‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 24 sur 71 · LaPise, iv« partie, p. 53i · texte numérisé non relu

LaPise, iv« partie, p. 53i

DE LA RÉPUBLIQUE AUX PAYS-BAS 1D9 feinte de renoncer à la revue, il invite le prince d'Orange à l'y accompagner. Celui-ci, bien que trompé à demi par l'accent du duc, et surtout par l'immense invraisemblance d'une action aussi ignominieuse, élude cependant l'invilalion, et se retire duns le château.

Vers midi, le bourgmestre ayant donné l'ordre de lever dans quelques rues les chaînes qui restaient tendues par toute la ville, afin de laisser le passage libre au cortège, le duc d'Anjou monte à cheval, entouré de sa garde française et suisse et de deux cents gentilshommes vêtus comme pour une féie, mais qui tous ont des armes cachées sous leur manteau. Le duc s'avance vers la porte appelée de Kipdorp ; elle était à ce moment peu gardée, la plupart des bourgeois étant rentrés dans leur maison pour y prendre leur repas. A peine le duc avait-il franchi le premier pont-levis, que le comte de Rochepot, feignant d'avoir reçu une ruade, appelle au secours, et crie qu'il a la jambe cassée. C'était le signal convenu. Comme te commandant de la garde bourgeoise, . Vierendeel, accourait avecquelques autres pour assister le blessé, on les tue traîtreusement. Les troupes du dehors, qui s'avançaient à la rencontre du duc, se pressent en deçà des portes, se jetlent sur la garde bourgeoise et en font une affreuse boucherie; après quoi, ils mettent le feu à une maison voisine : c'est le second signal. Alors, le duc, sorti de l'enceinte, annonce son dessein au duc de Montpensier, au comte de Laval, au comte de la Rochefoucauld et aux autres seigneurs auxquels il

n'avait pas osé s'en ouvrir jusque-là. Ceux-ci, indignés, refusent d'y prendre part; mais le duc, trop compromis désormais pour reculer, persiste; il se tourne vers les soldats et leur commande d'avancer : « Marchez, mes enfants, marchez, la ville est à nous. » La troupe royale se hâte; elle charge dans les rues «. les pistolets au poing, les piques basses, les arquebuses et nfK)usquets couchés en joue », au cri formidable de « Tue! tue! vive la messe^ ! » Elle renverse tout ce qu'elle rencontre et pousse en un clin d'œil jusqu'à la place du Marché, au centre de la ville. Dans le même temps, une autre partie des troupes est montée sur les remparts et tourne les canons. Déjà les Français se croient victorieux et crient : « Ville gagnée ! » Mais soudain le beffroi retentit, on ecitend les tambours de la milice. Quelques gardes, échappés au massacre de la porte de Kipdorp, ont crié : « Aux armes ! d En peu de minutes, un grand nombre de bourgeois sont accourus; ils soutiennent bravement le premier choc, et donnent le temps aux autres d'arriver. Bientôt toute la population, hommes, femmes, enfants, protestants, catholiques, tous sortent de leurs maisons et se jettent sur les Français avec une rapidité incroyable. Comme dans la soudaineté de la rumeur et le péril pressant, on n'a pu ni s'armer complètement, ni se pourvoir de munitions, les bourgeois, à défaut de balles, arrachent les boutons de métal de leurs vêlements, ils ploient,

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