UNE MARATRE
"Maître Bouvard était un homme d'environ trente ans, grand, maigre, les traits effacés, et portant des lunettes bleues toujours en fuite sur un nez qui, comme celui du père Aubry, aspirait à la tombe! Premier clerc dans une petite ville de Normandie, jusqu'au moment où la succession de son oncle lui avait permis d'acheter l'étude de maître Roval, à Kouen, il ne connaissait, comme il avait coutume de le dire, que le bon ton de Caudebec, et craignait toujours de se compromettre par quelque manque d'usage. Honoré de la clientèle du grand monde, la distinction des manières lui semblait une obligation
de sa charge de môme que le cautionnement: aussi ne négligeait-il rien pour l'acquérir.
Par malheur, il en est de l'élégance comme du naturel qui fuit toujours ceux qui le cherchent. La politesse raide et apprêtée de Bouvard ressemblait à la rédaction de ses actes et ne réussit qu'à le rendre ridicule. Il espéra sortir d'embarras par un mariage, sachant que dans le monde, les charmes de la femme compensent avantageusement les disgrâces du mari; mais cette chance même lui échappa. Repoussé dans sa première demande, il eut l'imprudence de le laisser savoir, et marcha d'échec en échec. La seconde héritière dont il fit solliciter la main ne voulut point avoir l'air d'accepter ce que la première avait refusé ; la troisième en fit autant à cause des deux autres, et il en futde même pour les suivantes; ce ne fut plus une question de choix, mais d'amourpropre.
Bouvard prétendait même que certaines mères, aux filles desquelles il n'avait jamais pensé, se vantaient d'avoir été vainement sollicitées par lui. L'avoir refusé semblait une gloire vulgaire dont une personne bien née ne pouvait plus se passer; c'était la croix d'honneur des demoiselles à marier.
Cependant, depuis quelques mois, le notaire nour-
rissait une sérieuse espérance. Chose inouïe! tandis que toutes les mères le repoussaient, la baronne semblait l'attirer. Après avoir étudié la valeur réelle de cette nature loyale à laquelle il ne manquait que la grâce de ses mérites, madame de Rostang s'était montrée si affectueuse pour le notaire et si peu ambitieuse pour sa fille, que Bouvard avait fini par penser qu'elle voulait l'encourager. Comme elle avait seulement déclaré à plusieurs reprises qu'elle laisserait à Gabrielle la liberté de ses préférences, et qu'il fallait avant tout l'obtenir d'elle-même, le notaire songeait sérieusement à l'avertir de sa recherche, afin de la lui faire agréer.
Mais là était précisément la difficulté. Bien des fois déjà Bouvard avait essayé des aveux toujours laissés en chemin. Lorsqu'il se trouvait près d'une femme à laquelle il désirait paraître aimable, son imagination angoissée ne pouvait rien trouver au delà de cette question : — Que vais-je dire? et, incapable d'y répondre, il continuait à la répéter tout bas jusqu'au vertige.
L'habitude de la rédaction l'avait heureusement rendu moins timide, la plume à la main, et, après beaucoup d'hésitation, il s'était décidé à écrire.
Restait à trouver le moyen de faire parvenir sa
lettre avec mystère et cependant sans inconvenance.
Maître Bouvard comptait pour cela beaucoup sur le hasard et un peu sur Marcel, devenu son obligé par suite de certains protêts dont il s'était chargé d'arrêter les conséquences.
La baronne et l'amiral arrivèrent au moment où il descendait de cabriolet. Il s'excusa d'abord longuement de se présenter si matin; mais le baron ne lui laissa point le temps d'achever et le prit à part pour lui demander s'il apportait le projet d'acte convenu. Bouvard le lui remit, et pendant que le vieux marin s'éloignait pour en prendre connaissance, il s'approcha de la baronne, à qui il remit plusieurs papiers qu'elle s'empressa à son tour de parcourir.
