‹ Histoires d'autrefoisChapitre 22 sur 37 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

MADAME DE LÉVALLE, seule.

Comprend-on une pareille tyrannie? Vouloir marier les gens au premier venu! Et ils sont tous ainsi, ma tante, madame Renneterre, mon frère. Oh! je suis sûre qu'Ernest ne renoncera point à son idée ; il va m 'amener le colonel, me faire solliciter en sa faveur, me persécuter de toute manière ! Et nul moyen d'empêcher... Ah! si j'avais pu prévoir... j'aurais accepté le baron de Massol pour avoir du repos. Mais j'y pense. Il est toujours temps. Pourquoi ne pas écrire à ma tante de conduire ici le baron ? Cela me délivrera des autres au moins... oui... Après tout, M. de Massol me convient à tous égards, et je prouverai ainsi à Ernest que je fais ma volonté. (Elle écrit.) Quelques lignes suffisent... là (Elle sonne; un domestique entre.) Etienne, cette lettre à la poste.

LES PREVENTIONS. 173

Etienne. — Elle ne pourra partir que ce soir, madame.

Madame de Lévalle. — G'estbien. (Etienne sort.) Maintenant, je suis tranquille... Et cependant.... Ernest est sorti fâché; c'est notre première querelle. Et quand je pense que cet homme est la cause... Oh ! décidément, c'est un mauvais génie. Il va revenir, ici, sans doute. Je ne veux pas l'attendre. Je vais descendre au petit bois pour l'éviter. (Elle va vers la porte du fond.) Bon ! le voilà sur la terrasse, maintenant... impossible de sortir sans le rencontrer ! Mais c'est une persécution, cela; il le fait exprès. En définitive, pourvu que je ne le voie pas, que je ne l'entende pas, c'est tout ce qu'il me faut. Je puis travailler.

(Elle s'assied et fait de la tapisserie.)

Page 1