LA MERE ET LA FILLE
Trois jours s'étaient écoulés ; après plusieurs crises nerveuses dont la violence avait effrayé les habitants de Barville, la baronne se trouvait, sinon remise, du moins assez forte pour que M. de Rostang pût enfin songer à lui demander une explication.
Pendant ces trois journées, il s'était vainement efforcé de comprendre l'étrange scène du kiosque ; il avait interrogé René et Gabrielle sans qu'aucun d'eux
pût lui expliquer le saisissement répulsif éprouvé par Ernestineà l'annonce de ce mariage ; tous deux se perdaient, comme lui, en suppositions. Il demanda donc une .entrevue à la barpnne, mais avec le parti pris de la forcer, quoi qu'elle pût dire, à un consentement.
Afin de s'assurer de sa propre fermeté, il autorisa René à venir le rejoindre, après l'explication chez madame deRostang.
Celle-ci, encore pâle et affaiblie, reçut l'amiral avec un trouble visible, mais comme une personne qui s'attendait à cet entretien et s'y était préparée.
Elle laissa d'abord l'amiral exprimer sa surprise et réclamer les éclaircissements qu'il avait droit d'attendre; puis d'une voix basse et étudiée, elle commença une longue justification. ■
Obéissant toujours à la môme préoccupation de conserver son importance au nom de Rostang, elle avait désiré pour Gabrielle une union modeste qui ne devait rien enlever à l'héritage de Marcel; le choix était fait, les engagements presque pris, et elle songeait à en parler au baron lorsqu'elle avait connu le projet qui renversait toutes ses espérances. D'autant plus saisie par cette nouvelle inattendue, que les émotions du matin l'avaient déjà douloureusement
ébranlée, elle ne s'était point trouvée maîtresse d'une surprise dont l'expression avait pu paraître exagérée et qu'elle priait de lui pardonner.
L'amiral avait écouté ce plaidover embarrassé avec une impatience évidente. Quand il fut achevé :
— A la bonne heure, Madame, dit-il, en s'efforçant de rester calme; je ne vous demande compte ni de vos nerfs, ni d'un projet... dont je ne pourrai parler de sang-froid ; je ne vous demande môme pas le nom du gendre que vous avez résolu de me donner, sans que j'en fusse averti ; tout cela s'en est allé pour le moment... où vont les vieilles lunes ! La question se trouve singulièrement simplifiée par l'amour de Gabrielle et de René. Gomme vos préventions en faveur de monsieur mon fils ne vont pas, j'imagine, jusqu'à vouloir qu'il soit seul heureux, vous ne regarderez plus, sans doute, comme impossible un mariage qui assure le bonheur de votre fille.
— Monsieur, ditErnestine d'une voix tremblante, je vous prie... je vous conjure de ne rien précipiter.
— Pourquoi cela, Madame? reprit l'amiral dont la patience était à bout.
La baronne joignit les mains.
— Par grâce ! reprit-elle presque suffoquée, par
grâce, Monsieur, laissez-moi le temps de réfléchir... de voir...
— De voir ce que vous pourrez faire pour tout rompre, n'est-ce pas? s'écria le baron en frappant le parquet de sa canne avec colère : vertudieu ! Madame, c'est aussi trop compter sur ma bonhomie.
— Écoutez-moi
— Non, Madame, je ne vous laisserai point achever cette réhabilitation de la marâtre aux dépens de la mère ! Après tout, ce n'est point la faute de Gabrielle, si elle n'est que votre fille, et si vous ne trouvez pas votre dignité intéressée à la rendre heureuse !
— Ah ! que dites-vous ! s'écria la baronne douloureusement.
— Je dis, reprit le marin qui s'animait de plus en plus, que tout en vous me confond ! Vous semblez aimer Gabrielle, et vous repoussez une union qui la rend heureuse ; votre tendresse enfin lui fait autant de mal que la haine ! Par le ciel, Madame, quand on attachait Prométhée sur son rocher, pensez-vous que c'eût été pour lui un grand soulagement d'avoir le cœur rongé par une colombe, au lieu de l'avoir par un vautour?
