‹ Histologic genérale; étude critique sur Virchow et La pathologic cellulaireChapitre 1 sur 6 · ET LA PATHOLOGIE CELLULAIRE · texte numérisé non relu

ET LA PATHOLOGIE CELLULAIRE

Dans ces dernières années les prog^rès de i'hislolog'ie et rinfluence de plus en plus prépondérante du

Vy physioIog*isme ont produit dans les sciences médicales une véritable révolution. Cette révolution, qui nous vient d'Allemag'ne, a la prétention de constituer un progrès considérable en physiolog'ie et en patholog*ie. Que

^ cette prétention soit vraie ou fausse, toujours est-il que I les idées de Virchow et de ses élèves ont pris, en France,

^ une telle autorité qu'il est devenu absolument nécessaire de compter avec elles. Aussi, malg^ré le néôlo-

-^ gisme rebutant et les barbarismes fréquents qui rendent illisibles les productions de la nouvelle école, nous avons abordé courageusement les obscurités de la phraséologie allemande et nous voulons faire à nos lecteurs un exposé critique de la pathologie cellulaire.

La pathologie cellulaire n'est point, comme on pourrait le croire, une doctrine nouvelle ; c'est une des mille formes de Vorgatiicismc.

Dans cette doctrine, la maladie n'est plus la lésion d'un organe, c'est la lésion d'une cellule, de l'élément anatomique. C'est donc l'organicisme à doses infinitésimales, Torganicisme émietté .

Jousset. i

La cellule se compose essentiellement d'une enve* loppe, d'un noyau et d'une substance intracellulaire qui varie avec les différents tissus. Les proppiétég spéciales que possèdent les diverses cellules sont liées aux propriétés variables de la substance contenue dans la cellule (p. 13),

La cellule est l'élément de tous les tissus organisés, « c'est un élément simple, partout conforme, toujours analogue, qui se retrouve dans les tissus vivants avec une remarquable constance. Cette constance nous permet précisément d'affirmer de la manière la plus positive que la cellule est bien cet élément caractérisant tout ce qui a vie, sans la préexistence duquel aucune forme vivante ne peutexfster, et auquel sont liées la marche et la conservation de la vie. » (Virchow, p. 68.)

On le voit par ce passage, la cellule vit par elle-même, de plus elle est la condition de toute génération nouvelle soit pbyi$iologique, soit pathologique. Yirchow^ le répète cent fois dans son livre ; la' cellule esi l'élément vivant par excellence, c'est à elle qu'est due la nutrition et la génération, c'est en elle que se passe tout le travail morbide, c'est dans la cellule, ^u un mot, que réside la cause de la vie.

Cette cause, quel que soit le nom qu'on veuille lui donner, âme, principe animateur, propriété de la matière, ne réside ni dans le sang, ni dans le système nerveux. Les humoristes et les soUdistes sont renvoyés dos à dos, convaincus également d'impuissance à donner une synthèse véritable de la vie. La cellule naît de la cellule : omnis cellula a cellula^ et la génération spontanée est jetée sans hésitation et sans pitié aux gémonies de l'histoire de la médecine. L'accroissement se fait par la cellule^ la nutrition, les sécrétions, les formations pathologiques sont des produits de la cellule» La cellule prolifère voilà

la grande loi de la vie ; la cellule prolifère par segmentation^ c'est-à-dire qu'elle se divise en long» et en largue pour produire de nouvelles cellules ; elle prolifère par bourg^eonnement, c'est-à-dire que la cellule préexistante envoie des prolong»ements qui se segmentent ; elle prolifère enfin par formation cellulaire endogène; ici de nouveaux éléments se forment dans Tintérieur des anciens.

Les produits morbides, avons-nous dit, sont un résultat de la pi'oliféraiion de la cellule. Cette prolifération donne naissance soit à des éléments semblables à la cellule mère, d'où une hyperplasie : exemple la formation de durillons par la prolifération des cellules épithéliales cutanées, la formation d'un corps fibreux de Tutérus par . la prolifération des éléments cellulaires de Tutérus.

D'autres fois, la cellule prolifère des éléments qui sont différents d'elle-même; elle donne lieu à des tissus que Laënnec appelait hétérologues. Virchow conserve cette division avec un bon sens que n'ont point eu la plupart des micrographes français. Seulement notre auteur prétend que les cellules, les éléments de ces tissus hétérologues ont toujours leurs analogues , à l'état physiologique, soit dans la vie actuelle, soit dans la vie embryonnaire et que, dans ce. sens, il n'y a point de produits hétérologues. Quand les cellules nouvelles qui constituent les néoplasmes hétérologues appartiennent à l'ordre des cellules physiologiques de la vie actuelle, il y a erreur du lieu, héiéroto^ pie^ c'est-à-dire que des cellules épithéliales par exemple se développent dans l'intérieur d'un muscle ou que des leucocythes s'épanchent hors des vaisseaux pour constituer un abcès. Quand les cellules des néoplasmes hé* térologues appartiennent à la vie embryonnaire, il y a hétérochronie ; ainsi les tumeurs cancéreuses sont composées principalement de cellules et de noyaux embryo-^

plastiques; de même des cellules analogues à la g*elée de Warlhon, du cordon ombilical constituent certaines tumeurs colloïdes.

Non-seulement la cellule prolifère, se mulliplie et se transforme, mais de plus elle est soumise à un travail régressif j c'est-à-dire qu'après avoir vécu souvent avec excès, elle meurt. Cette dégpénérescence arrive par deux voies différentes : le ramollissement^ pour lequel Virchow a créé un mot nouveau dont il est fort satisfait, là nécrobiase; et Vinduration, qu'on appelle maintenant sclérose. La nécrobiose a presque constamment lieu par la dégénérescence graisseuse, et la sclérose est trèssouvent le résultat de la formation de corpuscules amyloïdes qui infiltrent les cellules.

Donc la cellule c'est l'organisme tout entier, la cellule c'est le monde. Il y a maintenant près de quarante ans que dans un langage splendide, Raspail, professant à l'Ecole pratique de Paris, soutenait la même doctrine ;

pour lui aussi la cellule était tout, et l'éloquent professeur terminait une de ses leçons par cette phrase qui résumait toute sa doctrine : « Archimède demandait un levier et un point d'appui pour enlever le monde, et moi je vous dis : donnez-moi une cellule et je vous rendrai le monde. » Mais Raspail était venu trop tôt, il ne fut pas compris. On sait comment il a fini scientifiquement par la théorie des microzoaires universels et la vertu souveraine du camphre. Virchow est arrivé à l'heure et il a révolutionné la médecine: habent sua fata doctrinœ.