Tous deux furent sans doute également satisfaits de leur examen, car ils adressèrent au notaire un signe de remerciement et voulurent le garder à déjeuner.
Bouvard, toujours inquiet sur les convenances, hésitait à accepter lorsque Marcel, qui était venu le rejoindre, le prit par le bras et le força à entrer.
Chemin faisant, il lui demanda tout bas des nouvelles de ses billets.
— Soldés, répondit le notaire.
— Avec les frais ?
— Et les dépens.
— Bouvard ! je vous paierai ce service, dit le jeune homme, qui connaissait la position de Tantale matrimonial faite au notaire.
— Comment cela? demanda ce dernier.
— Il faut que je vous marie !
Bouvard n'eut pas le temps de répondre; mais il serra la main du jeune homme comme pour prendre acte de la promesse qu'il lui faisait en riant.
Gabrielîe, qu'il trouva au salon, le reçut avec une bienveillance préoccupée. Ses yeux se tournaient à chaque instant vers la fenêtre, qui laissait voir la cour d'entrée, comme si elle eût attendu quelqu'un. Bouvard chercha en vain le moyen d'attirer son attention, et ne put que tousser et brosser du coude son chapeau; enfin, on se mit à table.
L'amiral, que sa goutte obligeait à une sobriété d'anachorète, était maussade et toujours prêt à s'emporter; mais la douceur de la baronne faisait avorter tous les orages. Il y avait dans sa patience je ne sais quoi d'actif et de tendre qui la rendait contagieuse. Le regard menaçant s'éteignait sous son limpide regard ; la voix irritée s'abaissait au son de sa voix caressante ; l'atmosphère dont elle était entourée semblait apaiser les turbulences intérieures.
Cependant, pour qui savait lire au fond des cœurs, cette sérénité n'était point le calme, mais la résignation. Une tristesse adoucie lui servait, pour ainsi dire, de fond. Cette âme ressemblait aux paysages du Poussin, où tout n'est que paix, harmonie et grandeur, et sur lesquels flotte pourtant une teinte de mélancolie.
La baronne avait été belle et l'était encore, mais de cette beauté de sainte qui relève surtout de l'âme. Quelle que fût sa placidité habituelle, il était facile de reconnaître parfois , à certains tressaillements douloureux, les traces des sept cpées dans le cœur.
Le déjeuner achevé, Gabrielle, toujours rêveuse, avait saisi le premier prétexte de quitter le salon; mais elle y reparut presque aussitôt, en appelant Marcel. Le jeune homme demanda ce qu'il y avait.
— Venez voir! venez voir! cria-t-elle en l'entraînant jusqu'à la fenêtre, et lui montrant, dans la cour, un tilbury tout neuf auquel on attelait son cheval Soliman.
— Qu'est-ce que cela? demanda le jeune homme étonné.
— Avcz-vous donc oublié votre souhait de l'autre jour? dit la baronne, qui s'était approchée en souriant.
Marcel tressaillit.
— Que dites-vous? s'écria-t-il, c'est pour moi?
— Pour qui donc? répliqua Gabrielle rayonnante.
— Et c'est encore vous ! reprit le jeune homme en saisissant les mains d'Ernestine, qu'il baisa avec attendrissement. Ah! pardon, c'est trop... Je ne sais plus comment vous remercier.
— Ni moi comment empêcher qu'on cède à tous vos caprices, dit l'amiral avec humeur.
La baronne le prit par le bras.
— Allons, ne me grondez pas, amiral, dit-elle avec un doux sourire.
Et baissant la voix :
— Songez que nous voulons arracher Marcel à des habitudes de dissipation, continua-t-elle en confidence; que le meilleur moyen pour cela est d'accorder ce qui peut lui rendre le château agréable et le retenir près de nous.
Et comme le baron voulait foire des objections :
— Vous n'avez point d'ailleurs ici droit de remontrance, ajouta-t-elle gaiement, car le carrossier a été payé sur mes économies.
