‹ Histoires normandesChapitre 8 sur 19 · LA MAISON VERTE. I · texte numérisé non relu

LA MAISON VERTE. I

attendant que nous allions jouir du pimenté spectacle que tu devines, si nous déjeunions ?

Et André emmena son anii au Dauphin où ils arrosèrent d'un pomard du bon coin un de ces savoureux pâtés de perdreaux dont Félix, cet artiste incomparable, a le secret.

Vers les deux heures, ils s'acheminèrent, l'âme en joie et l'esprit rasséréné, du côté de la brasserie. La maison, très coquettement assise au bas d'un coteau, est assez distante de la ville.

Il leur fut donc aisé de trouver, presque en face, un hallier propice, où pointaient déjà les primes feuilles, et d'où ils pûsse;it inspecter les abords et assister, sans être vus, à la comédie qui allait se jouer là tout à l'heure.

— Ne bougeons plus, fit André tout à coup, les voilà.

En effet, le roulement encore lointain d'une voiture devenait de plus en plus distinct ; et bientôt les deux amis purent distinguer Thermidor, dont la longue crinière flottait au vent secouée par une course rapide; puis, dans Taméricaine, l'oncle, sur le siège de devant, tourné de trois quarts, très galamment, vers deux femmes à demi penchées vers lui.

Mais déjà Thermidor arrivait à la hauteur de la petite maison ; et soudain, avant que M. Chamonard, qui ne s'y attendait nullement et qui avait l'air très intéressé par la conversation de ces dames, eût pu s'y opposer. Thermidor quitta brusquement la route et vint s'arrêter, en piaffant et efi hennissant d'un air de connaissance, devant la porte de la trop fameuse brasserie.

Presque aussitôt, celle-ci s'ouvrit, donnant passage à une demi-douzaine de femmes court-vêtues qui se précipitèrent à la bride du cheval en s'écriant, sans

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