‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 25 sur 71 · Sully, Mémoiretf chap. xvii · texte numérisé non relu

Sully, Mémoiretf chap. xvii

DE LA RÉPUBLlaUË AUX PAYS-BAS lit

avec leurs dents, des pièces d'argent et d'or pour charger leurs arquebuses \ Onrcoconte qu'un garçon boulanger, entendant le tumulte, sort de la cave où il pétrissait le pain, demi-nu, armé de sa pelle à four, qu'il fond sur le premier cavalier qu'il rencontre, lui assène un coup vigoureux, le désarçonne, s'élance sur le cheval démonté, échappe par la rapidité de sa fuite aux soldats qui le poursuivent, court dans les quartiers les plus éloignés, y jette l'alarme, et ramène avec lui au combat une foule de peuple.

Cependant, les Français, qui s'étaient crus maîtres de la ville et s'amusaient déjà au pillage des boutiques, étonnés de la résistance, puis de la vive attaque de ces bourgeois, dont ils raillaient naguère les allures paisibles, commencent à se ralentir. La milice reprend le rempart de Kipdorp; elle retourne les canons et les pointe contre le duc d'Anjou, qui s'avançait avec le reste des troupes vers la ville. X la vue des canons retournés, des inorts et des mourants qui encombrent les rues, l'impétuosité française fait place à un découragement subit. Les soldats reculent, ils fuient vers les portes. Dans cette fuite désordonnée, il se fait un grand carnage. De tous les toits, de toutes les fenêtres, on lance des pierres, des meubles qui écrasent les fuyards. A la porte de Kipdorp, on s'étouffe en se pressant pour sortir; bientôt les cadavres amoncelés en ont

1. a Ut hostemque anro inhiautem anro conficerent. » (Slrada.)

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entièrement bouche l'issue. Un grand nombre de soldats s'élancent du haut des remparts dansies fossés, s' efforçant de gagner l'autre bord à la nage, mais on tire sur eux, et ils disparaissent sous une pluie de balles.

Telle fut rissue de « cette malheureuse et déloyale action d'Anvers^ », de ce honteux coup d'État, échoué misérablement devant la simple fermeté d'un peuple accoutumé à se respecter lui-même en respectant le droit. Les Français ne perdirent pas moins de quinze cents hommes, dont deux cent soixante gentilshommes des meHIeures maisons de France, entre autres le fils du maréchal Biron, MM. de Saint-Aignan et l'évêque de Coutances, grand aumônier du duc. Guillaume de Fervaques, le principal auteur de l'entreprise, resta prisonnier. Il faut dire à l'honneur du peuple d'Anvers qu'il ne montra pas moins d'humanité en cette occasion qu'il n'y avait fait paraître de courage. Aussitôt le feu cessé, il s'empressa au secours de ses indignes agresseurs. On chercha dans les entassements de cadavres, on releva tous ceux qui respiraient encore, on les porta dans les maisons, on pansa leurs plaies; ils furent soignés avec sollicitude; beaucoup guérirent et furent relâchés sans rançon ; ceux qui ne revinrent pas à la vie reçurent une sépulture honorable : grande leçon pour cette « ingrate et incorrigible légèreté française » ; générosité humihante pour cette nation « qui acquérait de plus en

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