‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 23 sur 71 · LaPise, iv« partie, p · texte numérisé non relu

LaPise, iv« partie, p

2. Henri, qui comprenait dès ce temps toute l'importance du soulèvement des Pays-Bas, promettait, par l'entremise de Duplessis, de venir à la tête de trois mille hommes entretenus à ses frais, si les états généraux voulaient lui déférer la souveraineté des Provinces- Unies; mais les états n'avaient point confiance en la solidité de ce prince, et les calvinistes rigides doutaient fort de sa religion, « qui se destrempoit un peu dedans les voluptez. » (Groen van Prinsterer, lom. V, p. 520,)

3. « Ce jeune duc, jeune d'ans, jeune d'expérience, jeune en conseil, jeune en conduite, prend avis et conseil de jeunes gens comme lui. Dix-sept jeunes seigneurs de la cour, à tète verte, à menton net de poil, défroqués d'entendement, furent les seuls conseillers de cette vraiment folle et insensée entreprise. » (La Pise, iv« partie, p. 529.)

DE LA RÉPUBLIQUE AUX PAYS-BAS lOT

lumulle populaire, d'armer les catholiques contre les protesianis, et de proclamer le pouvoir absolu du duc d'Anjou. François de Valois se réservait pour lui-même, comme un raffinement de trahison, la prise de la ville d'Anvers, résidence des états, et la capture du prince d'Orange.

L'impatience du commandant de Dunkerque, Chamois, qui n'attendit pas le jour marqué, compromit le succès de l'entreprise. A la faveur d'une querelle, suscitée à dessein, les soldats français avaient chassé les raihces de la ville, et Chamois en était seul resté maitre ; mais le bruit de l'événement parvint au grand bailli de Bruges assez à temps pour qu'il put se mettre en défense; et, quand le capitaine Rebours, envoyé par le duc d'Anjou pour prêter main-forte à la garnison française, arriva devant Bruges, il trouvâtes chaines tendues el tous les bourgeois sous les armes. Saisis de frayeur, et craignant d'être massacrés par le peuple, les soldats de Rebours se retirèrent en toute bâte; la garnison les suivit, et la ville fut sauvée. A Ostende, les Français furent enfermés dans l'église et désarmés par les compagnies flamandes, qui avaient eu vent de la trahison; mais le retentissement de ces événements, l'attitude et te babil des jeunes seigneurs de la suite du duc. d'Anjou jetèrent l'alarme dans la ville d'Anvers. Dans l'après-midi du 16, le bourgmestre vint prévenir le duc que, pour satisfaire les bourgeois, il se voyait obligé (Ji3 faire tendre les chaînes de meilleure heure

aue de coutume, et de faire allumer des lanternes à la porte des maisons. Le duc l'approuva, mais il fit mine de s'étonner, de se chagriner de ces inquiétudes sans fondement', et parvint à endormir la méfiance du bourgmestre par ses protestations et son air de franchise ^ . Le lendemain matin, 17 janvier, jour de la Saint-Antoine, le duc d'Anjou, qui avait fait avancer et camper sous les murailles un renfort considérable de troupes, et qui avait déjà introduit et logé dans le voisinage de son palais un grand nombre de gentilshommes, s'apprêtait à monter à cheval, sous prétexte de visiter le camp, lorsque le prince d'Orange entre chez lui. Guillaume savait les inquiétudes du peuple ; il venait d'être averti positivement par le ministre Villiers. Avec une loyauté qui allait rendre plus odieuse encore la fourberie du duc, il s'ouvre à lui ; il s'efforce de le dissuader de sa visite au camp ; il lui en fait voir les suites possibles, dans l'état d'agitation où sont les esprits. Le duc reprend le rôle qu'il a joué la veille; il remercie Guillaume de ses bons avis et parait disposé à s'y rendre; il s'indigne de l'impudence de ceux qui répandent des bruits aussi mensongers; il veut que Ton châtie ces imposteurs; «il déclare n'avoir veine en son corps qui ne pensât au bien public ^. j> Au bout de quelques instants de conversation néanmoins, revenant sur son intention

1. « Il me trompera bien s'il ne trompe tont le monde », disait, de François de Valois, le roi de Nararre à Sully. [Mémoires, ch. xv.

Page 1