‹ Histoires et parabolesChapitre 4 sur 54 · ESPRIT DES PARABOLES · texte numérisé non relu

ESPRIT DES PARABOLES

Les Paraboles, nous l'avons dit, sont un enseignement dont la morale va droit au cœur en captivant l'esprit. Ce livre est leMassillon de la jeunesse, c'est la voix de la vertu descendant dans l'âme et portant aux bons sentiments, naturels à la jeunesse, un appui tutélaire par la persuasion et par l'exemple. La parabole est aux sentiments religieux ce que l'apologue est à l'intelligence et au discernement de l'enfance studieuse. Le Père B. Giraudeau est le La Fontaine religieux du jeune âge ; il interroge le bon sens , redresse le jugement et forme le mérite intellectuel qui doit encore laisser tomber d'heureux fruits dans la vieillesse. Gomme le fabuliste , il propose une analogie , en dispose , en prépare tous les traits , et la ressemblance frappante captive bientôt le cœur et le jugement. RolUn, ce grand homme dont les travaux furent si précieux pour l'éducation , pensait que la religion pouvait seule conduire au bonheur l'homme parcourant les divers sentiers de la vie. Rollin disons-nous , présentait toujours à ses jeunes élèves des images pures et faciles ; ses cadres se rem-

plissaient de jolies miniatures, se reproduisant sans liaison sensible , et formant les grands tableaux dont la vigueur et le coloris n'ont rien perdu sous la trace des années. Mais iîo//m a embrassé, dans sa vaste éducation, Fhistoire des peuples ; il a plutôt préparé les voies des sciences que le premier savoir du chrétien. Le livre des Paraboles est au contraire le premier pas du chrétien dans l'arène où il doit combattre toutes les passions.

Rousseau^ l'incrédule Rousseau ^ précipité dans l'erreur par la fougue même de son génie, disait, en passant en revue les maximes de l'Evangile : « Combien, philosophes nouveaux, votre livre est petit auprès de celui-là! » Le livre de Rousseau , bien qu'un monument du génie humain, est lui-même à coup sûr un vivant témoignage de ses mauvais principes ! — Le petit livre du Père Giraudeau a aussi sa philosophie , mais nette , pure, précise; c'est la morale de l'homme disant à sa conscience qu'aisément l'honnête homme est chrétien l Puis, quelle douceur charmante dans son style ! quel attrait dans sa narration ! quelle éloquence dans sa simplicité ! Dans les Paraboles du Père Giraudeau, chaque objet de la nature s'anime pour chanter les louanges du Dieu créateur de toutes choses ; le jour au jour le révèle, la nuit l'annonce à la nuit. L'expression, moins magnifique que celle du superbe cantique d'Ézéchiel, est plus rapidement saisie par les jeunes intelligences ; il semble que chaque page se compose de pieux entretiens dont la morale est toujours la conséquence îiaturelle. Distinguons ici de la morale du monde l'onction de l'Evangile , qui sous la plume de l'auteur vertueux n'a pas moins de douceur avec plus de vérité. La morale du monde n'est-elle pas le plus souvent le serpent caché sous la fleur orgueilleuse de son éclat apparent , quand déjà le dard d'un en-

nemi mortel tranche sa vie d'un jour ? La morale des Paraboles^ au contraire , ne reconnaît de beau que ce qui se rattache à Dieu ; son argument le plus puissant, c'est la certitude de l'avenir éternel : d'une main elle remue le calme dangereux de la vie mortelle ; de l'autre son doigt se pose sur la bouche de la douleur qui gémit du néant des hommes sur la terre ! Tout doit finir sur le chemin du pèlerin terrestre ; tout doit s'incliner par la mort même devant le Dieu qui d'un mot fit l'homme !

Que de beautés , que de fruits utiles dans ce simple et sublime enseignement ! Oh ! la voix des Paraboles est la semence de toutes les vertus qui naissent et brillent près des ténèbres du vice ; les Paraboles sont surtout le guide du jeune âge vers un avenir sans nuages , puisque cet avenir heureux reflète tous les rayons de la Divinité ! Mais la tristesse de la pensée de la mort serait un écueilmême pour l'enseignement , si le professeur de l'enfance, analysant les jeunes pensées, ne redressait, avec une précaution pleine d'art et de simplicité, ces jeunes arbres que leur faiblesse incline vers la terre, et que plus tard peut briser le vent des orages. Avec quelle adresse le Père Giraudeau sait bannir de ses pieuses leçons tout ce qui peut effrayer ou frapper de dégoût les jeunes intelligences ; comme ses images sont toujours animées , agréables , gracieuses ! Une poésie charmante se cache sous la forme de l'humble prose des paraboles ; le langage de l'Evangile sert de base à cet enseignement vertueux ; mais ici l'auteur a banni sagement les profondeurs des pensées plus faites pour plaire à l'âge mûr. La lumière pénètre dans les jeunes cœurs ; les leçons marchent graduellement , et la conviction religieuse se forme par un exposé clair, net , précis, qu'il n'est pas même besoin de commenter, de développer, d'étendre ;

