Le Clerc, Hiitoire dei ProvineeS'Uniei, lirre m, p
Voir aussi la déclaratioQ que Gérard remit à d'Assonleville, le 11 avril 1584. (Gachard, t. I.)
exalté pat le jeûne, par Toraison, par la lecture des histoires de la Bible, qui retracent les meurtres ordonnés de Dieu \ le cerveau de plus en plus ébloui par des songes et des visions, Gérard vint s'établir à Delft et commença, sous un nom emprunté, à jouer celte cornédie de sainteté évangélique qui trompa Villiers et qui lui rendit accessible le palais du prince d*Orange«
Tels étaient en substance les aveux de Gérard. 11 les répéta à plusieurs reprises, sans jamais varier et du même accent, sans exprimer ni repentir ni regret de la vie, disant qu'il avait accompli l'œuvre d'un bon catholique et d'un fidèle sujet; que, si l'action était à faire, il la ferait encore. Sa sentence fut prononcée le 14 juillet; elle était horrible à entendre. Gérard était condamné à avoir la main droite enfermée et brûlée dans un élau de fer rouge; les bras, les jambes et les cuisses rongées par des tenailles ardentes. On devait lui ouvrir le ventre, lui arracher le cœur et lui en battre les joues; puis il devait avoir la tête tranchée et plantée au bout d'une pique, le corps coupé en quartiers pour être pendus à
1. Gérard lisait aussi le poëme de Jodith par Da Bartas, et déclamait ce passage avec exaltation :
a Celuy n'est point de Dieu qui guerroyé sa loy.
— Tous peuvent estre donc des tyrans homicides.
— Jaël, Ahod, Jehu furent tyrannicides.
— Voire, mais il leur fut commandé du Seigneur.
— D'une pareille loy je sens forcer mon cœur.
— Las! pour faire un tel coup ton bras a peu de forcel • '- Assés fort est celuy que l'Ëternel renforce. »
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(les potences, au-dessus des quatre principafes portes de la ville.
Gérard écouta sans pâlir ces épouvantables paroles; pui::, avec une émotion religieuse, il découvrit sa poitrine déchirée, où la torture avait laissé des naarques sanglantes, et dit, en comparant sans doute son martyre à la divine igfiominie du Sauveur des hommes : Ecve homo. Les apprêts du supplice n'étonnèrent point ses yeux; il subit, sans pousser un cri, sans donner aucun signe de douleur, ce châtiment barbare dont nous avons peine a supporter le récit. Un des bourreaux qui le tenaillaient ayant laissé échapper son fer rouge, l'instrument de torture frôla la tète d'un des autres exécuteurs; le peuple rit; Gérard rit avec le peuple.
Une insensibilité aussi incroyable fut attribuée par les uns à la puissance du démon, par les autres à une assistance extraordinaire de Dieu, «l Les ecclésiastiques, dit le président De Thou% donnèrent dans tous les Pays-Bas de très-grandes louanges à sa constance ; ils • firent des réjouissances dans toutes les villes du roi d'Espagne. i> Les jésuites, que Gérard avait consultés, ne manquèrent pointa leurs promesses et le représentèrent comme un martyr ^ ; T université de Louvain fit imprimer
1. Histoire universelle, livre lxxix. Voir aussi une ode à la louange de Gérard, 4)ar Levinus Torrentius, évêque d'Anvers. {Vpey en Dermout,)
2. Relazioue del successo délia morte di Guillelmo di Nassau, principe di Orangi, el delli tormenti patili del generossissimo Giovane Balddssare Gerardi, Borgognone.
son apologie^; les menaces du peuple empêchèrent seules le clergé des villes catholiques de chanter le Te Dewm. Les chanoines de Bois-le-Duc montèrent au plus haut des (ours de Téglise pour le chanter en secret; mais la fondre, tombée la nuit suivante sur le beffroi, se chargea de venger le deuil populaire. Quelques prédicateurs calvinistes ne gardèrent pas plus de retenue que les catholiques; ils dirent en chaire que le prince était puni de Dieu à cause de sa tolérance et des divertissements qu'il venait de donner en son palais à Toccasion du baptême de son fils. Alexandre Farnèse, plus décent et plus contenu dans le sentiment d'allégement que lui apportait la mort d'un tel adversaire, interdit les réjouissances dans son camp et fit adresser des condoléances à la veuve du prince d'Orange. Quant au roi d'Espagne, il n'acquitta qu'avec lenteur le prix du meurtre qu'il avait ordonné; ce fut plusieurs années seulement après la mort du « tyrannicide i» Gérard que sa famille reçut un diplôme d'anoblissement, et qu'elle fut mise en possession de quelques seigneuries du prince d'Orange, confisquées en Bourgogne^.
A la nouvelle de la mort de Guillaume, l'affliction et le deuil furent universels dans la République. Les magistrats y voulurent satisfaire par des obsèques égales en magnificence aux funérailles des rois, et l'on mît plus
1. Cette apologie fut publiée avec licence de Guillaume Estius, docteur en théologie à l'université do Louvain, sous ce titre : Le glorieux et triomphant Martyre de Balthazar Gérard.
%. Gachard, t. i, p. 12.
d'un mois à en faire les apprêts. Pendant tout ce temps, le corps de Guillaume reposa sur un lit funèbre, autour duquel vinrent incessamment s'agenouiller et pleurer un nombre infini de personnes. Les médecins qui avaient ouvert le corps augmentèrent, s'il était possible, les regrets publics, en déclarant que le prince d'Orange était d'une complexion si saine et robuste, que, sans ce coup fatal qui avait traversé le cœur, il serait parvenu, selon les vues de la nature, à un âge très-avancé. Guillaume, en effet, pendant tout le cours d'une vie exposée à des fatigues, à des périls, à des chagrins toujours renaissants, n'avait été malade qu'une seule fois, en 1874, € au danger de Leyde ^ » ; il avait failli mourir de l'extrême anxiété qu'il ressentit pendant plusieurs jours, où .il crut la ville perdue sans ressources»
Le vendredi 3 août, Guillaume de Nassau fut conduit à sa dernière demeure. Environ douze cents bourgeois en armes ouvraient le cortège funèbre ; puis venaient la maison du prince, huit chevaux couverts de housses en drap noir aux écussons de ses huit principales seigneuries dont les bannières suivaient en ordre. Le cheval de bataille f magnifiquement harnaché, marchait seul, tenu par un écuyer; l'épée nue de Guillaume était portée par le comte d'Overstein; la couronne, par le baron de Créange. En l'absence de Philippe-Gui laume, fils aine du prince, qui languissait en Espagne, le deuil