AVANT-PROPOS
Il y a de cela vingt ans environ, peu de temps après le coup d'Ëtat, comme je réfléchissais un jour à part moi sur Textréme facilité avec laquelle, à deux reprises différentes, on avait pu, en quelques heures, renverser nos institutions républicaines, je me sentis portée à étudier ces institutions chez d'autres peuples^ pour tâcher de comprendre Tensemble des conditions qui leur avaient donné ailleurs, contrairement à ce qui se voyait chez nous, la solidité et la durée.
Un assez long séjour en Hollande, où j'eus occa* sion de m'entretenir avec des personnes très- ver-
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sées dans Thistoire de leur pays, fixa plus particulièrement mon attention sur rétablissement de la république aux Pays-Bas ; et bientôt, en m'assurant combien une histoire si belle et si pleine d'enseignements était mal connue en France \ je me proposai de récrire .
La chose n'allait pas sans peine. Il me fallait d'abord et de toute nécessité, si je voulais pousser un peu avant mes recherches, apprendre une langue dépourvue d'attrait. Un autre labeur ingrat, dont je ne pouvais guère non plus me dispenser, c'était de prendre connaissance des annales séparées, trèsdiffuses et très-comfuses, de chaque province, pour en tirer un récit général qui, sans rompre l'unité et sans se perdre aux détails^ ne négligeât rien d'important. Enfin, et à l'épreuve, je reconnus que ce n'était pas pour moi un souci médiocre : entre les assertions et les jugements opposés des écrivains nationaux, fortement prévenus, ceux-ci, pour le
i . L'ouvrage de M, Motley n'était pas, à cette époque, traduit en français, et tout le monde s'en tenait aux jugements superficiels et faux de Fabbé Raynal dans son Histoire du Stadhoudérat.
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stadhoudérat populaire des Nassau, ceux-là pour la bourgeoisie munieipaîe des Barneveldt et des de Witt, j'avais à me tenir toujours sur mes gardes, crainte de me laisser entraîner par Tun ou l'autre parti hors de la stricte équité.
Cependant je me mis à l'œuvre, et plus j'y entrai, plus j'y pris plaisir, trouvant dans les tableaux que retraçait ma plume des mœurs saines d'un peuple viril une diversion aux ennuis que me causait à toute heure le spectacle de nos faiblesses morales et de notre incroyable puérilité politique.
Mais, en entreprenant un ouvrage d'aussi longue haleine que Y Histoire de la République des Pays-Bas- Unis depuis r Union d'Utrecht jusqu'à V abolition du ètadhoudétatf tel était mon titre, j'avais présumé plus grande qu'elle ne devait l'être en réalité ma part de liberté dans le choix de mes occupations et l'emploi jie mes heures. Mille accidents, mille traverses que je n'avais pu prévoir, la maladie, la fatigue interrompirent fréquemment la suite de mon travail, de telle sorte qu'au lieu de sept ou huit années que j'estimais y suffire, voici qu'il m'en a coûté déjà près du double avant de l'avoir mené entièrement à fin.