la vérité brille par elle-même, son auréole est la clarté du ciel. Le style enchanteur de Chateaubriimd j, ce prosateur de la nouvelle école , les vers brillants de Lamartine , ce poëte [religieux du siècle, n'ont pas, dans leur genre, un succès plus sûr et plus mérité. C'est une grâce enfantine jouant avec l'enfance , c'est la voix pieuse du père de famille, racontant la Bible, dans les soirées d'hiver, à ce jeune auditoire dont son cœur berce l'avenir, dont son âme caresse les jours futurs, il leur dit : « Soyez bons en aimant Dieu pa?- dessus toutes choses. » Belle, noble, sainte maxime , ouvrant toujours une porte aux naufragés de la vie , soutenant l'espoir de l'homme agité par la tempête et criant comme Pierre sur la barque fragile : « Seigneur, nous allons périr ! » La peur ne ride point les traits enfantins du jeune âge ; une courte terreur ne précipite plus les jeunes émotions qui l'agitent; ses grands yeux bleus s'attachent à la religion ; il croit à la vertu , il croit à la beauté du bien ; il aime Dieu , la religion sainte de sa famille ; il sent battre dans son âme l'amour de la foi, il applaudit aux doctrines pieuses ((u'il recueille d'un cœur avide ; la moisson de l'enseignement est déjà belle , elle sera bientôt complète. Les Paraboles ont ensemencé ce jeune domaine de l'intelligence qui doit s'élever et grandir. L'enfant élevé au milieu de pieuses leçons sera l'adolescent plein de résistance pour les mauvais penchants ; le jeune homme luttant avec courage contre la fougue des passions sera rhomme mûr sauvé du naufrage ; le vieillard , attendant de son Dieu puissant et bon la récompense d'une vie que n'a point flétrie le vice, et qui, dans la mort même, doit trouver une immortalité promise par le Seigneur ! Qu'il est grand ce livre de quelques pages ! qu'il est bon, guave! Jusqu'à la fin le miel qu'il distille est pur ; il ne

cache pas un fiel dangereux sous un air de douceur ; tout en lui est bon , car il se repose sur l'Evangile ; tout en lui est utile, car il enseigne le travail auquel Phomme a été condamné pour la faute de nos premiers parents ; tout en lui est divin , car il parle à la conscience , à la conviction première , dans le silence des passions bruyantes. Ajoutons à cet exposé vif, à ce tableau naïf, à cette analyse rapide, que l'auteur n'a rien dit qui ne fût utile ; instruit dans l'art de former les jeunes cœurs, partout sa marche est mesurée ; il semble que l'intelli gence se déroule et se développe avec chaque page ; sa méthode est claire, simple, lucide; jamais d'obstacles, jamais de difficultés, jamais rien que ne saisisse cette enfance, qui écoute d'une oreille attentive et que charme la grâce du récit. Tel est le livre des Paraboles , tel est son véritable esprit, tels sont ses pieux préceptes. Fautil s'étonner de son immense succès ? Quel livre peut jeter d'une manière plus sûre les semences premières de la religion sainte ! Quel livre peut rendre meilleurs les enfants , puis les adolescents , puis enfin les vieillards ?

0 vous ! les amis de la simplicité naïve , de la morale pure , de la beauté du dogme mis à la portée de l'intelligence , tel est Vesprit des Paraboles !

A. GIRAUDEAU, Petit-neveu de l'auteur.

DU P. BONAVENTURE GIRAUDEALl.

Un roi de Perse , qui n'avait point d'enfant héritier de son royaume , trouva dans la rue un petit mendiant orphelin , d'une très-jolie figure; il le fit enlever et conduire à la cour, dans le dessein de l'adopter. Lorsque l'enfant fut habillé en fils de roi, il parut charmant et devint les délices de la cour. Le roi étant venu à mourir, on trouva dans son testament qu'il ordonnait que l'enfant serait élevé avec toutes sortes de soins jusqu'à l'âge de quinze ans; que, s'il répondait aux soins qu'on prendrait de lui et se montrait vertueux et digne du trône , il l'adoptait et lui donnait son royaume ; que si, au contraire , il ne profitait pas de l'éducation qu'il recevrait et s'adonnait aux vices, on le dépouillerait , on le chasserait , on le condamnerait aux mines.

