CHARLES
.... Pauperum tabernas regUmque turre».
CL0T1LDE 119
zoé. Ce n’est pas la peine de parler latin, je ne te comprenais déjà pas auparavant.
Charles. Tu consoleras ma mère.
zoé. Voyons, Charles, réponds-moi. Qu'est-ce que tout cela veut dire?
cuarles. Et peut-être, que dis-je! sans doute tes vœux sont contre moi.
zoé. Quels vœux?
Charles. On n'a qu’à se rappeler Sabine et Chimène. zoé. Ah ! c'est de la tragédie.
Je suis Romaine, hélas! puisque Horace est Romain.
Charles. Tu vois, tu es pour l’amant contre le frère. zoé. Moi, je récite ; je suis prête à dire le contraire.
Sors vainqueur d’un combat dont Chimène est le prix.
Charles. Ah! Zoé, me dis-tu cela sérieusement? zoé. Voyons, Charles, qu’est-ce qui t’arrive? Est-ce que lu vas te battre?
charles. Eh bien, oui;je voulais te le cacher; mais, puisque tu l’as deviné....
zoé. Comment? avec qui? pourquoi? Mais tu es fou... charles. Comment? Cela se décide en ce moment même. Avec qui? Avec Robert Dimeux, zoé. Avec M. Robert? Charles ce n’est pas vrai, n’est-ce pas?
charles. Rien n’est plus vrai.
zoé. Quelque querelle ridicule pour quelque femme.
charles. Tu l’as dit.
zoé. Ah ! j’ayais donc un pressentiment quand j’ai passé toute cette nuit à pleurer. Mais cela ne sera pas ; M. Dimeux est un homme raisonnable.
charles. Quoi! lu veux me faire croire que tu es allée au bal pour pleurer.
zoé. J’ai quitté à minuit. 11 reste bien assez de temps pour pleurer jusqu’au jour.
Charles. Je te parle du bal de l’Opéra, zoé. C’est à cause du bal de l'Opéra que j'ai pleuré. Charles. On t’avait peut-être forcée d’y aller? zoé. Personne ne m’en a seulement parlé. Et pour quelle femme encore est-ce que tu te bats? Je voudrais que tu fusses tué.
charles. Merci.
zoé. D’abord, on ne se bat que pour des femmes qui ne le méritent pas. Une honnête femme ne sert jamais de prétexte à de semblables choses.
charles. Tu es bien sévère pour toi-même.
zoé, Comment, pour moi-même?
charles. Je me bats avec Dimeux parce que tu es allée avec lui au bal de l'Op...
zoé. Avec Dimeux! au bal! moi !
CHARLES. Oui.
zoé. Je ne suis jamais allée nulle part avecM. Dimeux, et jamais de ma vie je n’ai vu le bal de l’Opéra. Voilà de jolies choses!
charles. Allonc donc, je vous ai vus sortir d’ici tous les deux, et je vous ai suivis jusqu’à l’Opéra, et j’ai parlé à Dimeux, qui n’a pas pu le nier, et tu lui donnais encore le bras quand je lui ai donné ma provocation.
zoé. Mais non, mais non ; c’est Clotilde qui s’est habillée ici. Moi, j’ai passé la nuit à pleurer de ce que tu allais à ce bal, de ce que tu ne m’aimes plus, de ce que tu aimes Alida.
charles. Comment, ce n’était pas toi?
zoé. Non, non, mille fois non ! mais tu ne te battras pas; je ne le veux pas; c’est impossible; et pour moi....
charles. Oui, pour toi, et aussi pour moi; pour ton honneur et aussi pour ma jalousie; et puis ton honneur me semble toujours être le mien.
zoé. Ta jalousie? Tu es jaloux, jaloux, jaloux de moi! Mais tu m’aimes donc, Charles?
Charles. J’en meurs de désespoir. * zoé. Et moi, si tu savais, je ne fais plus que pleurer, car je t’aime aussi. Ah ! j’ai bien expié ma folie et mes idées romanesques. J’ai été bien malheureuse de te voir parler à d'autres femmes. Tu n’aimes donc pas Alida?
Charles. Je n’ai jamais pensé à Alida.
zoé. Quel bonheur ! Mais ce duel, cet horrible duel ? Charles. Ah ! puisque tu m’aimes, je serai vainqueur. Dis-moi seulement encore une fois :
Sors vainqueur d’un combat dont Chimène est le pris.
zoé. Ne plaisantons pas. Mais, puisque ce n'était pas moi, pourquoi te battrais-tu, alors?
charles. C’est bien un peu mon idée-, mais c’est que mon billet n’était pas très-mesuré, et c’est Dimeux à son tour qui me demandera raison.
zoé. Raconte-lui ton erreur; il t’excusera.
charles. Mais je ne veux pas que l’on m’excuse. zoé. Alors tu te battras?
charles. Je n’en sais rien.
zoé. Écoute, Charles, si tu n’arranges pas cette affairelà autrement, je croirai que tu m’as trompée, parce qu’après votre explication il n’y a aucun prétexte pour que tu te battes ; je croirai que tu m’as trompée, et que c’est pour Alida, et peut-être pour pis encore que tu te bats.
Charles. Écoute, je vais aller chez Dimeux; je vais lui raconter mon erreur ; puis, je lui dirai : « Je ne suis plus offensé ; mais, si vous croyez l'être par mon épître, je suis prêt à vous en rendre raison. »
zoé. Et il te dira qu’il n’est pas offensé non plus. charles. Peut-être.
zoé. Va, et reviens bien vite; je ne vis pas en attendant. Écoute un peu. Quoi qu’il arrive, tu viendras me rendre réponse.
charles. Oui.
zoé. Donne-m’en ta parole d’honneur.
Charles. Ma parole d’honneur!
C’est alors que Charles entra chez Robert et lui dit : « Mon cher Robert, tout est expliqué, je ne suis plus offensé ; mais, si vous l’êtes par ma démarche ou par ma lettre, je suis prêt à vous faire des excuses ou à vous en rendre raison.— Mon cher Reynold, répondit Dimeux, je ne vous en veux nullement. Permettez-moi, au contraire, de vous féliciter de votre air parfaitement majestueux. Je ne veux de vous ni excuses ni coups d’épée. »
Charles sortit avec son héraut.
' A monsieur Robert ftimeus de Fousseron.
^ « Paris,
« M. et madame Frédéric Reynold ont l’honneur de vous faire part du mariage de mademoiselle Zoé Reynold, leur fille, avec M. Charles Reynold, et vous prient d'assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera donnée le...., en l’église Saint-Vincent-de-Paul, leur paroisse. » • - . •
A monsieur Robert Dimeux de Fousseron.
« Paris.
« M. et madame Émile Reynold ont l’honneur de vous faire part du mariage de M. Charles Reynold, leur fils, avec mademoiselle Zoé Reynold. #