‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 5 sur 71 · Tac, Uist.t lib. IV, cap · texte numérisé non relu

Tac, Uist.t lib. IV, cap

gauloises se retirent. L'enthousiasme des Bataves euxmêmes commence à fléchir. On dit que Velléda se laissa gagner par les présents des Romains et ne prédit plus à Civilis que la ruine. Le commandant des légions, Céréalis, fait des offres de paix. Une conférence a lieu sur le pont de la rivière Nabalia, aujourd'hui TYssel. On Ta rompu pour cette occasion et le courant sépare la parole des deux chefs d'armée. — Ici, la narration grandiose de Tacite s'interrompt brusquement. La fi- -gure de Civilis qu'il a évoquée du sein des ombres y retombe. On ignore le traité par lequel se resserre l'alliance romaine. On voit seulement dans ses effets qu'il ne porte nulle atteinte à l'honneur du nom batave. Après la soumission de Civilis, les cohortes bataves reprennent leur rang dans les armées impériales. A la suite de Suétonius Paulinus, elles aident les Romains à conquérir l'île de Mona, dernier asile des druides. Ce sont elles qui décident la victoire d'Agricola sur Galgacus dans les montagnes de la Calédonie.

Sous Probus, les Frisons donnent une preuve merveilleuse de cet amour jaloux de la race et de la patrie qui reste encore aujourd'hui le trait principal de leur caractère. Probus, qui par deux fois les avait battus sur le Rhin, en avait transplanté uft grand nombre sur les bords de la mer Noire. Ennuyés de l'exil, dédaigneux des jouissances que leur offrait, sous un climat plus doux, une civilisation supérieure, les Frisons quittent tout à coup les terres qui leur avaient été distri-

buées; ils s'embarquent sur quelques navires dont ils se sont emparés, descendent THellespont, pillent en courant la Grèce et la Sicile , sortent de la Méditerranée parle détroit de Cadix et reviennent enfin, en 27 7, après avoir ravagé les côtes de TEspagne et des Gaules, aborder à l'embouchure du Rhin, dans leur pays natal, chez leurs sauvages et chers compatriotes.

Sous Julien le Philosophe, la cavalerie batave se distingue encore. Mais peu à peu, dans les troubles qui suivent la mort de Théodose, la trace de ces deux peuple? se confond avec celle des Francs qui sont venus s'établir dans Tile des Bataves. Après Honorius, le nom même de cette île fameuse disparait de l'histoire.

C'est pendant cette vague période d'invasions confuses, dans le troisième et le quatrième siècle, que commencent, on le sait, à se former, par de nouveaux mélanges de races et par des changements considérables dans les institutions, les nations modernes. Partout Rome a reculé devant les hordes barbares, tantôt en se défendant vaillamment, tantôt en essayant d'arrêter ses envahisseurs par des concessions et des alliances; mais nulle part les vestiges des Romains ne s'effacent plus vite et plus entièrement que dans ces contrées océaniques où ils avaient pénétré avec tant de peine. Par de brusques cataclysmes, l'aspect même du pays est soudain changé : les digues abandonnées se rompent; les fleuves débordent et se détournent de

leur cours; la chaîne des dunes cède à la véhémence des tempêtes. Les villes et les camps des Romains sont submergés, engloutis avec leur mémoire abhorrée.

Après quelque temps de cette impénétrable nuit qui couvre dans le monde entier les ruines de l'empire, après les invasions confuses des Francs, des Vandales, des Âlains, des Suèves, des Saxons, des Huns, des Normands, qui ne laissent sur le sol que des ravages, on voit reparaître le nom des Frisons. Ces derniers conquis des Romains sont aussi les premiers à surgir des ténèbres. C'est chez eux que nous allons retrouver dans toute son énergie l'instinct des vieilles races.

L'État indépendant auquel les chroniqueurs donnent le nom de Frise et qu'ils distinguent, sur les deux rives du Vlie, en Frise orientale et Frise occidentale, paraît s'être étendu successivement le long de la mer du Nord, de TEms au Rhin, à la Meuse et à l'Escaut, c'est-àdire à peu près à la totalité des territoires dont se composera plus tard la république des Pays-Bas-Unis. Il serait vain de s'arrêter à la succession fabuleuse des chefs ou rois frisons. Le premier d'entre eux qui acquiert une réalité historique, c'est un certain Radbod qui vivait vers la fin du septième siècle et à qui se rapporte l'apparition du christianisme dans ces contrées reculées. Longtemps ce chef barbare et idolâtre lutta contre le Dieu des Francs convertis, comme ses ancêtres avaient lutté contre les dieux de Rome. Longtemps après que le mérovingien Dagobert eut fait bâtir

à Utrecht, qu'il avait conquis sur les Frisons, une chapelle chrétienne, Radbod se défendait encore contre Pépin d'Héristal qui tentait de lui imposer par les arnjes la foi nouvelle. Mais enfin il succombe.

Pépin le contraint à payer le tribut, à échanger son titre de roi contre celui de duc ; puis il fait venir du Norlhumberland Tapôtre Willebrod, qu'il charge de convertir Radbod avec son peuple. Le missionnaire obtient à ses débuts quelques succès et il est sacré à Ems évéque de toutes les Frises. Mais ces succès sont de courte durée. Les Frisons opiniâtres reviennent à leurs dieux nationaux et mettent Charles Martel dans la nécessité de reprendre, par des moyens plus énergiques, l'œuvre difficile commencée par son père. Quelque temps encore Radbod soutient la lutte; puis enfin, ébranlé par de nombreuses défaites, il se dispose, à la persuasion du missionnaire Wolfram, à recevoir le baptême (7 88). Mais, au moment où la cérémonie va s'accomplir, quand déjà Radbod a mis le pied dans la , piscine sacrée, il lui vient en pensée de demander à l'apôtre : « Où donc sont allés mes ancêtres? — Dans l'enfer, répond Wolfram ; dans l'enfer avec tous ceux qui ont vécu et qui sont morts dans l'idolâtrie. — Puis* qu'il en est ainsi, dit le roi des Frisons, je n'abandonnerai pas les miens qui sont dans l'enfer pour aller trouver les tiens qui sont dans le ciel. » Et il relire son pied des fonts de baptême ^ . Un miracle vient à propos ;

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