— Ah ! Monsieur, vous êtes sans pitié ! sanglota Ernestine qui se cacha le visage dans ses mains.
— Mais enfin un motif! s'écria l'amiral; donnez un molif de votre opposition. Quel est l'obstacle? où voyez-vous l'empêchement ?...
— Monsieur ! babutia Ernestine, qui sentait ses forces épuisées, remettons, je vous en prie, ce débat... Nous reparlerons de ce mariage plus tard...
— Et moi, je ne veux pas attendre, dit le baron exaspéré : j'ai promis à M. de Ramière qu'il se ferait, et je lui ai donné rendez-vous ici, Madame, pour vous remercier.
— Monsieur!...
— Mais, en attendant, je vais annoncer à tout le monde ma résolution.
Il se préparait à sortir; la baronne se levait épouvantée.
— Arrêtez l s'écria-t-elle.
— Demain les publications seront faites! ajouta le marin qui continuait à s'avancer vers le seuil.
Ernestine s'élança au-devant de lui et se dressa contre la porte. M. de Rostang s'arrêta involontairement à l'aspect de ce visage pâle et fier qu'animait une résolution suprême.
— Je veux parler à ma fille, Monsieur, dit-elle d'un ton bref et absolu !... Puisqu'il s'agit de son sort,
c'est à elle de décider... Si après m 'avoir entendue, elle persiste... vous serez libre!
— Mais, Madame..., voulut objecter l'amiral.
— Je suis sa mère, Monsieur, interrompit la baronne impétueusement, on ne peut me refuser le droit de lire dans le cœur de mon enfant.
— Soit, dit M. de Rostang; je vais vous l'envoyer. Il s'inclina et sortit.
Ernestine regagna son fauteuil en s'aidant des meubles et s'appuyant à la muraille. Sa tête flottait comme si elle se fût sentie près de défaillir; un tremblement convulsif agitait ses lèvres, et on voyait autour de ses narines contractées ce cercle blanchâtre qui n'apparaît qu'aux heures d'agonie. Ses paupières très-ouvertes étaient gonflées de sang, sa pupille démesurément dilatée, ses traits d'une pâleur livide que marbraient des taches d'un jaune sombre.
Elle sembla lutter quelques instants contre je ne sais quelles convulsions de l'âme ; puis, fléchissant sous l'effort, elle ferma les yeux, se laissa retomber en arrière avec un gémissement étouffé, et demeura sans mouvement. Cependant un observateur attentif eût deviné, aux fugitives expressions qui se succédaient sur son visage, que cette défaillance n'avait point suspendu la pensée, mais qu'elle en amortissait
seulement la violence ; c'était comme un demi-jour jeté sur les sensations pour les rendre plus faciles à supporter.
Elle fut arrachée à son accablement par un bruit léger qui se fît entendre dans le corridor. Elle rouvrit les yeux, prêta l'oreille, reconnut les pas de Gabrielle, et releva la tête avec un cri inarticulé.
Au moment môme la jeune fille entra.
Elle s'approcha d'abord de la baronne avec précaution, comme si elle eût craint de la trouver endormie ; mais ayant rencontré son regard, elle courut vers elle les bras tendus.
Ernestine détourna la tête en murmurant :
— Mon Dieu ! mon Dieu! ayez pitié... de moi!
— Ma mère ! qu'avez-vous? demanda la jeune fille, qui se pencha sur son fauteuil.
La baronne lui prit les deux mains et l'attira à elle d'un air égaré.
— Gabrielle... écoute-moi, dit-elle d'un accent entrecoupé... Si tu savais... ma fille !
Et levant les bras avec un grand cri, elle se laissa glisser à genoux en balbutiant :
— Ma fille ! grâce !
— Que faites-vous? grand Dieu! s'écria Gabrielle ;. vous à mes genoux!
— C'est ma place ! murmura la baronne.