Comme la doctrine organicienne à laquelle elle appartient, la théorie cellulaire nie l'unité de l'homme en physiologie et ne reconnaît en pathologie que des maladies locales. Voici un passage de Virchow qui fait bien comprendre sa pensée sur ce point :

« Telles sont, messieurs, les considérations qui me semblent devoir être le seul point de départ possible de toute doctrine biolog^ique. Une seule forme élémentaire ' traverse tout le règne org^anique, restant toujours la même; on chercherait en vain à lui substituer autre chose, rien ne peut la remplacer. Nous sommes donc conduit à considérer les formations plus élevées, la plainte, l'animal, comme la résultante dun nombre ^plus ou moins grande de cellules semblables ou dissemblables. L'arbre représente une masse ordonnée d'après une certaine règle ; chacune de ses parties, la feuille comme la racine, le tronc comme la fleur, contient des éléments cellulaires. 11 en est de même pour le règ^ne animal. Chaque animal

représente une somme d'unités vitales qui portent chacune en elles-mêmes les caractères complets de la vie. Ce n'est pas dans un point limité d'une organisation supérieure, dans le cerveau de Fhomme par exemple, que Ton peut trouver le caractère de Tunité de la vie ; on le trouve bien plutôt dans l'arrangement régulier ^ constant de télément distinct. On voit donc que Torganisme élevé, que l'individu i-ésulte toujours d'une espèce d'organisation sociale; de la réuuion de plusieurs éléments mis en commun ; c'est une masse d'existences individuelles dépendantes les unes des autres, mais celte dépendance est d'une nature telle que chaque élément a son activité propre, et même lorsque d'autres parties impriment à l'élénient une impulsion, une excitation quelconque, la fonction n'en émane pas moins de l'élément lui-même et ne lui est pas moins personnelle. » (P. 15.)

Nous aimons à citer longuement les auteurs que nous critiquons, et nous préférons leur laisser la parole plutôt que d'interpréter leur pensée ; seulement nous avons souligné quelques passages pour fixer l'attention du lecteur. Il aura compris les contradictions accumu-

Jées par Virchow, qui considère d'une part Torganisme vivant comme un composé de cellules indépendantes soumises au rég^ime fédératif ; et qui admet d^autrepart une règ'le ordonnant et maintenant le tout dans un ar* rangement constant, ce qui caractériserait Tu nité de la vie,

Mais voici un autre passag^e où sa pensée est exprimée plus clairement encore.

a Les fonctions du système nerveux, et elles sont très-nombreuses, ne nous montrent d'autre unité que celle de notre propre conscience ; T unité an atomique ou physiolog»îque n'a pu, jusqu'à présent, être démontrée nulle part. Et quand bien même on admettrait que le système nerveux, malg*ré ses centres fonctionnels si nombreux, est le point central, d*oû parlent toutes les fonctions org»aniques, on n'aurait pas avancé la question d'un pas, on n'aurait pas trouvé l'unité absolue. Pensez à tous les obstacles qui s'opposent à l'admission d'une semblable unité et vous verrez que nous avons toujours été abusés par un phénomène du moi, que notre conscience s'est trompée dans Tappréciation des processus org^aniques. — De ce que nous sentons un tout simple et unique, nous avons conclu que toutes les fonctions devaient être régies par cette unité. — Suivez le développement d'une plante,* depuis son premier g»erme jusqu'à son développement complet, et vous verrez une série de processus tout à fait semblables, et sincèrement, dans ce cas-là, vous ne pouvez voir une unité semblable à celle que nous donne notre conscience. Personne n*est parvenu à démontrer un système nerveux parmi les vég^étaux; personne n'a prétendu qu'un seul point dominât entièrement la plante complètement développée. — La physiolog*ie vég^étale tout entière repose sur la recherche de V activité cellulaire indivi-

duelle^ et pour appliquer le même principe à Téconomiè animale, il n'est, à mon avis, d'autre difficulté à vaincre que celle de surmonter Tidée morale et esthétique, * (P. 248.)

Ainsi c'est un préjugée du moi, une aberration pro-duite par Fidée morale et esthétique qui a trompé touâ les g'rands physiolog^lstes et leur a fait croire à l'unité de l'homiïie, et même à l'unité de la plante, car le vég'élal constitue une unité aussi déBnie, aussi tranchéô que ranimai. Et pourquoi les êtres vivants ne constituent-ils pas d'unité ? pourquoi sont-ils seulement des assemblag^es de cellules indépendantes dans leur vie individuelle? Parce que chez l'animal le système nerveux ne pénètre pas tous les tissus et que, par conséquent, le cerveau ne peut être considéré comme le siège de cette unité 1 Parce que les plantes n'ont point de système nerveux ! "Parce qu'on ne peut trouver un point qui domine et rég»it le reste de Forg-anisme ! Mais qui trompe-t'On icil Et depuis quand est-il permis à un homme, sous prétexte d'anatomie et de micrographie, d'ignorer les doctrines physiologiques les plu s courantes; et les ignorant, d'en parler avec ce sans-gêne et cette facilité outrecuidante ! « L'unité anatomique et physiolog^ique n'a pu, jusqu'à présent, être démontrée nulle part » (p. 248), écrit Virchow, avec un aplomb admirable, et pour preuve il ajoute qu'une partie peut se nécro* ser et mourir, tandis que le reste de l'organisme continue à vivre !

Mais l'unité d'un être ne siège ni dans le système nerveux, ni dans le système sanguin, ni dans aucun autre système, car ce qui constitue l'unité d'un organisme, c'est la cause qui donne et entretient la vie de cet organisme: âme, principe d'activité ou force vitale (pour le moment, nous ne discutons point la nature de cette

cause). Et pour rechercher dans Torg^anismc un point où sié^e cette cause, il faut véritablement être micrographe . Est-ce que M. Virchow aurait la prétention de trouver la cellule de Tâme?