On exécuta le testament. On donna à l'enfant des gouverneurs , des maîtres , des précepteurs , et on n'omit rien de ce qui pouvait contribuer à le former , à l'instruire et à le perfectionner. Pendant son enfance , il ne montra jamais que de mauvaises inclinations et du dégoût pour ce qui pouvait lui être utile. 11 s'irritait contre ses maîtres ; il foulait aux pieds ses livres ou les jetait par la fenêtre; il brisait tout ce qu'on lui mettait entre les mains pour son instruction. Quand il fut plus grand , on ne lui laissa pas ignorer le testament du roi ; tous les jours on lui représentait , d'un côté , le sceptre et la couronne qui lui étaient destinés, et de l'autre, l'infamie et le supplice auxquels il serait condamné. Ces considérations ne faisaient sur lui aucune impression. Plus grand encore , il ne s'occupait qu'à élever de petites maisons de boue et à bâtir des châteaux de cartes.

Quand ses maîtres renversaient ces ouvrages frivoles, il pleurait, il se dépitait, il menaçait, et, au lieu d'étudier ce qu'on lui avait marqué, dès qu'il était seul, il revenait aux mêmes puérilités et ne voulait rien apprendre, 11 apprit néanmoins, on ne sait comment, à proférer les paroles les plus grossières et les plus indécentes : on eut beau l'en reprendre, il ne se corrigea point. A mesure qu'il avançait en âge, il montrait de nouveaux défauts et donnait dans de plus grands vices. La colère, la cruauté, l'avarice, l'excès dans le manger et dans le boire n'étaient pas les seuls qu'on remarquât en lui ; il tenait des discours conformes à ses inclinations ; il ne louait que les actions vicieuses , il n'estimait que la débauche, il n'aimait que la crapule.

Enfin, avec de si mauvaises dispositions, il parvint à l'âge de quinze ans. Le conseil s'assembla, et il parut : on lui lut le testament du roi, et d'une voix unanime il fut déclaré indigne de régner, condamné à êire dépouillé, et envoyé aux mines pour le reste de ses jours.

Ayant ouï son arrêt, alors , pour la première fois, il parut sensible et repentant. Il pâlit, il trembla, il versa des larmes, il poussa des soupirs , il demanda grâce ; mais l'arrêt fut exécuté.

Le sort de cet enfant me fait pourtant compassion. Voilà un jour bien malheureux pour lui. Quelle chute î quelle perte irréparable ! Mais aussi sa conduite est bien révoltante, bien haïssable , bien insupportable. Malheureux qu'il était! ne savait-il pas ce qu'il avait

à espérer ou à craindre? Hélas! ne le savez-vous pas

vous-même? N'êtes- vous pas cet enfant destiné, par votre adoption, à régner éternellement, si vous tenez une conduite digne du trône qui vous est promis, et menacé d'un supplice éternel si vous menez une vie indigne de votre adoption?

Comme lui vous avez été tiré du sein de la misère et de l'indigence ; vous avez été lavé du péché originel dans les eaux du baptême , revêtu de la robe de l'innocence. Que vous étiez charmant alors aux yeux;

de la cour céleste ! Mais bientôt vous avez souillé cette robe, et vous avez perdu tous vos charmes.

Comparez votre vie avec celle de cet enfant : vous trouverez la vôtre aussi frivole, aussi indigne et plus vicieuse que la sienne ; cependant vous êtes instruit, vous savez de quoi il s'agit pour vous. Si Dieu, dans sa miséricorde, vous a quelquefois enlevé les indignes objets qui attachaient votre cœur, loin de rentrer en vous-même et de vous attacher à lui, vous vous êtes obstiné à n'aimer que la terre. Cependant le jour approche où il sera décidé si vous êtes digne du ciel ou de l'enfer. Les larmes et les regrets seront inutiles en ce jour-là.

EXPLICATION

L'adoption confère tous les dioiis do reiifaiit lê{;ilime; aitisi l'adoplion telle que l'enlend l'auleur des Paraholes oxislaii dans les lois romaines et existe encore dans nos lois.

COMPARAISON

J/enfanl (icstiné au trône par l'adoption, s'il s'en rendait diyne, c'est le chrétien qui doit choisir entre les vertus (jui conduisent an ciel et les vices que punissent le supplice dterncl, la privation de la vue de Dieu, et les renaords tardifs et inii'.iles.

