRUCTUEUX
Ce qui donne la plus grande animation à cette petite fête de Emilie...
... qui ne se termina qu’à une heure très -avancée par un Te Deum hurlé par Foulard , et qui fut entendu de trois communes avoisinantes.
Mais le dimanche suivant, Frère Fructueux eut sa revanche, et Foulard, vertement tancé par M. le curé, fit amende honorable, à genoux, devant la chaire, sous les yeux de tous les paroissiens réunis.
LA LÉGENDE DU MARCHAND DE COCHONS
Il se nommait François Poussin, et poussait contre l’église, ce qui veut dire que ses parents avaient l’ambition d'en faire un prêtre.
On le mit au petit séminaire, une pépinière où l'on cultive les jeunes pousses sacerdotales.
Mais il tenait à son village par tout son être; son esprit s’échappait sans cesse vers le coin de terre où il avait grandi.
Il revoyait la mare cachée sous les grands arbres, près de laquelle il conduisait les gorets paternels, les doux compagnons de son enfance.
n entendait leurs grognements amis au milieu du calme de l’étude du soir, il les voyait bondir sur les feuilles blanches de ses cahiers ; il les sentait remuer entre les pages de son dictionnaire. Ils se pressaient autour de lui joyeux et caressants, tandis que du haut du ciel saint Antoine lui souriait d’un air paterne et attendri.
Tant bien que mal, plutôt mal que bien, il fit ses études.
LA LÉGENDE DU MARCHAND DE COCHONS
et entra^au grand séminaire.
Mais là encore les mîmes souvenirs d'enfance le poursuivaient. Dans les promenades quil faisait avec ses confrères, il resftiit volo.aliers en arrière, causant a les villageois ébahis et leur donnant des conseils pour l’élevage du bétail.
Ses parents étaient dans la désolation, mais lui portait sur sa physionomie l'expression résolue d'un homme qui a pris son parti,
mentaires d'aller sur cet événement:
« Coquin de sort ! Faut-il être abusés ! » Ah 1 les pauvres parents!! Esquinte\p vous donc encore à pousser vos gars » pour qu’ils vous soutiennent dans vos P vieux jours ! »
cochon de lait.
Le lendemain était jour de marché au chef-lieu.
Il allait joyeux et plein d'espoir, portant dans ses bras le doux animal avec respect, avec amour.
Avant d’être rendu sur le champ de foire, il avait déjà vendu à bénéfice son petit cochon et en avait acheté un plus fort, et ainsi de suite toute la journée. — Aimant le cochon, il le connaissait, et ne fit que de bons marchés.
LA LÉGENDE DU MARCHAND DE COCHONS
LA LÉGENDE DU MARCHAND DE COCHONS
La suite ne démentit point ce que promettait ce'preraier succès. François manifesta subi- Quant à la marchandise, il la fascinait de son coup dœil
tement, dans la nouvelle carrière qu'il avait embrassée, les plus hautes capacités. d'aigle .
Il dépensait dans les foires une rouerie campagnarde capable d'épouvanter les plus vieux diplomates.
de porcs de premier choix.
Les notables charcutiers du pays,' de concert avec les saigneurs les plus compétents, commencèrent à le prendre en estime.
LA LÉGENDE DÜ MARCHAND DE COCHONS
Son magot s’arro.îdit à vue d'œil, et scs affaires prirent de l'extension. Lorsqu'on voyait cheminer sur les grandes routes de vastes troupeaux de porcs conduits par des gens en limousine, on savait que tout cela appartenait à Monsieur François Poussin.
LES VINGT-CINQ BLOUSES DE JOSEPH MANIVELLE
Comme de raison, Joseph Manivelle boit un pot de cidre A la descente des bons enfants avec Jean-François Malitorne.
Joseph Manivelle s'achète, chez un marchand du faubourg, pour trois francs dix-sept sous, une belle blouse neuve, roidc et empesée, qu'il dépose sur fe bât de son âne.
’^ÊSi:.
LES VINGT-CINQ BLOUSES DE JOSEPH MANIVELLE
En remontant le faubourg, Joseph Manivelle rencontre son ami Yves-Marie Chassebceuf, du bourg de Casiny, avec lequel il fait un bout de chemin, s’arrêtant à tous les bouchons.
La blouse ayant glissé du bât de l'ànc à terre, Joseph Manivelle croit voir une blouse perdue par quelqu'un sur la route. Il s'en empare et la remet sur le bat en disant ; a Bon, i'en aurai deux! ça m'en fera une de rechange. •
La blouse ayant glissé de nouveau, Joseph Manivelle la ramasse encore et se reproche d'avoir dépensé de l’argent à s’acheter une blouse, puisqu’on eh trouve ainsi le long du chemin.
* Celle-ci, dit-il, sera pour mon garçon. » Et il la remet sur le bat et continue de marcher.