Nous disons qu'un organisme est un, parce que Fobservation nous démontre qu'il est soumis dans sa naissance, son développement et sa mort à des lois régulières, toujours les mêmes dans chaque espèce; parce que dans un être vivant toutes les fonctions, si diverses et si multipliées qu'elles soient, concourent à un but constant, régulier et défini, et que ce concours, qui unit toutes les fonctions dans un même effort, tient nécessairement à la cause unique qui produit l'être tout entier et le régit jusqu'à sa mort, aussi bien dans ses grandes fonctions, que dans la vie de chaque cellule en particulier. C'est cette cause^ âme ou force vitale, qui fait évoluer différemment les cellules de l'embryon du lion et celles de l'embryon du chacal ; qui continue de les régir pendant toute la vie de ces animaux, en sorte que ' non-seulementleurconformationextérieureestdifferente, mais que leur chair et leur sang ^ mais que toutes leurs cellules sont différentes et que toutes portent l'empreinte, aussi longtemps qu'elles vivent, de cette cause^ de cette unité despotique qui fait que le lion est lion et le chacal chacal dans toutes leurs parties, depuis leur conception jusqu'à leur mort.

Sans aucun doute, la cellule vit dans les corps organisés, mais non d'une vie indépendante comme le voudrait Virchow. Cette indépendance, que proclame si haut le micrographe prussien, n'est qu'une hypothèse oontrouvée, car chaque cellule, loin d'être indépendante, porte la marque, l'empreinte de la cause qui a créé et qui fait vivre l'individu. Autre est la chair de l'homme, autre est la chair des quadrupèdes, autre est la chair des

poissons; c'est donc que les cellules qui composent cette chair, quoique analog*ues, sont cependant différentes dans chaque espèce. Les g^lobules ou cellules du sangf diffèrent, non-seulement avec les espèces animales, mais avec les sexes, mais avec les individus. Oui chaque individu org^anisé porte dans ses cellules le caractère de son individualité, et là où le microscope est impuissant'à dévoiler ces différences, le g*oût, Todeur, Tétude des aptitudes si diverses suffît g^randement à les constater.

La cause qui forme les êtres org»anisés et qui les fait vivre chacun de leur vie propre et individuelle^ la cause qui fait concourir toutes les fonctions si diverses à un but unique, est ce qui constitue l'unité de chaque être; or cette cause, puisqu'elle rég'it et g^ouverne tout l'être, * aussi bien dans ses manifestations supérieures que danf m vie vég'étative, doit être présente partout. Elle n'a donc pas, elle ne peut avoir un siiégpe unique, le système nerveux ou tout autre système. Et se préoccuper de trouver un système anatomique qui soit répandu dans tous les org^anismes vivants pour y localiser la cause, le principe de la vie, c'est prouver qu'on n'a pas compris le premier mot de la question.

Er quoi la nécrose des os propres du nez chez un syphilitique, ou la gpangprène du pied chez un diabétique contredisent -elles la doctrine de l'unité de l'homme? Je trouve que, loin de là, ces mortifications sont une preuve et de l'unité physiolog^ique et de l'unité patholog^ique. Car enfin Virchow ne peut prétendre qu'il s'ag'isse ici d'une maladie locale, d'une affection dével6|>pée par l'activité spontanée des cellules des os propres du nez, ou de celles qui composent les tissus du pied. Si ces cellules se mortifient, c'est que l'homme entier, dans son unité vivante, est syphilitique ou dia^-

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bétiqae , c'est là une localisation d'une maladie dô Thomme tout entier, d'une maladie ioiius substantiœ.

Pourquoi les os propres du nez d'un syphilitique et le pied d'un diabétique sont-ils exposés à des accidents qui n'arrivent jamais chez l'homme sain ? C'est que l'homme est un et qu'il ne peut être malade sans que toutes ses cellules soient souffrantes. Mais pourquoi dans la syphi* lis et dans le diabète existe-t*il des affections, des localisations déterminées , ayant des caractères tellement tranchés que tous les cliniciens appellent ces affections syphilitiques ou diabétiques? C'est que la maladie elle aussi constitue une unité souveraine qui s'affirme dans ses symptômes , ses lésions et sa marche, et qui imprime à chacune de ses manifestations un cachet, une empreinte sans lesquels l'art du diagnostic serait un vain mot. L'unité patholog^ique est donc écrite dans les symptômes et les lésions comme l'unité physiolog»ique est inscrite dans Tharmonie et la hiérarchie des fonctions.

Mais peut-être Virchow entend-il tirer un arg^ument contre l'unité des êtres vivants, soit de la possibilité de retrancher une partie à un être org»anisé sans détruire cet être ; soit encore du fait des greffes végétales et animales. Il faut répondre à ces deux arg^uments.

On peut retrancher des parties considérables aux êtres org^anisés et principalement aux vég*étaux sans détruire l'être particulier auquel on fait subir ces retranchements ; mais en quoi cela touche-t-il au principe de l'unité physiolog^ique ? Vous coupez l^olivier franc jusqu'à sa racine, les tigres qui pousseront de la souche seront toujours de l'olivier franc, et de plus elles appartiendront à la même variété que la tig*e coupée ; elles reproduiront un individu semblable. Coupez une jambe à M. X..., non-seulement son org^anîsme continuera à vivre, mais

encore ùè sera toujours le même homme , ayant les mêmes qualités physiques et morales et les mêmes dé* fauts; soti individualité, son orig^inalitémême ne set'oht nullement atteintes par cette mutilation, il sera toujours

M. X... au physique et au moral ; son unité ne sera point détruite. Cependant son corps subira une modification, car l'unité entraîne la solidarité des parties, et lesretran* chements qu'on pratique sur un organisme amènent toujours quelques modifications dans le tout. Ces modi** fixations sont surtout considérables chez les végétaux où Vart du jardinier les utilise avantag»eusement, maïs elle n'attaque nullement Funité de l'être, et le poirier constitue un org»anisme complet, défini et un, aussi bien après qu'avant la taille.

Dans les espèces supérieures, les amputations entrai* nent aussi des modifications dans la vie vég^étdtive ; ces modifications, loin de détruire l'unité, prouvent que tout concourt, tout s'harmonise dans les êtres org'anisés.

On a attaqué le principe de l'unité de la cause de la vie, âme ou principe vital, et par conséquent l'unité des êtres organisés, en s' appuyant sur le fait des greffes végétales et de ce qu'on a appelé les greffes nnimaleè. Réponddons dabord à cette objection des greffes végétales, puis nous dirons un mot des greffes animales qui ne sont point du tout des greffes.

La greffe végétale n^est qu'un mode de génération ; of la faculté qu*a un être de produire d'autres êtres semblables à lui-même n'a jamais été un argument côntjB Tuttité de l'être; au contraire, car cette génération assure et perpétue les espèces.

