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plus la terre ; les obstacles n'existaient plus pour moi;
j'étais à mes propres yeux un héros de roman ! Ecrire : à la signora était un moyen trop vulgaire pour que i j'y pusse songer ; il était d'ailleurs peu sûr, et rien
ne me garantirait une réponse ; je résolus de pénétrer | jusqu'à elle à tout prix!
Je méditai deux jours cette étrange entreprise , et à
force d'y penser elle me parut facile. Je combinai si
souvent toutes les chances , j'inventai tant de ressources , je composai tant de scènes , dans lesquelles je me faisais un rôle héroïque ou touchant , que j'arrivai à ne plus douter du succès. Dailleurs la hardiesse de l'aventure me plaisait-, c'était sortir de la voie commune, et 1 audace du moyen devait donner une plus grande idée de mon amour.
Je me revêtis de mes meilleurs habits, comme pour une fête , je plaçai sur mon cœur le bouquet séché de la signora, et, m'armant d'un poignard qui complétait à mes yeux le rôle que j'allais jouer , j'attendis le soir pour nïintroduire dans l'hôtel.
Je ne vous dirai rien, Madame , de mes précautions, de toutes les crises de crainte et d'espoir qui m'agitèrent pendant ces heures d'attente ! Il vous suffit de savoir quo je réussis à tromper la surveillance et à
IwO HISTOIRES D AwIIlfiFOiS.
parvenir jusqu'à l'appartement occupé par la signora, Elle ne s'y trouvait point ; mais tout y était encore dans un desordre qui annonçait sa présence récente. Des livres entr' ouverts, des broderies commencées, des vêtements qu'on venait de quitter , étaient dispersés sur les fauteuils.
C'était la première fois que j'entrais dans un appartement élégant, et l'admiration qu'excita en moi le luxe dont j'étais entouré se confondit avec la ravissante pensée que j'étais chez elle. Je regardais partout avec ivresse. Je me croyais transporté dans un palais de génies, et je m'attendais, à chaque instant, à entendre retentir, comme une musique céleste, cette douce voix de la signora que je ne connaissais point encore.
Revenu de mon premier émerveillement , je contemplai les uns après les autres les meubles qui garnissaient l'appartement. Je les louchais avec une sorte de respeci tendre , je leur parlais , j étais dans le délire!... En arrivant devant une toilette, j'aperçus un me laillon ; c'était son portrait ! après l'avoir couvert de baisers, je le cachai dans ma poitrine : je ne pensai môme pas un instant qu'il put avoir une autre valeur que celle d'avoir été porté par la sinora... Je ne pensais à rien ;... j'étais hors de moi î —