‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 1 sur 380 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

qui se cache dans l'avenir; mais ce que nous savons , c'est que le xix*= siècle fut précédé d'un philosophisme dangereux y dont 93 fut une sanglante conséquence^ et qui^ entrant dans les convictions de Bonaparte ^ fit que la mesure réparatrice adoptée par lui ^ fut moins une inspiration de sa conscience qu'un moyen de mieux saisir le pouvoir et de l'affermir dans ses mains ; car le grand homme sentait que, sans l'idée religieuse , tout peut bien se détruire , mais rien s'édifier.

Son puissant génie y tout en muselant ce cinique scepticisme qui croyait qu'on peut violemment ôter aux peuples les lois divines j comme on abroge les codes humains j lui a donné parfois de déplorables gages de ses sympathies secrètes , et a laissé l'esprit désorganisateur essayer de miner la société , d'abord par le doute , plus tard par l'indifférence.

Charlemagne eut ses capitulaires , Napoléon ses codes immortels. Tous les deux tentèrent de rendre uniformes les lois de leur vaste empire ; tous les deux ne voulurent qu'un poids et une mesure dans toute l'étendue de leurs États ; tous les deux créèrent des royaumes et des rois, et ne virent, dans ces rois de leur façon, que des délégués de leur souveraine puissance.

6 AVAJIT-PROPOS.

bientôt , par la victoire, maître de la moitié de l'Europe 9 fut surpris s'écriant avec amertume et comme prévoyant Téclipse de son étoile :

« Que ne suis-je mon petit-fils! »

Enfin Charlemagne descendit dans la tombe en 814* L'année 1814 vit Napoléon , vaincu , déposer la couronne impériale.

Quant à la double conquête de l'Italie pai ces deux grands hommes y si l'une fut plus durable 9 l'autre fut plus glorieuse.

Il fallut peu de peine à Charlemagne pour s€ rendre maître d'un peuple qui y abandonnant .son roi y se livrait lui-même à l'heureux triom phateur y appelé au delà des Alpes par le souverain pontife; tandis que l'imagination s*étourdit au détail des premières campagnes qu rendirent Bonaparte , malgré Vienne, Rome e l'Europe y arbitre du sort de l'Italie : prodigieu ses conceptions, faits immenses que l'on voi s'accomplir sans les comprendre, monumen d'orgueil national qui survit à la conquête, qu console du revers, et qui reste, pour tous le! peuples et pour tous les âges à venir, comm< le type et la limite de ce que peut concevoir de ce que peut effectuer de grand et d'audacieux le génie guerrier de l'homme.

On connaît, dans toutes ses glorieuses cir

serait des plus heureux , s'il promettait par serment de faire détruire toutes les images des saints honorés par les chrétiens.

Conon prit du service dans les troupes de Tempire ; c'était l'époque où les soldats poussaient la licence jusqu'à élire les empereurs , et imposaient aux peuples des maîtres de leur choix. Conon joignait au don d'un brillant extérieur, un caractère audacieux et propre à séduire , à entraîner la multitude.

La prédiction des magiciens eut son effet; rheureux aventurier fut , sous le nom de Léon risaurien, proclamé empereur à la place de Théodose HI (1).

Quand Léon se vit affermi sur le trône , il se souvint de son serment j et ordonna qu'on détruisît les images dans toutes les églises. Vai-

(1) Le R. P. PiNCHINAT, Dictionnaire sur l'origine de l'idolâtrie, art Léon.

Voltaire dit qu'il est honteux qu*au xvm' siècle on répète encore cette ancienne fable des deux juifs, « Les historiens » qui croient qu'on peut ainsi prédire l'avenir , ajoute l'écri- » vain philosophe , sont bien indignes d'écrire ce qui est 0 passé, n {Essai sur l'histoire générale, chap. x , Guerre civile pour les images, )

Le P. Pinchinat dit que lesjuifs avaient rhabitude de prédire le pouvoir suprême à tous ceux qu'ils voyaient hardis et ambitieux : cette prédiction aurait été faite aussi à Jesid l" et à Jesid U , califes des Sairasins ; l'un cl l'autre , ajoute leR. P. , uionrnrent |)eu do temps apr^s jnoir donné leur édil contre I(»s images.

IS PREMIÈKK ÉPOQUE.

Ravenne, qu'il érige en duché el qu'il donne à Hiklt^prand son neveu.