Nous disons que la greffe végétale n'est qu'un mode de génération. En effet, cette opération consiste à insérer sur une espèce ou une variété voisine un bourgeon ou un œil du végétal que l'on veut reproduire. Or chaque

œil, chaque bourgpeon, constitue, comme M. Gaudichaud Ta démontré, un individu distinct. Cet individu vivra et se développera si vous le mettez dans des conditions convenables.

Cette opération de la greffe est si bien une génération que le bourgpeon greffé reproduit un vég^étal identique à celui qui a fourni la g^reffe : il n'y a donc aucun arg^ument à tirer contre l'unité des organismes vivants du fait des g'reffes vég^é taies.

Quant a,ux greffes animales^ nous voudrions déshabituer les physiologpistes de cette expression, attendu que ce ne sont pas du tout des g^reffes; il n y a point ici un germe, un embryon que Ton prend sur un individu pour Tinsérer sur un autre où il se développerait et reproduirait un individu complet. Non, c'est un organe ou même une portion d'organe : un testicule, un ergot, une queue, un morceau de peau que Ton retranche d'un être vivant, et queFon réunit par première intention avec un autre être vivant; c'est un phénomène du même ordre que la réunion, chez le même individu, d'une partie arrachée ou coupée accidentellement. Nous avons dit que le jor/wctpe (f activité était présent partout le corps et animait toutes les cellules. Quand on retranche l'ergot d'un coq ou la queue d'un rat, il ne faut pas croire que l'on coupe une ipovlion du principe (T activité; attendu qu'un principe, une force ne sont pas des corps, et qu'ils ne peuvent être divisés. Il ne faut pas non plus dire avec Vir* chowetles organiciens que chaque partie, chaque cellule possède son principe d'activité, car une fois que cette partie enlevée aura usé la vie communiquée par le principe animateur, elle périra définitivement et retombera dans le monde inorganisé. Il vous sera impossible de prolonger sa vie au delà de quelques heures, malgré la chaleur, l'électricité et toutes les causes exter-

nés. Mais si cette partie séparée est replacée, pendant que sa vie persiste encore, dans des conditions analogues à celles dont elle jouissait sur Tanimal auquel vous Tavez enlevée, elle continuera à vivre. Les phénomènes de nutrition reprendront avec la circulation et l'innervation, absolument comme si cette partie avait été réunie par première intention chez l'animal auquel on Tavait retranchée primitivement.

En quoi ces divers phénomènes touchent-ils à Tunité de Fêtre? Est-ce que le rat auquel vous avez retranché la queue est atteint dans son unité par cette amputation? Celui qui porte maintenant une queue surnuméraire est-il double pour cela? Non, sans doute, et la seule objection spécieuse à tirer de ces phénomènes, c'est qu'il n'y a point de principe d'activité unique, attendu que la queue coupée peut vivre un certain temps séparée du corps, et qu'elle peut continuer à vivre sur un autre rat.

Nous avons expliqué ces faits par la vie acquise. Nous avons dit que la partie animée par le principe d'activité continuait à vivre un certain temps après avoir été retrancHée du corps, comme la balle chassée par un bras vigoureux conservait pendant quelque temps un mouvement communiqué. Si cette partie séparée est réunie de nouveau à sa souche, la vie non interrompue reprendra son cours. Et en quoi l'unité du principe d'activité sera-t-elle atteinte par cette expérience? En quoi la réunion par première intention d'une phalang^e séparée plus ou moins complètement atteint-elle l'unité du principe vital? Eh bien, je ne vois pas qu'elle soit plus atteinte, si au lieu de rattacher la queue du rat sur le rat même auquel vous l'avez coupée, vous l'insérez sur un autre rat. Dans le premier cas, les cellules encore vivantes de la queue coupée se retrouvent placées sous l'empire de la même cause de vie qu'avant l'amputation

et elles continuent à vivre et à proliférer ; dans le second eai, elles se trouvent soumises à un principe d'aoi* tivité trèsHAnaloguet et elles continuent à vivre d'une vie plus ou moins parfaite.

Pour terminer ce que nous avons à dire sur la doctrine générale de Virchow, il nous reste à examiner comment cet auteur explique la vie ; nous trouverons sa pensée dans les chapitres intitulés Activité et irritabilité des éléments^ -« Formes diverses dirritations^ Autant que possible nous lui laisserons la parole pour exposer ^es idées.

« C'est dans V activité que nous trouvons la caractéristique de la vie

D'après ce que nous savons, cette action, cette activité vitale n'est suscitée dans aucune partie du corps par une cause innée [causa innata)^ immanente et entièrement contenue dans une même partie. — Partant, pour obtenir la manifestation de Tactivité vitale, il faut nécessairement une excitation. Toute activité vitale suppose une excitation ou, si vous le préférez, une irritation. L^excitabilité des diverses parties est le seul critérium qui nous permette de jug^er si la partie est encore vivante. » (P. 280.)

J'en suis fâcbé pour la réputation de clarté qu*on a faite à Virchov^, probablement par comparaison avec d'autres mîorographes, mais cela est difRis et confus^ et nous devons tâcher de rendre la pensée de notre auteur plus claire avant de la combattre.

Pour Virchow, Y activité vitale n'est autre chose qu'une propriété des corps organisés; c'est V excitabilité ou Virritabihté. Il se défend de trouver la cause des phénomènes d'excitabilité dans un principe, dans une cause innée^ immanente^ et entièrement contenue dans une même partie ;

mais si ^tte cause d'activité n'e&t pas en dedans, n'est pas immanente, où est-elle? elle est au dehors; «elle réside dans une excitation ou, si vous P aimez mieuœ^dans une irritation. » A la page suivante, notre auteur ajoute î « Si vous voulez aller plus loin et analyser ce qu'il faut comprendre sous le nom d'excitabilité, je vous répondrai que les diverses fonctions mises en jeu par une action

«d?/^mwr^ sont de trois ordres ,

fonction^ nutrition^ formation » (p. 251). Ainsi, c'est tou- . jours une action extérieure qui met en jeu Texcitabilité. Résumons cette doctrine : La vie est due à une propriété des corps org»anisés, Texcitabilité ; cette propriété n'est mise en jeu que par une excitation extérieure, et îl n'y a point d'autre cause d'activité.