— Très-bien ! Madame, répliqua le baron ; mais, alors , pourquoi m'avoir empêché d'employer les
miennes à faire construire la volière que désirait Gabrielle ?
— Mon Dieu ! dit Ernestine avec embarras, parce que cette volière était inutile...
— Tandis qu'un tilbury est un objet de première nécessité? acheva l'amiral ironiquement.
— Sans aucun doute, reprit Gabrielle, quand il peut faire un heureux.
— Et il en fera deux, ajouta Marcel; car je veux que nous l'essayions ensemble, petite sœur.
— Tout est prêt, fit observer Bouvard, qui regardait à la fenêtre.
— Oh ! je n'oserai jamais, dit la jeune fille, Soliman est trop vif.
— Allons ! venez, reprit Marcel, qui lui passa un bras autour de la taille ; nous ne quitterons point la grande clairière.
Et il ajouta à demi-voix, avec intention :
— C'est par là que M. René doit venir ! Gabrielle ne parut point avoir entendu; mais elle
déclara avec une complaisance pleine de grâce que c'était à sa mère de décider.
— Va ! puisque Marcel le désire, répondit la baronne.
— Et si cela t'amuse ! ajouta Famiral ; car ta mère ne pense qu'à ce mauvais sujet.
Ernestine embrassa la jeune fille avec une tendresse qui protestait contre cette accusation, et demanda à Bouvard s'il ne désirait point partager leur promenade. Le notaire accepta avec empressement, et tous trois sortirent.
L'amiral ouvrit la fenêtre pour les voir monter en tilbury, et rappela à Marcel qu'il le rendait responsable de ce qui pourrait arriver à sa sœur.
Le jeune homme promit d'être prudent et partit.
— Au fait, il a beau être extravagant, fit observer le baron en revenant s'asseoir; lorsqu'il s'agit de Gabrielle, son affection lui tient lieu de bon sens.
— Ah ! si vous saviez combien il est bon pour elle, dit Ernestine avec chaleur, vous parlez toujours de ses étourderies, et vous ne semblez lui tenir compte ni de son bon cœur, ni de sa franchise, ni de sa loyauté !
L'amiral guigna la baronne.
— Je vous vois venir, ma chère, dit-il d'un ton demi-bourru, demi-plaisant, vous allez m'en faire un premier prix Monthyon ! Je parie que vous avez encore quelque chose à me demander pour lui I
— Rien, amiral, répliqua Ernestine gracieuse-
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ment, du moins rien de nouveau! Je veux seulement vous rappeler ce majorât que vous aviez promis de lui constituer. M. Bouvard vient de m'apporter la demande, à laquelle il ne manque plus que votre signature.
— Parfaitement, dit le baron en cherchant dans sa poche un papier; il m'a également remis à moi un projet d'acte que je lui avais demandé pour Gabrielle.
— Pour Gabrielle ! répéta vivement la baronne, quel acte, que voulez-vous dire?
— Vous allez le savoir, ma chère, dit le marin en dépliant le papier. Vous exigez que j'assure trois cent mille francs à Marcel pour le récompenser de me faire enrager! Soit! C'est une excellente leçon pour moi, et j'ai toujours pensé que le bénéfice le plus clair de l'éducation donnée aux enfants, était de développer chez les parents la patience, la résignation et une foule d'autres vertus chrétiennes; mais que je punisse la sœur de ne m'avoir jamais donné que de la joie, vous conviendrez que c'est aussi trop fort !
— Cependant, fit observer Ernestine en hésitant, songez bien, amiral...
— Je songe que nous vivons dans un siècle d'é-
galitë, Madame, interrompit le marin en frappant du pied ; quand le diable a sa part, on peut bien réserver quelque chose pour les anges. Aussi, je prétends assurer à Gabrielle une dot égale au majorât de son frère.
— Que dites-vous? s'écria Ernestine en pâlissant; ah ! c'est impossible, Monsieur, cela ne sera pas !