Grégoire II occupait à cette époque la chaire de saint Pierre ; sa piété gémit des erreurs et des excès de Léon , mais la prudence du pontife redoute les contre-coups de la colère de l'empereur. Les Vénitiens s'arment à sa prière, fondent sur Ravenne. en chassent les Lombards, et y rétablissent l'exarchat qui rentre sous la domination des Grecs.

Certes ce fut là un grand service rendu par le pape à la cour du Bosphore : mais les bons offices de l'homme que Ton hait pèsent plus qu'une injure. On les nie, ou on les déprécie si on ne peut les nier, et la haine s'accroll de tout le poids de la reconnaissance dont on eût payé le même service rendu par tout autre qu'un ennemi. Il est des rois qui prennent plus de souci pour l'échec d'une capricieuse idée, d'une fantaisie , d'une théorie folle , que jwur la perte d'une ou de plusieurs provinces. Ce Grégoire III , qui a rendu Ravcnnc à Léon , n'est- il pas l'obstacle le plus redoutable que l'empereur rencontre dans ses projels subversifs (lu dogme catholique? Dès lors Léon no voit plus qu'un ennemi dans Grégoire. Prompte à discerner c« qu'a eu d'inlcressé l'officieuse dé-

14 PREMIÈRE ÉPOQLE.

L'empereur envoie des troupes contre Rome ; les Lombards j qui cependant ont eu de récens motifs de plaintes contre le pape j marchent à son secours et le sauvent du péril qui le menace.

La fureur de Léon , qu'exaspèrent tant d'obstacles , éclate en nouveaux édits ; lltalie répond à ces menaces par une insurrection nouvelle.

On brise les statues de l'empereur ; on chasse ses délégués ; on parle de marcher jusqu'à sa capitale pour le renverser du trône : le pape parvient à empocher l'exécution de ce projet au moins téméraire (1).

Luithprand met à profit ces désordres et tourne contre le Saint-Siège des armes qu'il semble n'avoir prises d'abord que pour sa défense ; il réunit sous sa domination une partie de la Romagne et de la marche d'Ancône ; son ambition croissant avec le succès , il marche sur Rome , sous prétexte d'aider l'exarque de Ra venue à faire rentrer les Romains sous l'obéissance des empereurs. Ses troupes étaient déjà campées dans les prairies de Néron , situées entre le Ti-

» grecs. » (PuiTENDORiT, Introd. à l'Histoire de l'Unie vers , T. Il , pag. 63 , édit. in-^°. )

(1) Teop., an vn. Puffendorpf , Introd, à l'Histoire de l'Univers, T. Il, pag, 61. — Hist. de l'ÉgL, par B.-B., T. IV , pag. 77 ot 78.

Léon espérant rencontrer, dans le successeur de Grégoire II , un pontife plus souple et plus prêt à se courber sous le caprice de ses erreurs; peut-être aussi ne se sentant pas en mesure , pour le moment , d'exécuter ses menaces contre l'Italie 9 se contenta de continuer, par des décrets violons et des actes de vandalisme, la guerre contre les images et les confesseurs de la foi romaine en Orient.

Grégoire , pour mettre u^ terme à ces persécutions, lui adressa des lettres remarquables par la force du raisonnement aussi bien que par la dignité du langage , et dont l'extrait qui suit trouverait , de nos jours encore , des occasions fréquentes d'une juste application :

« Apprenez, écrivait à l'empereur le sage » pontife , qu'il n'appartient pas aux rois de dé- » cider en matière de religion , mais seulement » aux évéques. Comme les prélats qui sont pré- » posés aux églises s'abstiennent des affaires » politiques , les princes du siècle doivent s'ab- » stenir des affaires ecclésiastiques , et chacun » doit se borner à l'autorité qui lui a été com- » mise par le ciel (1).

» Le sanctuaire et le palais ont de3 ministres

(1) Hist. de rÉgL, par B.-B. , T. IV , pag. 81 ; T. vil , GoDC , pag. 26.

18 PIUSMIÈBE ÉPOQUE.

» quelles sont vos ressources pour les défendre ? » Restez donc convaincu que vos menaces ici » n'ont rien de terrible. Les papes, au contraire, » sont devenus des médiateurs utiles pour vous » entre TOrient et l'Occident (1)« »

Le prêtre Georges , chargé de porter ces lettres à l'empereur , fut arrêté en Sicile , avant même de parvenir à Constantinople. Un ordre de Léon le frappa d'exil. Ainsi procèdent les despotes de tous les temps. Un message déplaît; s'ils ne peuvent atteindre celui de qui il émane , leur rage stupide poursuit et frappe le messager. D'autres exhortations du pontife n'ont pas un plus heureux résultat. L'empereur , toujours {dus irrité, arme de nombreux vaisseaux que les flots de l'Adriatique détruisent en vue de cette Italie qu'ils sont venus menacer. Ce coup fut fatal à sa puissance en Occident.