Ce système appartient évidemment à ce que Aug»uste Comte appelle, dans son langag^e barbare, le 50c«>/o^«5m^, système auquel se sont ralliés, en France, Littré, Robin et la plupart des micrograph'es. Mais les pères véritable» de ce système sont, en physiolog'ie, Brown et Broussais. Le premier avait dit, dans ses Elèmenta medieinœ .♦ « L'homme a pour propriété l'excitÉdîilité, et la vie dépend des excitants extérieurs. » C'est plus court et plus clair que ce qu'écrit Virchow; mais c'est absolument la même pensée. Broussais avait dit avec la même clarté : « La vie de Tanimal ne s'entretient que par des stimulants extérieurs. »

Notre ami le D' Fredault a réftité victorieusement ce matérialisme honteux et dég'uisé dans son Traité é^ Anthropologie générale (p. 148). Nous reproduirons plus loin quelques-uns de ses arguments.

Nous disons que la vie ne peut s'expliquer par une propriété des tissus mis en jeu par des excitants. Nous rejetions cette hypothèse parce qu'elle ne suffît pas à expliquer les faits produits par Texpérimenlation. Il y

a, nous l'avons déjà dit, dans tout organisme on principe d'activité qui a formé cet org>anisme et qui le fait vivre. Cette doctrine répond à tous les faits, et c'est pour cela que nous l'adoptons; elle seule nous rend compte des différences d'espèces et même des différences individuelles ; elle seule nous rend compte de la vie latente du g^rme et de la génération.

. En résumé, le principe animateur est unique pour chaque individu : il est présent dans tout Torg^anisme ; il varie avec les espèces, les variétés, les sexes et les individus; et il n'y a point d'êtres org-anisés, point de vie sans lui.

Hunter a démontré expérimentalement le principe d'activité des êtres opg^anisés :

« Je remarquais, dit-il, que dans tous les œufs qui éclosent, le jaune n'a pas diminué au terme de l'incubation, reste sans se gâter jusqu'à la fin, et que la partie de l'albumine qui n'a pas été employée au développement des poulets est parfaitement conservée quelques jours avant l'éclosion, bien que tous deux se soient trouvés à une température de 103** Fahr. (39*^,44) dans le nid de la poule , pendant trois semaines ; mais si l'œuf n'éclot pas, le jaune se putréfie peu après l'époque où se putréfie toute matière animale. — Afin de déterminer s'il n'existe point d'autres preuves de l'existence du principe dévie dans l'œuf, je fis l'expérience suivante: je plaçai un œuf dans un mélangée réfrig*érant, à peu près à O'^Fahr., et je le fis grêler; ensuite, je le fis dég^eler. Je pensais que par ce procédé le principe de conservation de l'œuf devait être détruit; c'était aussi ce qui avait lieu. En effet, je plaçai cet œuf dans un mélangée réfrigérant à 15° Fahr. ( — 9**, 44) avec un œuf frais, afin d'établir une comparaison entre le premier et celui que je considérais comme vivant; et ce dernier ne fat gelé

que sept minutes et demie ftprès le premier. Dans une nouvelle expérience , je plaçai un œuf nouvellement pondu dans une température de 17 à 15^ Fahr. (— 8"v33 à 9^,44 c.), il mit environ une heure à grêler; après qu'il fut dég'elé, je Texposai à une température moins basse, 25" Fahr. ( 3^88c.),il g^eladans la moitié du temps. Or, la cong»élation ne se serait pas même effectuée dans une demi-heure, si Toeuf n'avait pas été tué dans la première exp^ence, puisque dans la seconde le froid était moins élevé de 7** Fahr. (5**' c). Ces expériences démontrent que l'œuf, quand il est vivant, est doué d'une force de résistance au froid, et qu'il n'en jouit plus quand il est tué par la congélation. » [Œuvres^ t. I, p. 258.)

C'est ce même principe dévie qui a conservé, pendant plusieurs milliers d'années, le froment renfermé dans le tombeau des Pharaons. Non-seulement ce froment a vécu pendant des siècles sans qu'aucun irritant vînt entretenir sa vie, mais encore il a conservé la propriété de g^ermer.

La théorie de Virchow donne aux causes extérieures une puissance exagérée. « Que l'activité vitale , dit M. Fredault, ait besoin, pour se développer, d'excitant, cela est vrai. Mais ces excitants ne développent jamais que ce qui existe, d'après cet adag^ vulgaire, on ne peut tirer d huile dun mur. Pour exciter la pensée à se développer, il faut qu'il y ait un principe pensant, et l'on ne fera jamais penser un animal sans intelligence. Tous les stimulants du monde ne feront jamais pousser des ailea à une baleine, ni des nageoires à un chat, non plus qu'il ne fera marcher quelqu'un qui n'a pas de jambes.

«Vous prenez des œufsde perdrix ou de canardetvous les faites couver à une poule, il n'en sortira jamais que des perdrix ou des canards. Il y a dans le germe une

Jousset. !2

puissance particulière à la gpénération qui dispi^ rêtre nouveau, Tarrang^e, l'org-anise sur le modèle de ses g^énérateurs, indépendamment de toute influence extérieure ; et ce principe n'existe qu'à la condition d'agir dans une certaine forme. » {Loc. ciL^ p. 150.)

La g*énération et la formation des êtres échappent si bien à l'hypothèse de Texcitabilité et des causes externes, que Virchow est obligée d'admettre un irritant inconnu. a Ce qui, dans le corps en voie de développement, se passe sous l'influence d'un irritant inconnu^ dont l'action a commencé lors de la fécondation, et que je nommerai irritant de croissance^ se produit dans le corps de l'adulte par suite de Tirritation directe des tissus » {loc. cil.^ p. 270). Quel g^alimatias 1 Quand on prend du aalon, on n'en saurait trop prendre. Virchow pousse le culte des irritants jusqu'à admettre un irritant inconnu; mais cet irritant inconnu est précisément comme le Dieu |-wcowww auquel les Athéniens avaient dressé des autels; c'est celui qui forme et conserve les corps organisés ; c'est, en un mot, le principe d'activité dont nous avons, je crois, démontré l'existence.

Dans cette seconde partie de notre critique nous examinerons les applications que Virchow a faites de sa doctrine aux questions médicales. \ À inflammation, les iiéoplasies^ la p?/ohémie et les embolies attireront surtout notre attention.