— Ah ! dans mes bras, ma mère, dans mes bras ! reprit l'enfant qui pleurait sans savoir encore pourquoi, et qui la releva avec un transport de tendresse.
Ernestine la retint sur son cœur dans un long embrassement.
— Oui, reprit-elle, que je sente tes baisers... Encore une fois... avant que j'aie parlé... car il faut... que je parle! Pour comprendre que ce mariage est impossible, tu dois tout savoir...
Gabrielle fit un mouvement et regarda sa mère. Celle-ci ferma les yeux.
— Ne me regarde pas ainsi, dit-elle. Oh ! rougir
devant ma fille !... je ne pourrai jamais !
Elle cacha sa tête sur ses genoux en sanglotant. Gabrielle se laissa glisser à ses pieds.
— Ma mère, qu'avez-vous?s'écria-t-elle épouvantée el attendrie, et que parlez-vous de rougir? Ah ! doutezvous donc de mon respect, de mon amour ! Quoi que vous ayez à me dire, ne suis-je pas sûre ^'avance que tout ce qui vient de vous est noble et bon ?
— Mon Dieu ! faites-moi mourir, bégaya la baronne à travers ses sanglots.
Mais la jeune fille, de plus en plus émue, la tenait enveloppée dans ses bras.
— Ma mère ! ma mère ! répétait-elle en couvrant de baisers ses mains et ses cheveux, puis-je donc oublier que vous êtes ma gloire en môme temps que mon exemple et mon bonheur? Ne suis-je pas témoin ici, chaque jour, de votre patience, de votre dévouement?
Ernestine releva la tête.
— El qui te dit que ce dévouement n'est pas une expiation ? interrompit-elle avec désordre ; sais-tu si chaque soin donné à l'amiral, si chaque tort supporté, au lieu d'être pour moi une épreuve, n'est pas une consolation? si je n'y trouve pas un moyen de racheter quelque souvenir du passé?
— Vous ! ma mère, dit Gabrielle étonnée ; mais, si le passé doit éveiller des remords, est-ce donc chez vous qui, pour sauver une famille de la ruine, avez accepté le mariage qu'on vous imposait?
— Dis que je l'ai subi, reprit Ernestine abattue ;
mais, en donnant ma main à l'homme que je n'avais
point choisi, je laissais mon cœur à un autre. Dieu
sait que j'avais voulu faire le sacrifice tout entier!
J'espérais que la douleur en abrégerait l'amertume !..
Mais l'amiral partit, et... je revis... M. deRamière !...
Lui aussi quittait la France, seul et désespéré ! 11 venait me faire de derniers adieux! Ah! j'aurais dû prévoir que son affliction m'ôterait le courage ; que si je le recevais, j'étais perdue !
— Perdue ! répéta Gabrielle saisie.
— Oui, reprit la baronne en baissant la tête. Et maintenant, tu dois comprendre pourquoi, l'autre jour, quand tu étais là, devant moi, les mains jointes, les regards suppliants, je n'ai pu te dire: Celui que tu veux épouser... c'est ton frère !
Le cri de Gabrielle fut étouffé dans une sorte de rugissement poussé à la porte qui conduisait aux appartements du baron ; la mère et la fille se retournèrent en même temps et restèrent foudroyées. L'amiral était là, sa béquille tombée à ses pieds, une main en avant, et les cheveux hérissés. Ses yeux, fixés dans l'espace, lançaient des flammes.
Par un mouvement commun et involontaire, les deux femmes se jetèrent dans les bras l'une de l'autre, en fléchissant à la fois, comme si elle eussent voulu recevoir ensemble un coup mortel.
L'amiral resta immobile. Pendant un instant on n'entendit que le bruit de son haleine sifflante ; enfin il dit d'une voix creuse, en ayant l'air de se parler à lui-même :
— J 'ai bien entendu ! . . . son frère. . . j 'étais trompé. . . et elle a cru que ce serait impunément !
— Ah ! ma mère, venez ! cria Gabrielle, qui, arrachée à son premier saisissement, voulut entraîner la baronne.