L'amiral redressa la tête.
— Et pourquoi cela? Madame, demanda-t-il sévèrement.
— Pourquoi ! balbutia la baronne troublée, ne savez-vous point que c'est à Marcel à soutenir votre nom, à lui continuer l'éclat qu'il a toujours conservé jusqu'ici ? Cette fortune que vous voulez partager vient de vous seul, et il est juste que le fils hérite du père.
— Le fils ! répéta le baron, et Gabrielle, Madame, n'est-elle donc pas aussi ma fille?
Ernestine ne trouva rien à répondre.
— Dieu me damne ! s'écria l'amiral, en frappant les bras de son fauteuil, c'est donc une résolution arrêtée et immuable ! chaque fois que je veux m'occuper de la sœur, vous m'opposez le. frère ! pour lui, vous ne me trouvez jamais assez tendre, assez
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généreux, et pour elle vous empêchez tout, vous refusez tout !
— Amiral !
— Pourquoi cela? Madame; pourquoi sacrifier votre propre fille à mon fils qui ne vous est rien? pourquoi m'exciter à la dépouiller pour lui?
La baronne détourna la tête avec une angoisse visible.
— Mais répondez donc, s'écria le vieux marin exaspéré, car vous devez avoir une raison enfin! Votre fille... mais vous ne l'aimez donc pas?
Ernestine joignit les mains et poussa un cri si vrai, si profond, que le baron en tressaillit; cependant sa colère résista.
— Non, reprit-il, vous ne l'aimez pas comme elle le mérite, car vous semblez la tenir à l'écart de ma tendresse, la défendre contre ma' bonne volonté I Mais je ne le souffrirai pas, Madame; je la protégerai contre vous-même !
La baronne ne répondit rien. Elle s'était laissé tomber sur un canapé, la tête cachée dans ses deux mains, et le mouvement de ses épaules trahissait seul les sanglots qu'elle étouffait. L'amiral, qui s'était levé en repoussant son fauteuil avec colère, allait sortir lorsque la voix de Georges Duret se fit entendre
dans le vestibule. Le contre-maître appelait les valets par leurs noms, en criant de chercher un médecin.
Ernesline redressa la tête et le baron s'arrêta.
— Un médecin ! répétèrent-ils en même temps. Des voix confuses et un bruit de pas précipités
retentirent dans le vestibule ; au même instant Georges ouvrit la porte du salon.
— Qu'y a-t-il? s'écrièrent la baronne et l'amiral.
— Pardon, balbutia Duret, troublé; c'est le cheval de M. Marcel qui s'est emporté....
— Et le tilbury? demanda Ernestine.
— Il vient de verser !
Deux cris répondirent ; mais celui de la baronne eut quelque chose de si terrible et de si douloureux qu'il fut entendu du dehors. Elle s'élança les bras en avant, en appelant Gabriclle !.. . Une voix haletante lui répondit, et la jeune fille vint tomber sur son cœur presque évanouie.
Ernesline l'enleva dans ses bras comme un enfant, s'enfuit vers le salon, à la manière des lionnes qui emportent leur proie, la déposa sur un divan et tomba à genoux devant elle.
Pendant quelques instants Gabrielle voulut en vain parler ; sa mère la parcourait de ses mains tremblan-
tes pour s'assurer qu'elle était sans blessure, la pressait sur sa poitrine avec des cris égarés et couvrait sa tête de baisers.
La jeune fille, encore troublée, lui rendait ses caresses en les mêlant de larmes et des noms les plus tendres. Il y eut quelques instants pendant lesquels la fille et la mère ne vircntqu'elles seules et n'entendirent que leurs propres voix.
La baronne, qui tenait Gabrielle immobile devant elle pour la mieux voir, s'enivrait de cette vue et ne pouvait répéter que les mômes mots :
— Vivante ! vivante !
La jeune fille, attendrie, se pencha sur son épaule en la conjurant de se calmer, et déclarant qu'il n'y avait eu de danger que pour Marcel. Ernestine tressaillit à ce nom.