L' inflammation d'après la pathologie cellulaire,

L'inflammation est une lésion tellement caractérisée, tellement définie, que toutes les doctrines médicales.

même celles qui ont prétendu la supprimer, ont donné une théorie de Tinflaïamation. Les humoristes modernes ne voient dans l'inflammation qu*un phénomène vasculaire et un deg*ré plus élevé de Thyperémie. L'aug»mentation de la fibrine dans le sang»; l' accroissement d'activité de la circulation capillaire, puis l'arrêt de cette circulation par tassement desg»lobules; la formation d'un exsudât fibrineux; sa résorption ou sa transformation : telle est, pour cette éoole, la succession des phénomènes de rinflammation.

Virchow a pris le contre-pied de cette théorie. L'excès de fibrine ne préexiste pas dans le sang, mais elle est due à la prolifération des cellules enflammées qui versent à grands flots la fibrine pathologique dans le torrent circulatoire; l'inflammation peut se développer dans des tissus privés de vaisseaux et de nerfs ; elle ne dépend donc ni du système sanguin ni du système nerveux. Jamais Virchow n'a constaté d'exsudat dans le parenchyme; Taugmentation du volume qui accompagne rinflammation tient donc uniquement, dans ce cas, à la nutrition exagérée des cellules qui grossissent et dont la substance intracellulaire, augmente de quantité en même temps qu'elle se trouble. L'inflammation n'est donc qu'une hypertrophie aiguë. Quant aux exsudais qu'on ne saurait nier sur les muqueuses, dans les alvéoles pulmonaires et sur les séreuses, ils ne viennent point directement des vaisseaux par suite d'une pression exagérée. C'est l'activité propre des cellules qui transforme et produit les exsudats fibrineux et muqueux. Quant aux troubles de la circulation capillaire, Virchow n'en tient aucun compte et n'en parle même pas. Enfin, et c'est là le plus grand reproche que nous fassions au physiologiste prussien, il nie que l'inflammation soit un phénomène toujours comparable à lui-même^ et

il supprimerait volontiers cette dé Domination eu lan- ^ge de Tanatomie patholog*ique.

Nous allons maintenant rapporter les différents passages dans lesquels Virchow a exposé sa théorie de l'inflammation, en commençant par ceux qui ont rapport à Texistence même de cette lésion.

§ 1 . — L'inflammation ne constitue pas un processus distinct. «Jusqu'à ces derniers temps on était accoutumé à considérer ontologiquement Tinflammation; on la regardait, quant à son essence^ comme Un processus partout semblable ; mes recherches, en annihilant le point de vue ontologique, ont abouti à ne plus distinguer essentiellement ce processus des autres évolutions pathologiques^ mais à le considérer comme différant des autres par sa forme et sa marche. » (P. 343.)

[iOngtemps avant qu'il fût question de Virchow en France, notre école a soutenu que l'inflammation était toujours une lésion ; c'est-à-dire un état dépendant dune maladie. Ma thèse pour le concours de l'agrégation, année 1847, ne permet aucun doute sur ce point. Par conséquent, le physiologiste prussien se fait illusion quand il s'attribue le mérite d'avoir annihilé le point de vue ontologique dans cette question. Mais il émet une erreur qu'il peut garder à son propre compte quand il ajoute : «que ses recherches ont abouti à ne plus distinguer essentidlement ce processus des autres évolutions pathologiques; • nous soutenons, au contraire, que ce processus est distinct et déflni , ce qui ne veut pas dire essentiel. Du reste, Virchow est lui-même de notre avis, car il accorde que « l'inflammation diffère des autres processus par sa forme et sa marche^ » ce qui est déjà considérable; puis enfin, quelques pages plus loin, il accentue encore plus cette différence : « et pourtant ces parties (la cornée

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et le cartilag^e) s'enflamment de la même manière que les autres, et les modifications que produit cet acte morbide dans les parties dépourvues de vaisseaux ne diffèrent pa$ essentiellement àe celles que Ton observe dans les parties qui en possèdent. » (P. 346.)

CJomirient, Tinflammation n'est pas un acte morbide distinct et il a une forme et une marche différentes des autres processus ; et, de plus, cet acte est essentiellement le même dans*les différents tissus ! Nous trouvons là tous les caractères nécessaires pour faire de Tinflammation une lésion distincte ou définie, et, en se relisant, Virchow sera de notre avis,

§ II. — L'excès de fibrine que Ton rencontre dans le sang ne préexiste pas à l'inflammation locale et n'en est pas la cause; ce sont les cellules de la partie enflammée qui engendrent la fibrine en excès, et cette fibrine pathologique est prise par les lymphatiques et versée dans le torrent circulatoire; par conséquent, l'inflammation ne tient pas à une dyscrasie, et la thèse des humoristes est fausse. Voici maintenant les passages dans lesquels Virchow expose cette théorie :

« Pour moi, lorsque la fibrine se produit dans forganism;e en dehors du sang^ ce n'est point du sang quelle provient^ mais bien d'un tissu local: et j'ai cherché à modifier les idées sur ce qu'on a appelé la crase phlogistique, en ce qui touche sa localisation. On regardait autrefois la inodifioation du sang dans l'inflammation comme une ésion préexistante et dépendant surtout de l'augmentation de la proportion de fibrine contenue dans le sang ; j'ai compris la crase comme un accident dépendant de rinflammation locale. (P. 144)

« On ne doit donc pas dire, je le pense du moins, que

le malade dont le sang* contient une proportion plus considérable de fibrine, possède plus qu'un autre une prédisposition aux transsudalions fibrineuses (aux in« Qammations). Quand un sujet produit, en un point de son org*anisme, une g*rande quantité de substances âbrinogpènes, je pense que cette dernière pcussera d'abord dans la lymphe et ensuite dans le sang*. Dans ces cas, Texsudation est le surplus de la fibrine formée m loco^ surplus que la circulation lympMitique li'a pu entraîner en totalité.» (P. 147.)

Quelques pag'es auparavant, Virchow avait dit : « Dans les organes où Ton p#ut observer celte remarquable coïncidence d'un san^ phlogpistiqué (c'est-«è-dire avec excès de fibrine) et d'une inflainmation locale, on trouve d'ordinaire un grand nombre de vaisseaux lymphatiques et de g'ang'lions ; au contraire, les org*anes qui ont peu de lymphatiques ou bien ceux dans lesquels on n'en connaît pas, n'exercent (quand ils sont enflammés) aucune influence notable sur la quantité de fibrine du sang*.» (P. 144.)