Luithprand , dont l'ambitieuse politique s'est servie du zèle religieux des Italiens pour a£Esiiblir l'autorité des empereurs grecs, se sentant si bien secondé par l'imprudent Léon , et par le récent désastre de sa flotte, croit le moment venu enfin d'établir et d'étendre en Italie son autorité sur les débris du pouvoir impérial.

(i) Histoire <k l'Eglise, par B.-B. , T. iv . p. 81 et 82.

n VOUS assurer de l'état des choses y envoyez » ici quelque ministre fidèle qui voye de ses T» propres yeux les excès de la tyrannie sous D laquelle nous gémissons j l'opprobre de l'Ê- 9 glise y la spoliation des autels , les flots de n larmes et de sang des citoyens et des pèlex> rin^ »

Grégoire conjure ensuite Charles-Martel de ne pas préférer l'amitié des rois lombards à celle du chef de la chrétienté.

Parmi les titres dont il flatte sa puissance , <m remarque celui de prince Très^hrétien (1), que y pendant plus de dix siècles, nos rois se sont transmis comme un des droits de la couronne de France.

Le zèle et la politique de Charles-Martel se trouvèrent combattus par les sollicitations du Pape.

Éprouvé par trente ans de règne, Luithprand, prince habile et d'une grande valeur, avait rendu naguères à la France un service signalé. Les Sarrasins s'étant emparés , peu de temps auparavant, d'Avignon, de Marseille et de quelques autres villes de la France méridionale, Charles-Martel avait demandé contr'eux l'assis-

(1) Gesta Pontif, rvm,, iii-f% T. 1'', page 360.

28 PRKHIÈHK ÉCO^dl':.

est de flultur son anibitiu» i;t son intéiôt, le plus fort lies stimulans, il lui offre le consulat.

Charles se laisse enfin séduire par celle promesse et signe un (raité avec Rome tionl il s<déclare le protecteur; il se disposait à passer avec une armée en llalie, quand il fut attaqué d'une maladie qui le conduisit au tombeau. La nouvelle seule du traité sauva Rome de ses dangers présens. En effet, dès qu'il en avait eu avis, Luithprand s'était hâté de restituer au Saint- Siège toutes les terres qu'il lui avait enlevées, et dont le revenu annuel s'élevait à plus de trois raille livres d'or.

L'issue de ces querelles l'ut donc pour le moment bien paciQque; mais elles eurent pour effet immédiat d'attirer l'attention et les regards des princes francs vers l'Italie, et, pour résultat fmal, de détruire, dans cette belle contrée, la puissance non seulement des empereurs de Constantinople, mais encore des rois lombards, qui 88 perdirent en voulant s'enrichir des dépouilles de l'Orient et du Saint-Siège.

Grégoire III et Léon ne survécurent pas longtemps à Charles-Martel. Zacharie rempla(;a Grégoire; il réconcilia Luithprand avec lachairedc saint Pierre et en obtint de grands avantages.

Mais au point où en étaient les rhoses. ïm^

là se porte sur Rome^ qu'il menace de destruction si elle ne lui ouvre ses portes. Folles équipées j qui ne firent qu'avancer Theure de la domination des Francs.

Charles-Martel^ en mourant, avait laissé deux fils (1), Carloman et Pépin; il leur transmit sa puissance, sans le nom de roi que , malgré l'éclat de sa gloire , il n'avait osé prendre.

Le titre de roi y force et prestige des princes légitimes , est un fardeau plus lourd que l'exercice réel de la toute-puissance pour quiconque n'a d'autre titre à la domination que l'éclat du génie. Abri du sujet ambitieux qui conspire à son ombre , le trdne devient un péril pour le sujet couronné.

(1) On parle aussi d*iui troisième fils de Charles-Martel , Grifon , qu'il aurait eu de Sénéchilde la Bavaroise. ( Les deux autres étaient fils de RoUande TÂustrasienne). L'exiguité de Tapanage échu à Grifon , tandis que ses frères avaient eu des royaumes en partage , fait douter de la légitimité du fils de Sénéchilde. L'ambition de ce prince suscita quelques embarras à Pépin , notamment dans la longue guerre du roi des Francs contre Gaifre ou Waifre, duc d'Aquitaine, dont Grifon embrassa la cause. Mais des attentions trop marquées pour la duchesse donnèrent de Tombrage à Waifre, et Grifon fut obligé d'abandonner l'Aquitaine. U tourna alors du côté de l'Italie , et conune il s'y rendait avec des troupes auprès d*Astolphe , roi des Lombards , il fut arrêté à l'entrée de la vallée de Maurienne par celles que Pépin avait commises à la garde des Alpes. Il y eut un combat , et Grifon y fut tué.