— Elle ne sortira pas ! interrompit l'amiral dont la voix était devenue terrible.
Les deux femmes frissonnèrent en reculant. Le vieux marin s'avança d'un pas lourd mais ferme, et leur barra le passage.
— Que voulez-vous faire ? demanda la jeune fille qui tremblait, fascinée sous son regard.
— Je veux punir une infâme de la honte qu'elle m'a fait accepter pendant quinze années comme un bonheur, répondit le baron; je veux qu'elle me rende compte du nom que je lui avais donné à garder ; je veux venger mon honneur !
Et, armant un pistolet qu'il avait jusqu'alors tenu caché, il s'avança vers la baronne en criant:
— A genoux, Madame !
Par un élan plus prompt que la pensée, Gabrielle se jeta devant sa mère ; mais Ernestine, jusqu'alors courbée se redressa :
— Qu'avez-vous, ma fille ? dit-elle avec une fierté
tranquille : craignez-vous donc que l'amiral de Rostang assassine une femme !
L'amiral tressaillit. Elle écarta résolument Gabrielle, fit un pas vers lui, et le regardant en face :
— Me voici, Monsieur, dit-elle.
— A genoux! répéta le baron d'un accent que la fureur étouffait.
— Non, debout ! répliqua Ernestine avec noblesse ; car on ne s'agenouille que pour implorer la pitié, et moi je ne l'espère pas, je ne la désire pas ! En me voyant à vos pieds, Monsieur, vous vous rappelleriez peut-être ce que j'ai souffert, avant de l'avoir mérité, ce que je souffre depuis ! Votre générosité pourrait s'en émouvoir, et je neveux pas la surprendre. Aussi ne tenterai-je ni justification ni prière, Monsieur ; me voici à votre merci; vengez-vous !
En prononçant ces mots, elle s'avança vers l'amiral, qui recula malgré lui, sembla hésiter, puis rejeta son arme avec violence :
— Ah ! vous abusez de votre faiblesse, Madame, s'écria-t-il les poings fermés de rage; vous vous livrez sans défense à ma colère pour la désarmer ! Tenez..., allez-vous-en, laissez-moi, car je sens que la raison m'échappe et que je ne pourrais répondre de moi-môme.
11 s'était laissé tomber sur un fauteuil. Gabrielle lui tendit les mains avec un cri de reconnaissance, de douleur, de prière.
— Mon père ! balbutia-t-elle.
L'amiral se retourna comme si un coup l'eût frappé ; Ernestine fit un mouvement.
— Emmenez votre fille, Madame, dit le' marin d'une voix étranglée, et rappelez-lui que, moi, je n'en ai plus..., que je n'en ai jamais eu..., que ma tendresse pour celle qui portait ce nom était... comme le nom lui-même un mensonge !
— Aussi ai-je tout fait pour la prévenir, Monsieur, répliqua la baronne, qui avait retrouvé des larmes. Ah ! vous pouvez comprendre maintenant pourquoi je semblais défendre Gabrielle contre votre généreuse affection ; pourquoi je me laissais accuser par vous de ne pas l'aimer !... C'est que chaque témoignage de votre tendresse augmentait mes remords ; c'est que chacun de vos bienfaits me semblait un vol ; c'est que je sentais que le seul bien auquel elle eût droit était mon amour !
Gabrielle se jeta dans les bras de sa mère.
— Ce bien-là, du moins, murmura-t-elle, ce bienlà m'est resté tout entier.
La mère et la fille demeurèrent embrassées, et le
bruit de leurs sanglots interrompit seul ce silence de colère et de désolation jusqu'au moment où des pas retentirent dans le corridor. Quelques coups furent frappés à la porte de la baronne ; mais, enveloppés dans leur douleur, les deux femmes et l'amiral n'entendirent rien. Enfin, la porte s'ouvrit doucement et M. de Ramière entra.
Il arrivait au rendez-vous donné par le baron.