C'est très-bien ; et il y a bien des années que J.-P. Tessier et ses élèves ont démontré, contre M. Andral et les humoristes modernes, que l'excès de fibrine dans le san^ n'était pas la cause de l'inflammation. Nous serions donc fort heureux que Virchow vînt ajouter à cetle démonstration en établissant que l'excès de fibrine que l'on rencontre dans le sang* pendant le cours de la plupart des inflammations a sa source dans l'org-ane enflammé. Seulement Virchow ne donne même pas le commencement d'une démonstration, et un «je pense» n'a jamais suffi, fût-on microg^raphe et Allemand, pour faire adopter une hypothèse dans la science médicale. Pour nous, Yidée de Virchow reste à letat d'ing*énieuse théorie, et il nous permettra de la compléteren disant :

je pense que dans la plupart des inflammations la fibrine âe produit eiï excès, non-seulement dans Tor^ane enflammé, mais encore dans le sang*.

§ IIL — L'inflammation peut ge développer dans des tissus privés de vaisseaux et de nerfs. On ne doit donc pas dire que Tinflammation est un trouble de 1 innervation et du système capillaire.

Cette proposition de Virchow est incontestabîe; et elle est assez claire et suffisamment démontrée par le fait de Finflammation des cartilag^es, des tendons et de la cornée transparente, ppur qu'il soit inutile de citer les passag*es dans lesquels le physiologiste de Berlin expose cette opinion. Oui, Finflammation est une lésion de la nutrition et non, comme Font dit la plupart des analomo-pathologistes, une lésion de la circulation capillaire, et cette lésion peut se développer avec des phénomènes presque identiques dans les tissys vasculaires et dans les tissus privés de vaisseaux. Il suffit qu'un tissu se nourrisse pour qu'il puisse s'enflammer, et l'activité de Félément anatomique, de la cellule suffit à la production de cette lésion.

Mais Virchow est trop exclusif quand il ne tient pas un compte suffisant des désordres vasculaires qui constituent une partie des phénomènes locaux de Finflammaion pour les organes, et c'est le plus ^rand nombre, qui possèdent un système capillaii^ développé. De même, Virchow incline à refuser toute influence au système nerveux dans la production de Finflammation ; il y a encore là une exagération. Sans doute, la section du grand sympathique au cou ne produit qu'une congestion, une hyperémie, dans le côté correspondant de la face, et il ne faut pas confondre, comme le veulent les humoristes, la congestion et Finflammation. Mais

tout n'est pas dit^ il s en faut, sur ces expérimentations; et Claude Bernard nous semble avoir démontré, après Mag*endie, que la section du nerf trifecial entraînait rinflammation et la fonte purulente de rœil. Virchow cite bien une expérience de Snellen dans laquelle ia section du triffiuîial n'est pas suivie de Finflammalion de l'œil si on rend à cet orgpane un appareil sensible de protection en recousant au devant de' lui Toreille du lapin en expérimentation. Mais cette expérience aurait besoin d'être contrôlée, et il existe d'autres vivisections qui prouvent que le système nerveux a une certaine influence sur la production de l'inflammation.

§ IV. — Virchow combat la doctrine humoriste de Yexmdat fibrineux^ et à le lire superficiellement on croirait qu'il nie complètement l'existence des exsudats provenant directement du sang; mais, si on recherche sa pensée avec soin, on voit qu'il n'est pas aussi exclusif. Nous serons donc obligé encore de le citer longuement en soulignant les passages sur lesquels nous désirons appeler l'attention des lecteurs.

a Dans les premières tentatives que je fis timidement pour modifier cette manière de voir (la théorie des exsudats), je me suis servi à dessein de cette expression : exsudation parenchymateuse. J'étais convaincu , par l'observation que dans beaucoup de cas où une tuméfaction inflammatoire &e formait,?/ n'y avait absolument que du tissu. Les tissus composés uniquement de cellules ne me présentaient, après la tuméfaction (l'exsudation), que des cellules; les tissus composés de cellules et de :substances intercellulaires ne possédaient après le flux que des cellules et de la substance intercellulaire ; seulement les éléments étaient plus volumineux, plus tendus, remplis de certaines substances qu'ils n'auraient pas dû

contenir; mais il n'existait pas (T exsudation comme on le pensait^ soit libre, soit interposée entre les mailles du tissu. Toute la masse nouvelle était renfermée, dans les éléments (les cellules)

Ce processus est dû à Tactivité des éléments ot-g^a-

niques (des cellules) Lçs éléments constituant du

tissu (les cellules) absorbent une plus g*rande quantité de substance en s'a^ran«lissant, mais il ny a rien de plus que les éléments agrandis. » (P. 262.)

Dans ce passage Virçhow nie complètement l'existence d'un exsudât quelconque dans l'inflammation et rapporte à Tactivité cellulaire seule tout le processus pathologique. Mais, nous l'avons dit, ce n'est pas là sa pensée complète et nous la trouvons dans les passages suivants :

«Je pense donc que, dans le sens ordinaire, il n'y a pas d'exsudat inflammatoire. Au contraire, l'exsudat est composé des substances résultant d'un chang*ement dans la manière d'être des parties enflammées (substances produites par les cellules enflammés), substances qui se mêlent avec le liquide (toujours séreux) transsudant à travers les parois vascuiaires. Si la partie possède une grande quantité de vaisseaux su[.erflciels, elle fournira un exsudât dans lequel les liquides exhalés du sang» seront versés à la surface, entraînai t les produits spéciaux du tissu, mucine, fibrine, paralbumine. S'il n'existe pas de vaisseaux^ il ny aura pas d' exsudât.)) (P. 349 )

Virchow dit ici que l'inflammation s'accompagne d'exsudat dans les tissus où il y a beaucoup de vaisseaux supeiiîciels; et qu'elle ne s'accompagne pas d'exsudat dans les parties privées de vaisseaux. Mais ce n'est encore que la moitié de sa pensée, car il ajoute quelques lignes plus bas :

« Il y a donc bien des inflammations exsudatives à la

surface de la peau, des muqueuses, des séreuses, des synoviales, mais nous ne connaissons rien de semblable dans le cerveau, la moelle, les nerfs, les muscles, la rate, le foie, les testicules, les os, etc. De cette manière, il y aura deifx formes d inflammation : «l'inflammation purece ment parenchymateuse dans laquelle le processus se « passe dans le sein même du tissu, et dans laquelle il « n'y a pas production appréciable d'exsudat, et l'in- « flammation sécrétoire (exsudative), spéciale aux or- « glanes superficiels, et dans laquelle il y a exsudation « de liquide venant du sang», mélange de ce liquide « avec les produits de Tinflammation parenchymateuse « (fibrine, mucine, paralbumine)» et excrétion de ce mé- « langue à la surface des org^anes. • (P. 350.)

