‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 21 sur 71 · Strada.— Van-Meteren, ch. xi, fol · texte numérisé non relu

Strada.— Van-Meteren, ch. xi, fol

3. On trouva sur Jaureguy le catéchisme de la Société, avec des formules de prières à son usage, écrites en langue espagnole. L'une de ces prières était adressée à l'ange Gabriel, pour lui demander d'intercéder auprès de Jésus-Christ afin qu'il fût donné à Jaureguy de réussir dans son dessein et de n'être pas tué subitement. ( La Pise, iv« partie, p. 524.) — Jaureguy faisait vœu aussi d'employer une partie de la somme qui lui était assurée pour son crime à l'achat de robes et de couronnes pour la Mère de Dieu de Bayonne , pour la Mère de Dieu d*Aranzosuj etc. Il promettait un riche rideau au Seigneur Jésus-Christ. {The Life of Efierton, page 273.)

A peine le prince d'Orange était-il entré en convalescence, qu'une nouvelle épreuve vint assaillir son courage. Sa femme, Charlotte de Bourbon, qu'il avait épousée par amour et dont il était aimé avec une tendresse passionnée, mourut en couches des suites de la frayeur qui s'était emparée d'elle et de ses alarmes pour une vie qui lui était plus précieuse que la sienne propre. C'était une princesse d'un grand cœur et d'une belle intelligence. Son union avec Guillaume de Nassau, longtemps traversée, avait été pour elle une occasion de luttes où elle avait fait paraître une'constance d*àme digne de celui à qui elle s'était donnée. Les tendres soins qu'elle prodiguait à six enfants dont elle était la mère ne détournaient pas son esprit sérieux de l'attention aux affaires publiques, où souvent elle secondait la politique de son mari ; et sa mort prématurée fut un témoignage suprême de ce touchant amour que sa vie n'avait pas suffi à exprimer tout entier.

Cependant, Alexandre Farnèse avait ajouté foi au bruit qui s'était répandu de la mort de Guillaume, et il s'était hâté d'annoncer aux principales villes de Flandre et de Brabant que. Dieu ayant ôté du monde la cause unique et l'instrument principal de tant d'insolences contre la religion et le roi \ Sa Majesté offrait a tous ses sujets un pardon entier. On a dit que le prince de Parme avait connu et encouragé l'attentat de Jau-

1. Gacbardf Correspondance de Guillaume le Taciturne, i. i,p, 14.

reguy. Ce qui n'est pas douteux, c'est qu'il exalta « la détermination et grande ardeur du meurtrier j», et qu'il demanda pour sa famille des récompenses \ Les auteurs d'un nouveau complot, déjoué avant l'exécution, confessèrent d'ailleurs l'avoir entrepris sur l'exprès commandement de Farnèse. Ce complot fut découvert pendant un court séjour que le duc d'Anjou et le prince d'Orange firent ensemble dans la ville de Bruges. Nicolas Salceda, gentilhomme français d'origine espagnole, entré au service du duc d'Anjou,, un Italien appelé Buza, un Wallon du nom de Hugot, les suivaient depuis Anvers, épiant l'occasion de les tuer l'un et l'autre. Ces trois misérables furent arrêtés sur quelques indices qui les trahirent. Baza se frappa d'un coup de couteau dans la prison. Salceda, ayant compromis par ses aveux les princes de Lorraine, fut livré, au roi de France, condamné par arrêt du parlement de Paris, écartelé en présence du roi et de la reine mère ^. Hugot parvint à s'échapper ; il avait confessé, ainsi que Baza, € qu'ils avaient conspiré ensemble par ordre et commandement exprès du prince de Parme, de faire perdre la vie au prince d'Orange et au duc d'Anjou, ou sur mer, ou à table , ou par poison, pu autrement » ; et que le prince de Parme leur avait remis quatre

1. Gachard, Correspondance de Guillaume le Taciturn"^ 1. 1, p. li.

2. Au moment où les chevaux s'élançaient sous le fouet du bourreau, la duchesse de. Mercœur, présente avec toute la cour à cet horrible spectacle, obtint pour Salceda, auquel elle éuit alliée, la grâce d'être étranglé.

mille ducats pour avancer le succès de renlreprise\ Les soucis et les afflictions ne manquaient pas, on le voit, au prince d'Orange. Un coup plus rude encore allait lui être porté, et celui-là parti du côté même où il avait cherché pour son pays assurance et protection. Le duc d'Anjou le trompa et trahit ses serments. Ingrat envers le peuple qui l'avait appelé, bassement jaloux du pouvoir et de la popularité de Guillaume, ennuyé déjà d'un rôle qu'il avait si fort convoité, circonvenu par d'indignes favoris, François de Valois 'se laissa pousser par eux à une entreprise détestable, et perdit en quelques jours son honneur, son prestige royal et la grande situation que la politique du prince d'Orange lui avait faite. Cette situation eût paru assez belle à tout autre. Guillaume n'avait rien négligé pour disposer en faveur du duc d'Anjou Tesprit des grands et du peuple. Les états lui avaient accordé, comme nous l'avons vu, l'exercice public du culte catholique et lui donnaient un subside annuel de deux millions quatre cent mille florins. La noblesse wallone, satisfaite de voir à sa tête un prince de maison régnante et de religion catholique, et qui avait craint un gouvernement populaire entre les mains du prince d'Orange, se groupait autour de lui ; il se voyait à la tête d'une belle armée que venait de lui amener le maréchal Biron, avec laquelle il pouvait espérer de chasser les

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