Marcel, reprit-elle ; ah! je l'avais oublié ! où estil ?
— Le voici ! s'écria joyeusement l'amiral, en en-
trant avec son fils, qu'il tenait par le bras ; l'étourdi est sain et sauf.
— Grâce à Monsieur, dit Marcel, qui se tourna vers un jeune étranger arrêté près du seuil. Il s'est précipité à la bride de Soliman, et bien que renversé, il a réussi aie maintenir.
— Maisil est blessa! interrompit vivementGabrielle.
— Ce n'est rien, dit le jeune homme, qui étanchait le sang dont ses mains étaient couvertes ; quelques égratignures qui ne méritent point qu'on y prenne garde. Je suis trop heureux que le hasard m'ait amené à temps.
— En effet, reprit Marcel en souriant, Monsieur venait au château sur mon invitation, et je devais vous le présenter ce matin, amiral.
— Pardieu ! il s'est présenté lui-même de manière à se passer d'introducteur ! dit le baron, qui tendit la main à l'étranger.
Celui-ci fît un mouvement pour la saisir ; mais reculant aussitôt :
— Pardon, dit-il avec émotion, avant d'accepter l'honneur que vous me faites, je dois vous dire mon nom....
Gabrielle fît un geste d'étonnement.
— Jusqu'à présent, continua l'étranger avec intention, je ne l'ai point fait connaître tout entier ; ce nom peut vous rappeler des souvenirs qui changeraient votre bonne volonté en répulsion, et je ne veux point d'une bienveillance surprise.
■ — Achevez, Monsieur, dit l'amiral..
— Mon père, reprit le jeune homme avec une
sorte d'effort, était... le capitaine René de Ramière. La baronne jeta un cri et devint si pâle que Gabrielle, effrayée, avança le bras pour la soutenir. Les traits du marin se contractèrent. Marcel lui-môme, instruit par la confidence qu'il avait reçue le matin, parut déconcerté. Il y eut un court silence de saisissement. L'étranger promena un rapide et triste regard autour de lui?
— Vous voyez que ma réserve était de la prudence, amiral, dit-il, en secouant la tête, car cette main que vous avez tendue à l'inconnu, vous la refusez au fils d'un ennemi.
Le baron hésita un instant, mais ses yeux rencontrèrent ceux de Marcel et de Gabrielle qui semblaient le supplier ; il fit un effoït et présenta de nouveau la main au jeune homme avec une sorte de brusquerie amicale.
— Au diable la rancune ! s'écria-t-il ; je ne m'en dédis pas, Monsieur ; il faut que nous soyons amis \ A mon âge, la haine est comme l'amour, un fruit hors de saison, et quand on ne peut plus marcher sans béquille, il est bon de faire sa paix avec le genre humain.
— Ainsi, dit René attendri, l'amiral veut bien
oublier...
— Tout, sauf ce que vous venez de faire pour ces enfants, interrompit le marin avec noblesse ; et la preuve, c'est que si votre père était là, je lui présenterais également la main.
— Se peut-il ?
— Oui, Monsieur; vous pouvez le] lui dire, s'il vous a suivi ; qu'il vienne, et le château de Barville sera pour lui la maison d'un ami.
— Ah ! merci, amiral, s'écria le jeune homme ému ; merci pour mon père ; mais la joie d'une pareille réconciliation ne lui est plus permise : le capitaine René de Ramière est mort !
L'exclamation poussée par tous les interlocuteurs fut suivie d'un assez long silence. La baronne s'était laissé tomber sur le canapé, les mains jointes, l'œil fixe, les lèvres agitées d'un mouvement convulsif. René s'approcha d'elle, et leurs regards se rencontrèrent.
— Mort ! répéta-t-elle d'un accent inarticulé.
— Oui, dit le jeune homme à voix basse; et je vous apporte ses dernières volontés !