LES VINGT-CINQ BLOUSES DE JOSEPH MANIVELLE
La blouse étant tombée une troisième fois, Joseph Manivelle la ramasse de nouveau, commençant à trouver la chose forte. Il la replace sur son âne en disant ;
• Et de quatre! celle-ci sera pour mon oncle Mathurin. »
Au bout de quelques pas la blouse est encore à terre, et Joseph .Manivelle la ramasse toujours en disant :
a Je donnerai celle-ci au garde champêtre pour qu'il ne me dresse plus de procès-verbaux. »
Joseph Manivelle continue sa route de pl en plus gaillard, mais fortement épaté.
La blouse tombe encore...
... et encore. Joseph Manivelle conjecture qu'un colporteur aura semé sa marchandise La blouse tombe toujours. Joseph Manivelle ramasse toujours, et ne sait plus ce qu'il fera de toutes ces blouses, à
sur le chemin, à moins qu'il n'y ait de la sorcellerie là-dessous. moins de s'en établir marchand.
LES VINGT-CINQ BLOUSES DE JOSEPH MANIVELLE
Il De pouvait contenir sa joie.
Joseph Manivelle, qui suit en courant, s'embarrasse les pieds dedans.
L£S VINGT-CINQ . BLOUSES DE JOSEPH MANIVELLE
• Bah ! dit-il, puisque celle-ci m'a tait tomber...,, à l'eau i... j’en ai bien assez. > Et U la jette dans la rivière.
Joseph Manivelle annonce d'un air de triomphe à sa femme qu’il rapporte vingt-quatre blouses, toutes, moins une, trouvées sur le chemin.
La femme demande où se trouve cette profusion de nippes...
... Sur i'àne.
Ou examine I'àne... rien!
vif
COMME QUOI JULIEN DES POIS-CHICHES RATA SON MARIAGE
Chronique rurale.
eu mariage la belle Céleste Pousseux, la plus ricl-e héritière de la commune vcisùie
Julie.i des Pois-CLticltes, en compaguie
de son père et de tante Véronique, ya demander
La tante Véronique prodigue à Julien ses recommandations :
• Vois-tu, mon gars, tache de prendre un air futé, cl quand ils • viendront voir notre bien, s’ils disent : — Voilà un beau carré de « luzerne, — voilà un beau plant d’artichauts, — voilà une greffe 0 soignée, — réponds toujours ; C’est moi qui l’ai fait. »
COMMË QUOI JULIEN DES POIS-CHICHES RATA SON MARIAGE
Chronique rurale.
Julien des Pois-Chiches, s’étant acheté un petit miroir chaz le bimbelotior du bourg, s’exerce penda:it toute la semaine â prendre un air fûté et intelligent.
Au jour dit. Céleste Pousseux arrive avec son père, sa mère et son grand-papa. On commence l'inspection des pièces de terre, et l'on approuve.
— - Voilà du blé qui viendra bien, dit le père Pousseux, c'est un bel ensemencement, »
— Il C'est moi qui l'ai fait n, répond Julien des Pois-Chiches.
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COMME QUOI JULIEN DES POIS-CHICHES RATA SON MARIAGE
Chronique rurale.
La mère PoasBeuï trouve les oBtures des champs bien soignées, les haies bien entretenues, et les barrières en bon état • L.est moi qui les ai faites », répond Julien.
Papa des Pois-Chiches et tante Véronique sont satisfaits de sa présence d’esprit et de l'à-propos de ses réponses.]
Le grand-père Pousseux est réjoui de la vue du potager. Les carrés de choux et les plants de carottes lui plaisent. Et Julien de répondre : * C'est moi qui les ai faits. »
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COMME QUOI JULIEN DES POIS-CHICHES RATA SON MARIAGE
Chronique rurale.
On entre à U maison pour boire un coup et manger un morceau.
C'est Julien qui a fait le pain qu'on mange, le cidre qu’oa boit, la table devant laquelle on est assis, et le torchon qui la recouvre en guise de nappe.
Papa des Pois-Chiches et tante Vdronique trouvent que le gaillard a la langue bien pendue.
Quant aux Pousseux, ils sont aux anges de recevoir dans leur famille [un gendre aussi capable et aussi entendu ;
C'est Julien qui a creusé le puits qui s’y trouve, fa’it la maçonnerie, etc., etc
On examine la maison. C'est Julien qui l’a bâtie. Tante Véronique trouve qu'il va un peu loin .
COMME QUOI JULIEN DES POIS-CHICHES RATA SON MARIAGE. — Chronique rurale.
et les liarnnis des chevaux.
C’est lui qui a planté un noyer d’apparence centenaire qui se trouve dans la pâture. Les Pousseux sont renversés.
Tante Véronique a le pressentiment que Julien va dire des bêtises.
COMME QUOI JULIEN DES POIS-CHICHES RATA SON MARIAGE
Chronique rurale.
On admire les bêtes. Une portée des jeunes gorets est surtout appréciée. On est déjà en train de calculer ce qu’ils pourront rapporter un jour, lorsque voilà notre imbécile qui recommence sa ritournelle : " C’est moi..., etc. "
Ah!!... épatement... demande d’explications... explications embrouillées... rupture.