Un homme fort riche, nommé Ariste, prit de l'affection pour un de ses esclaves , nommé Afrenès. 11 l'avait tiré des travaux -de la campagne pour le faire servir à sa maison, dans le dessein de l'affranchir bientôt. En effet, un jour il l'appela et lui dit : «Afrenès, j'ai une commission à te donner, et à t'envoyer à quelques lieues d'ici. Si tu fais bien ma commission, je t'affranchirai à ton retour, et, en te donnant la hberté, je te ferai encore une gratification dont tu auras heu d'être content. Voici, continua-t-il, la commission dont il s'agit. Tu connais le seigneur Eusèbe, et tu sais où i] demeure ; porte-lui ces 30 talents d'argent qui lui sont dus ; prends de lui un reçu et me l'apporte : voilà tout ce que j'exige de toi. Tu sais bien que, quand tu auras passé le monument d'Hébé, tu trouveras deux chemins, dont l'un va adroite et l'autre à gauche ; prends à droite , celui-là te mènera chez Eusèbe. Si tu prenais à gauche , tu aboutirais chez Caquiste. Je te défends de mettre les pieds chez lui ; c'est un méchant homme , qui prétend que tout lui est dû, et qui se saisirait de ton argent. Prends bien garde à ce point : car si ce malheur t'arrivait,

tout mon amour pour toi se changerait en haine, et, au heu de la hberté et des avantages que je te promets, je te ferais mettre les fers aux pieds et te renverrais aux plus durs travaux de la campagne , d'où tu ne sortirais jamais. »

<( Mon maître, répondit Afrenès, je n'ai pas besoin d'être soutenu ni par l'espérance ni par la crainte pour exécuter vos volontés ; mon devoir et le désir de vous plaire seront toujours les seuls motifs qui me feront agir. )) En disant cela, il prit l'argent et partit.

Quand il fut en chemin, il commença à s'écrier : « 0 heureuse liberté, pourqui j'ai tant soupiré, tu parais enfin, et le jour de demain me verra libre ! Oh! l'heureux jour pour moi ! d Ensuite il commença à raisonner en lui-même et à se dire : « Quand je serai libre, avec le petit pécule que j'ai et les autres gratifications que me fera mon maître, je pourrai encore faire quelque chose. Cependant, ajouta-t-il , si j'avais seulement 10 talents de plus, je ferais bien mes affaires. Je suis bien fou, poursuivit-il, je demande 10 talents, et j'en porte 30! Qui m'empêche de prendre 10 talents de ces 30? Qui le saura? Le seigneur Eusèbe en aura bien assez de 20. » Gela dit, il ouvre le sac et tire 10 talents qu'il met à part, et reprend son chemin et ses discours,

« Je vais donc porter, se disait-il , ces 20 talents au seigneur Eusèbe. Je connais bien ce seigneur-là; il est dur et avare : je gagerais bien qu'il ne me donnera pas même un grand merci pour ma peine. Ah ! il n'en est pas de même- du seigneur Caquiste : je suis

bien sûr que si je passais chez lui il ne me laisserait point aller sans me faire goûter de son vin. » En disant cela, notre voyageur passa le monument d'Hébé, et les deux chemins se présentèrent à lui.

({ Voilà ici, dit-il, le point de la difficulté : de quel côté prendre? Après tout, continua-t-il , je puis bien d'abord passer chez Caquiste, et de là ensuite, quand je me serai un peu délassé, je pourrai également aller chez Eusèbe. » Et sur cela il prend à gauche. D'aussi loin que Caquiste le vit : (( Eh ! te voilà , mon cher Afrenès ; apportes-tu de l'argent ? — Oui, monsieur. — Combien? — 20 talents. — C'est bien peu: mais n'importe, entre toujours et bois un coup en attendant le dîner. — Mais, monsieur, dit Afrenès, ce n'est

pas pour vous que j'apporte cet argent. — Pour qui donc? — Pour Eusèbe. — Bon! reprit Caquiste , Eusèbe a bien besoin de cela ! Cet argent m'est dû, à moi, et j'en ai besoin. Donne seulement, mon enfant, et nous dînerons ensemble. — Mais , reprit Afrenès, je dois rapporter à mon maître un reçu. — Eh bien , répliqua Caquiste, je t'en donnerai un ; c'est la même chose pour ton maître. » Afrenès, qui ne savait point lire, qui ignorait la valeur d'un billet, et qui d'ailleurs avait faim , se laissa persuader, donna l'argent et prit le reçu. Après quoi on se mit à table, on dîna, on se divertit, on joua, jusqu'à ce qu'il fût temps de partir et de retourner à la maison.