Ce dernier passag^e est assez clair, avec les additions que nous y avons faites entre parenthèse, pour que nous nous dispensions de le commenter longuement. Ajoutons, pour compléter la théorie deVirchow, que ce physiologiste professe, avec juste raison, que la fibrine qui compose beaucoup d'exsudats ne sort pas mécaniquement des vaisseaux, mais qu'elle en est tirée par l'activité des cellules ; il en est de même du mucus qui n'existe pas dans le sang et qui est produit si abondamment dans les inflammations catarrhales. Les troubles de la circulation et l'augmentation de la pression du sang dans les vaisseaux ne sauraient en faire transsuder la fibrine; « ce qui transsude est toujours un liquide séreux » (p. 349).

Virchow restitue à l'activité cellulaire, à la nutrition proprement dite, une large part dans le travail de 1 inflammation, et il a raison, mais il se tient trop au point de vue de la pathologie cellulaire et il néglige les phénomènes vasculaires qui jouent un rôle considérable dans le processus inflammatoire des tissus pourvus de

vaisseaux ; et, quoique nom» n'admettions pas que la fibrine transsude mécaniquement des vaisseaux pendant le travail inflammatoire, nous professons que c'est à l'aide du sang* que ractivité cellulaire parvient à produire les quantités considérables de fibrine, de mucine et de paralbumine que constituent certains exsudats.

§ V. — La cause de F inflammation est ï irritation inflammatoire. C'est, on le voit, la théorie de Broussais.

a Qu'est-ce donc qu'une irritation inflammatoire?

• Pour moi, et d'après mes observations^ cest une action extérieure venant^ soit directement du dehors^ soit du sang^ qui ag*it sur une partie de l'org'anisme, en changée la structure et la composition, modifié ses rapports avec tes tissus voisins. Sous cette influence, la partie irritée attire à elle une certaine quantité de substance qu'elle emprunte à ce qui l'entoure, soit à un vaisseau^ soit à toute autre partie du corps; elle attire, absorbe, transforme suivant les circonstances une partie plus ou moins grande de matériaux. » (P. 346.)

Virchow raccorde la théorie de Tinflammalion à sa théorie de la vie. Noua avons vu que les cellules vivent parce qu'elles sont douées d'une propriété : l'irritabilité aûse en jeu par les causes externes, et qu'il y avait trois espèces d'irritation : l'irritation fonctionnelle, l'irritation nutritive et l'irritation formative. Virchow y ajoute Yirritation inflammatoire. Ce qui veut dire, en résumé, que le processus inflammatoire est sous la dépendance de l'activité cellulaire; ou mieux, plus clairement et sans hypothèse, que l'inflammation est un trouble, un désordre de la vie végétative. #

Nous n'aurions donc rien à dire de cette théorie de V irritation inflammatoire puisque, ramenée à des termes précis, elle n'est point une théorie; elle n'est que la

simple expression d'un fait : le processus inflammatoire se passe dans la vie végpélative. Mais Virchow, cédant au courant org*anicien, qui n'admet que des causes externes, ajoute : « Pour moi, et d'après mes observattons^ c'est une action extérieure ^Yentini soit directement du dehors, soit du sang*, o qui est la cause de l'inflammation.

Nous serions curieux de connaître les observations sur lesquelles Virchow a établi cette proposition : les inflammations sont toutes de causes externes. Comment, les inflammations symptomatiques des phleg^masies et des fîèvi*es, les inflammations qui accompagnent quelquefois les néoplasies, en un mot toutes les inflanunations non traumatiques sont dues à une action extérieure venant du sang*?

Quelle juste punition du péché d'hypothèse dont, paraît-il, jamais les médecins ne parviendront à se corriger ! Quoi , voilà Virchow qui a consacré sa vie à pourfendre Thumorisme et qui, pour soutenir la plus méchante théorie qui puisse se rencontrer, tombe à plat dans ce même humorisme et dans les altérations tlu sang" ! Ce n'était pas la peine de consacrer tant de pages si laborieusement écrites à démontrer que la fibrine en excès n'était pas la cause de Tinflammation locale, que l'inflammation n'était pas une dyscrasie, pour arriver à dire que la plupart des inflammations dépendaient d'une altération du sang, c'est-à-dire d'une dyscrasie. Pour un maître, qui a la prétention d'avoir réformé la médecine, pour un héros^ comme l'appellent ses disciples les plus enthousiastes, la bourde est un peu forte.

Mais, aiifcioins, Virchow va nous nommer ces altérations du sang qui sont la cause de l'inflammation, puisqu'il ne parle que d'après ses observations. Pas du tout. Virchow ignore absolument quelle est ou quelles

sont ces altératiôBs, et s'il a parié de ses observations, c'est uniquement parce que cela fait bien dans le paysage.

En résumé, Virchow a restitué à l'activité propre de la cellule le rôle qui lui appartient dans le processus inflammatoire; il a établi, contre les humoristes modernes, que la cong*estion n'était pas le premier àegvé de l'inflammation; que l'excès de fibrine dans le san^ ne préexistait pas à l'inflammation et, par conséquent, n'en était pas la cause ; il a enseig*né avec raison que les exsudais ne sont pas tous flbrineux, el que ceux qui le sont ne proviennent point d'une transsudation mécanique de la fibrine à travers les parois vascul aires, mais que les exsudats sont les produits de l'activité cellulaire.

Ces vérités, dont la plupart ont été enseignées par J.-P. Tessier et son école, dont plusieurs appartiennent en propre à Virchow, sont plus que suffisantes pour mériter à cet auteur l'estime de tous les anatomo-patholog'istes. Cependant les hypothèses de l'étiolog^ie org^anicienne , sur le rôle exag^éré des causes externes , font broncher l'esprit, ordinairemenf plus positif de Virchow, et l'ont fait retomber dans cette absurdité des altérations du sanji' qu'il se faisait gloire d'avoir combattues et qu'il devait croire à jamais anéanties. Enfin Virchow a complètement négligé le point de vue médical dans ses études sur l'inflammation, et il ne semble pas se douter que ce processus varie, non-seulement avec les tissus, mais encore, mais surtout avec les maladies dont il constitue la lésion.

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