‹ Histoires des commencements de la république aux Pays-Bas, 1581-1625;Chapitre 51 sur 71 · Du Maurier Mémoires · texte numérisé non relu

Du Maurier Mémoires

obtint des États son rappel. Aerssen, remplacé par Van der Myle, gendre de Barneveldt, attribua sa disgrâce à l'avocat; et dès ce moment, pour se venger, il usa contre lui de toutes les ressources de son génie. Ces ressources étaient grandes. Richelieu nommait Aerssen entre les trois premiers négociateurs du temps, dont lui-même et Oxenstiern étaient les deux autres. < In isto juvene^ écrivait, à Duplessy Mornay, Buzanval, sv/nt animi sub vulpe latentes, aut alibi nunquam. » A peine de retour en Hollande, Aerssen saisit d'un coup d'œil la situation compliquée des partis, les côtés faibles par où l'autorité de Barneveldt pouvait être entamée; il s'appliqua à sa perte. Bien que très-indifférent en matière religieuse, il affecta, pour se donner du crédit, de fréquenter les prêches les plus violents; sa parole et sa plume acerbes, il les occupa sans relâche à répandre contre Barneveldt et les siens l'accusation de papisme, la plus aisée à retenir en même temps que la plus odieuse au peuple. Il se ligua enfin étroitement, en attaquant l'alliance française, avec l'envoyé d'Angleterre, Garleton, qui, de son côté, travaillait à ruiner Barneveldt, pour servir les ressentiments de son maître. Jacques T' en voulait à l'avocat; il s'était laissé jouer par lui dans une affaire de grande importance ; il avait consenti à la restitution des trois places de la Brille, Flessingue et Rammekens, que l'Angleterre tenait en gage des sommes prêtées aux États par la reine Elisabeth. L'avocat avait songé longtemps aux moyens de

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tirer des mains d'un allié dangereux ces trois places fortes, menace perpétuelle pour la république. II avait saisi avec dextérité Tune de ces heures fréquentes où lë roi Jacques, dans un pressant besoin d'argent» à bout dé ressources, en butte à la rapacité de ses favo- Hs et n'osant donvoquer un parlement hostile, ne savait plus dû donner de la tête, et il l'avait persuadé de signer la restitution des places d'otage, moyennant la somtiie de deùH: tnillions sept cent vingt^huit mille flo-^ rïns, l)Ui formait à peine le tiers de la dette. Les mur* mUres des Anglais, et surtout les railleries de la coui* de France avertirent le roi Jacques; il se vit pris au piégé; il jura qu'il ferait repentir Barneveldt de son succès ; et, dès ce jour, ses envoyés à La Haye eurent ordre de courtiser le stàdhouder. Déjà, dans l'année 1612, à l'occasion du mariage de sa fille avec l'électeur palatin, neveu de Maurice, le roi d'Angleterre, satisfait des procédés du prince d'Orange dans l'affaire de Vorstius, lui avait fait remettre, en signe de réconciliation *, le corddi! de la Jarretière. Un moment apaisé par les sages i*eprésentsi tiens de Grotius, le monarque théologien revenait tout à coup à son premier zèle pour les contreremontrants, et sohimait Maurice de se déclarer pour la bonne cause.

Les choses en étaient là qitand le stàdhouder, s'étant

1. n y avait eu précédemment entre ces deax princes un sensible refroidissement, le roi Jacques s'étant fort piqué de certaines allusions du prince d^Orabge à sa douteuse bràVoùre.

fait annoncer, est introduit dans le conseil de La Haye (1 4 janvier 1617). Le silence était profond ; tous lés yeux se tournaient vers Maurice, dont Tattitude, plus grave que de coutume, annonçait une résolution prise. Le stadhouder demande qu'on apporte le registre des placards de l'an 15 8 5 : c^est Tannée où il a été investi de ses charges. 11 l'ouvre avec solennité. Debout, à haute voix, d'un accent recueilli, il lit la formule du serment par lequel lui et les Etats s'obligent à défendre, jusqu'à la dernière goutte de sang, la religion réformée.

« Vous Tenteadez, Messieurs? dit Maurice en refermant le livre, j'ai juré de défendre la vraie réïigiori. Gé serment, je le tiendrai jusqu'à la fin de mes jours. » Et il annonce que le dimanche suivant il fera ouvrir aux ministres orthodoxes la principale église de La Haye.

Il est facile de se représenter la consternation des magistrats en se voyant ainsi désavoués, abandonnés en quelque sorte aux factions populaires par le chef de la force armée. Afin de ne laisser aucun doute, et pour donner à sa déclaration une signification positive, le dimanche suivant, pendant que Barneveldt, la princesse douairière d'Orange et le prince Fi*édéric-Henri, avec les remontrants, assistent au prêche dans la principale église de La Haye, le stadhouder, en grand appareil, aux applaudissements de tout le peuple, se rend, accompagné d'un -nombreux cortège de gentilshommes , au prêche des ëtinlk'ë^rémoilti'ânts, datis Téglise dU èloitre

qu*il leur a fait ouvrir, et qui prend, à partir de ce jour, le nom d'église du prince.

Dès cette heure, le schisme est consommé. Deux pouvoirs,, deux Églises, deux États ennemis sont en présence. Le stadhouder et l'avocat de Hollande, les deux chefs de la république, qui longtemps se sont observés, ménagés, se trouvent soudain en face, opposés l'un à l'autre en une rencontre où la vie et l'honneur sont en jeu, en une sorte de duel (TEtat^ où Tun des deux doit succomber avec le parti qu'il soutient et la cause qu'il personnifie.

Olden Barneveldt n'était pas pris au dépourvu, et, pas plus que Maurice, il n'allait reculer devant les résolutions extrêmes. Son caractère ne s'était amolli ni par l'âge ni par l'habitude d'une autorité incontestée; loin de là, il avait pris dans des succès ininterrompus je ne sais quel trempe d'opiniâtreté plus inflexible. Les historiens du parti orthodoxe affirment que l'avocat de Hollande, au moment où nous voici venus, préparait un coup d'État; qu'il avait, à plusieurs reprises, répété dans le conseil : c QuHl était temps de faire un exem^ pkf > et que cet exemple devait être l'arrestation de quatre des principaux chefs contre-remontrants, auxquels, sans autre forme de procès, l'on aurait tranché la tête ^ . Mais, de cette affirmation si grave je ne trouve nulle preuve. Ce qui est avéré, manifeste, c'est la participation active de Barneveldt à la Résolution connue

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