Sa présence sembla compléter cette terrible scène. A sa vue, Ernestine eut besoin de s'appuyer au mur, Gabrielle se cacha le visage et le baron lui-même se leva.
Le jeune homme qui s'aperçut du trouble général devint très-pâle.
— Que madame la baronne m'excuse, dit-il d'un ton altéré... Je suis venu autorisé par l'amiral... et pour connaître mon sort... maisl'émotion que je lis sur toutes les figures... le silence qui m'accueille me le font suffisamment connaître !
Et s'approchant de M. de Rostang, il ajouta avec angoisse :
— Il est donc vrai, monsieur le baron..., vous n'avez pu rien obtenir !
Le baron, sans répondre, lui désigna de la main Ernestine pour lui faire comprendre que c'était à elle
de répondre. L'Américain se tourna de son côté avec une vivacité douloureuse.
— Alors, c'est à madame de Rostang que je dois demander le motif de ce refus? dit-il amèrement. J'ose espérer qu'elle ne refusera point de me le faire connaître ! Quand on repousse un homme d'honneur, quand on brise une espérance à laquelle il avait con-^ fié tout son avenir, il a droit de savoir ce qui a pu lui mériter une pareille douleur.
— Ne me demandez rien ! bégaya Ernestine, qui fît un mouvement pour sortir.
Mais René se jeta sur son passage.
— Je ne vous quitterai pas, s'écria-t-il avec désespoir, je vous suivrai partout jusqu'à ce que j'aie obtenu une réponse, et il faudra que vous me fassiez connaître le motif...
Gabrielle soutint sa mère qui chancelait et d'un geste arrêta René. Une indicible expression de dignité virginale avait insensiblement éclairé ses traits ; il suffisait d'un coup d'oeil pour comprendre que chez elle venait de s'accomplir une de ces révolutions qui mûrissent l'âme subitement, et transforment un être tout entier ; elle attacha sur René un regard direct, et ouvert, et dit d'un accent bas, mais ferme :
— Le motif!... C'est moi, Monsieur, qui vous le dirai... Le motif... C'est ma volonté... C'est que je refuse.
Et prévenant la question que le jeune homme allait lui faire :
— Ne me demandez point pourquoi, ajouta-t-elle; si vous avez le droit d'interroger ma mère, moi, j'ai celui de taire la cause de ma résolution. Le secret de nos choix nous appartient et personne ne peut nous en demander compte ; il vous suffit de savoir que ma décision est irrévocable !
— Ah ! je vous suis donc bien odieux ! s'écria René avec désespoir.
Cette plainte jetée comme un cri, avait un accent si douloureux, si passionné et si sincère, que Gabrielle en tressaillit; ses traits se détendirent, et des larmes montèrent à ses paupières.
— Vous odieux ! répéta-t-elle d'une voix douce et contenue, oh! ne le croyez pas, monsieur René... Séparée de vous, je penserai toujours aux heures que nous avons passées ensemble... et... si nous ne devons plus nous revoir... mon amitié vous suivra partout.
— Ah! je n'en veux pas! répondit le jeune homme impétueusement. Non! ce que j'avais rêvé, c'était
un partage entier de chagrins et de joies; deux existences à jamais confondues en une seule ! Mais puisque cette espérance est une chimère, je ne veux pas contraindre votre cœur à une affection qui ne serait que de la pitié ; ma présence ne doit point vous attrister plus longtemps, et j'espère que mon nom lui-même s'effacera bientôt de votre souvenir. A ces mots, il s'élança hors de la chambre et disparut. Gabriellc avait tendu les bras comme pour l'arrêter; mais elle fît un effort, se rejeta en arrière en criant :
— Ma mère ! ma mère !
Et tombant à genoux devant le canapé, elle appuya sa tête échevelée sur un des coussins, afin d'étouffer ses sanglots.
L'amiral s'approcha d'Ernestine, lui montra la jeune fille éplorée, et lui dit à demi-voix :
— Je suis vengé, Madame ; voilà votre punition !
90 LES PÉCHÉS DE JEUxNESSE.