Afrenès se rendait au petit pas, un peu inquiet sur sa manœuvre, et ne sachant trop à quoi cela aboutirait. Quand son maître le vit : « Tu te rends bien tard, lui dit-il. — Monsieur, répondit Afrenès , c'est qu'on m'a fait dîner. — Eusèbe se porte-t-il bien? — Oui, monsieur, ou du moins il ne m'a pas paru malade.^ Lui as-tu donné l'argent? ^ — Oui, monsieur. — As-tu son reçu? — Oui, monsieur, le voilà. » Ariste ouvrit le billet, et vit d'abord le seing de Caquiste. « Eh quoi ! s'écria-t-il, c'est Caquiste qui t'a donné ce billet; c'est donc à lui que tu as porté l'argent? » Afrenès fut déconcerté : il se troubla et resta muet. Ariste ayant parcouru son billet : a Eh quoi ! dit-il , tu n'as porté que 20 talents? Où sont les 10 autres? » Afrenès, voyant que tout était découvert, se jeta aux pieds de son maître et lui dit : a Seigneur, je suis un misérable qui ne mérite que votre colère. Je n'ai rien fait de ce

que vous m'avez ordonné, et j'ai fait tout ce que vous m'aviez défendu. Punissez-moi ; je l'ai mérité. » Ariste lui dit : « Tu ne m'as pas tenu ta parole, je te tiendrai la mienne. » Aussitôt il lui fit mettre les fers aux piefls, le fit transporter à sa campagne pour y être employé aux travaux les plus pénibles, et ne voulut plus ni le voir ni entendre parler de lui.

Peut-on imaginer une conduite plus folle que celle de cet esclave? Reprenons-en les principaux traits, et voyons s'ils ne nous conviennent point en quelque chose.

I. Son ingratitude. Rappelez- vous ici tous les bienfaits que vous avez reçus de Dieu. II vous a tiré du néant, en vous faisant homme. Ensuite, par une bonté spéciale, il vous a tiré de la masse de perdition en vous mettant dans sa maison , dans son Éghse, pour y éprouver quelque temps votre fidélité à le servir, et vous mettre bientôt après en possession du Paradis, pour y jouir d'une liberté, d'une félicité et d'une vie éternelles. Voilà la fin pour laquelle il vous a créé : en pouvez-vous souhaiter une plus noble et plus avantageuse? C'est pour vous aider à parvenir à cette fin qu'il a créé le monde et établi son Église. En vous donnant un corps et une âme, en laissant à votre choix l'usage de toutes les créatures, il n'exige de vous qu'une chose , il ne vous défend qu'une chose. Ce qu'il exige de vous, c'est que, lorsque vous serez parvenu à l'âge de raison , lorsque vous aurez passé les années de l'enfance, et que vous serez en état de dis-

tinguer le bien d'avec le mal , vous entriez dans les sentiers de la justice, de la piété, delà dévotion, et que vous marchiez dans les voies.de ses commandements, n'usant de ses bienfaits que pour son service et votre salut , en rapportant tout à sa gloire. L'unique chose qu'il vous défend , c'est d'entrer dans les routes de l'iniquité; de sacrifier au démon et au monde les talents qu'il ne vous a donnés que pour être employés à son servite ; de ne rien dérober des biens qu'il vous a confiés , et de les faire servir à votre amour-propre, à votre avarice, à votre orgueil, à vos passions. Examinez maintenant ce que vous avez fait jusqu'à présent.

II. Sa désobéissance. Il est important de remarquer comment il en vint là.

1° 11 compte sur la récompense promise à son obéissance, et il ne s'occupe point du soin d'obéir. Il ne songe qu'à sa liberté, et point au moyen de l'obtenir. De même, tout le monde prétend bien se sauver; personne ne veut se damner; cependant on ne songe point au seul moyen qu'il y a de se sauver et d'éviter la damnation, qui est d'obéir aux commandements de Dieu.

2° Il prétend obéir, et il ne s'entretient que de pensées qui le détournent de l'obéissance. Gomment prétendez-vous garder la loi de Dieu, si vous n'écoutez, si vous ne lisez, si vous ne recherchez , si vous n'aimez que ce qui y est opposé ; si vous ne roulez dans votre esprit , dans votre mémoire , dans votre imagi-

nation , dans votre cœur, que des peneées , des projets, des affections qui y sont contraires ?

3" II prétendait obéir et désobéir tout ensemble ; faire d'abord ce qu'on lui défendait , et ensuite ce qu'on lui commandait. Voilà le grand écueil : on veut commencer par servir le monde, et ensuite on servira Dieu ; mais, le plus souvent, on meurt sans avoir servi Dieu, et n'ayant servi que le monde.

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