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UNE ÉPIDÉMIE DE SANTÉ

Deux êtres seuls faisaient contraste par leur maigreur avec le florissant état général. C'étaient — le médecin, qui n’avait pour malade que le chien de la concierge de la mairie,

Et le pharmacien, qui faisait si peu d’affaires qu’il en était réduit à faire frire des rigolos pour se substentcr.

Le médecin, nature lymphatique, n'eût pas essayé de lutter contre tant de mauvaise fortune.

Mais le pharmacien, âme ardente, rêvait sans cesse aux moyens de conjurer le^sort.j

Tant qu'il se décida certain soir à aller déposer dans le tronc des pauvres une lettre anonyme adressée au curé de la paroisse. Ce respectable pasteur fut fortement interloqué par la lecture de cette missive,

Voici ce dont il était cas :

L’auteur de la lettre disait que, sentant approcher la fin de sa carrière, il voulait faire l'aveu d’un crime. Il s’accusait d’avoir, par ses maléfices, empoisonné l’air de la commune, de sorte qu’il régnait une épidémie dont les premiers symptômes ne se manifestaient que par un excès de santé (apparence fallacieuse), mais dont le développement devait avoir les effets les plus terribles. Il n'était que temps de recourir aux secours de la médecine et de la pharmacie pour détourner le danger.

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