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Histoires d'autrefois

Tous deux s'arrêtèrent à rentrée du bois de chênes qui conduisait à la route de Montgomery.

— Ne venez pas plus loin , dit le jeune homme ; votre père souffre et vous attend.

La jeune Américaine lui saisit la main.

— O mon Dieu! déjà vous quitter!...

— Ne pleurez pas, ma bonne, ma chère Jenny, vous m'ôteriez tout mon courage. Si vous saviez combien je suis malheureux de partir ! combien j'ai balancé, lorsque M. Jackson m'a parlé de cet emploi à Boston! Mais j'ai dû céder à la raison. Les affaires de votre père sont plus dérangées qu'il ne le croit luimême \ sa maladie va chaque jour s'aggravant ; d'un

moment à l'autre, vous pouvez rester sans ressources, Jenny!... En acceptant la position qui m'est offerte, j'assure notre avenir à tous deux; j'aurai maintenant un toit pour vous recevoir, et, dans quelques mois, quoi qu'il arrive, nous serons unis pour toujours. Ne trouvez-vous point cela doux à penser?

— Ah, Jones! répondit l'enfant, en se jetant dans les bras de son fiancé.

Celui-ci la pressa tendrement sur son cœur, et imprimant sur ses yeux humides un long baiser ;

— Adieu! répéta-t-il plusieurs l'ois; adieu, ma fiancée chérie !... ma femme !...

Il la serra encore sur sa poitrine, l'embrassa encore; puis, la repoussant avec effort, il s'élança vers la route de Montgomery.

Jenny demeura longtemps à la même place, cherchant à l'apercevoir à travers les chênes et écoutant s'il ne lui enverrait point un dernier adieu. Enfin, lorsqu'elle fut bien sûre qu'elle ne pouvait plus ni le voir ni l'entendre, elle se rappela son père, et, faisant un effort sur elle-même, reprit ientement le chemin de l'habitation.

Elle en était peu éloignée, lorsqu'elle aperçut M. Jackson, qui venait à sa rencontre. Elle regarda

l'inventaire du planteuk. 3

d'abord autour d'elle , comme si elle eût cherché les moyens de l'éviter; mais ayant reconnu que la chose était impossible, clic se décida à continuer sa route.

Ce premier mouvement de miss Makensie exige quelques explications que nous croyons utile de donner

M. Jackson, propriétaire d'une plantation voisine à laquelle d'innombrables cotonniers avaient fait donner le nom de Blanche-Couronne, était un homme d'environ quarante ans, d'une taille élevée, d'une figure hardie. Il était né en Irlande, et avait été forcé de la quitter pour quelques actes de violence dont on parlait diversement. Arrivé avec les premiers émigrants dans cette partie de l'Alabama, il y avait longtemps vécu de la vie hasardeuse des pionniers , n'ayant d'autre règle que sa volonté, ne connaissant d'autre droit que la force. Sa jeunesse s'était écoulée dans de périlleuses entreprises, au milieu des Criks et des Choctaws, dont il avait été tour à tour l'ami et l'ennemi. On racontait de lui mille histoires qui prouvaient son courage, mais aussi l'énergie fougueuse de ses passions. 11 y avait eu dans sa vie d'aventurier des vengeances sanglantes, des combats inouis et d'incroyables aventures. Deux fois il avait enlevé à des chefs Choctaws leurs

femmes préférées, et s'était enfui avec elles dans les forêts. Ce qu'il avait couru de dangers dans ces deux expéditions effrayait à entendre raconter; mais rien n'arrêtait Jackson quand la passion ïui parlait. Mêlé à plusieurs civilisations, il avait emprunté à chacune ce qui pouvait aider à la satisfaction de ses désirs. Son intelligence, cultivée pendant sa jeunesse, ne manquait ni d'études ni de distinction; son langage avait souvent l'élégance des livres et ses manières la grâce des salons; mais sous cette enveloppe se cachait l'implacable volonté du sauvage. Il avait appris des tribus, au milieu desquelles il avait longtemps vécu, les ruses patientes et la persistance muette qui font arriver sûrement au but.

Depuis que, rentré dans la vie civilisée, il était devenu l'un des plus riches planteurs de l'Alabama, l'occasion d'exercer ses instincts se présentait moins fréquemment ; mais il était aisé de voir qu'au fond Jackson était encore le pionnier libre du désert. C'était toujours une de ces natures dominatrices et puissamment terribles qui absorbent, dans leur sphère, ce qui est doux, riche ou beau, s'attribuent violemment ce qui leur platt, et s'assimilent tout, parce que tout est plus faible qu'elles; — cœurs passionnés, mais durs,

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