( Voy. Anquetil, HisL de tt\/i\ l•^ i)ag. 348. et 358. )

:2(i PREMIÈRE ÉPOQUE.

ce trône et rayonnant de gloire , avait vu la couronne de France j pendant la longue période de ses triomphes , passer sur la tète de quelques uns de ces fontômes de rois , sans vouloir ou j répétons-le^ sans oser en décorer son propre front.

PejHn fut plus hardi que son père ; brillant lui-même de Téclat de nombreuses victoires y qui avaient encore reculé les limites du royaume de France y Pépin y aussi sage dans le conseil qu*expérimenté à la guerre et vaillant dans les. combats, se montra tout à coup aux Francs, entouré de Tauréole de la gloire paternelle et de ses propres exploits.

Childéric , qui gisait obsur et ignoré sur le trône, enveloppé, emporté dans le tourbillon de l'irrésistible fortune de Pépin , laisse échapper le sceptre et va mourir dans un cloître. La foule, toujours avide de commotions et de changemens, mais trouvant cette fois son excuse dans Tempire qu'exercent la valeur et la victoire, porte le fils de Charles-Martel sur le pavois et lui offre la couronne.

Pépin n'ose , sans consulter le pape , accepter la royauté.

Grégoire avait , dans de graves et récens périls, invoqué l'aide de Charles-Martel. Son successeur Zacharie, toujours moins rassuré sur les

près ce message y Astolphe marchait sur Rome qu*il menaçait d'envahir. Le pape invoquait Tassistance des Francs^ annonçait l'intention de venir lui-même plaider sa cause auprès de Pe^ pin y et demandait qu'une ambassade lui fût envoyée de France pour protéger sa marche jusqu'au delà des Alpes. Etienne espérait que son seul départ, sous Tescorte de gens accrédités par un aussi puissant monarque j arrêterait les exactions des troupes d' Astolphe.

Le génie de Pépin a bientôt sondé la portée d'une telle démarche ; il pressent tout le parti qu'il pourra tirer y pour sa nouvelle royauté y de la présence à sa cour d'un pontife de Rome ; et son ambition se promet, de la visite d'Etienne III, des résultats bien autrement décisifs pour l'avenir de sa dynastie, que la sanction lointaine et équivoque arrachée naguères à son prédécesseur.

Tout , jusqu'au motif du voyage d'Etienne et aux faveurs qu'il vient lui demander, tout dans ce projet flatte et seconde les vues de Pépin. Il a besoin des papes , les papes ont besoin de lui :

mort trois jours après son avènement au trône pontifical ; Etienne III l'avait remplacé. *

Beaucoup d'historiens , à Texemple d*Ânastase , attribuciil k Etienne II les actes qui signalèrent 1c pontificat d'Érienne III.

• Gi'Bta Pont, rom, , T. i'% page 371.

des saufs-conduits qu'on n'ose pas leur refuser.

Le souverain pontife fut reçu en France avec les marques d'une profonde et tendre vénération. La cour l'attendait à Ponthion, en Champagne. Le grand chapelain s'était porté à la rencontre du Saint-Père jusqu'au pied des Alpes; le fils atné de Pépin, âgé de douze ans, et qui un jour devait être Gharlemagne, se rendit à plus de trente lieues au devant d'E* tienne. Le roi vint le recevoir à une lieue (1).

A l'approche du SaintrPère, le roi descend de cheval et se prosterne ; la reine y ses enfans et loute la cour suivent son exemple. Le pontife est conduit jusqu'à la ville processionnellement et en grande pompe. Le lendemain y revêtu du cilice, couvert de cendres et suivi de son clergé, Etienne vient se jeter aux pieds de Pépin ; il ne se relève qu'après avoir obtenu la promesse sur serment que le roi des Francs emploiera sa puissance à le délivrer, lui et le peuple romain, de la tyrannie des Lombards , et à chasser Astolphe des places dont il s'est emparé contre la foi des traités.

En vain Carloman , sorti de sa retraite , vint

(i) Anaab. Met., 753. Hûtoire de C Eglise , parB.-B., T. IV, pag. 131 et suivantes.

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