‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 2 sur 380 · LIVRE I*'. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I*'. — CHAPITRE I

en France, à la prière d'Astolphe, pour traverser les desseins de son frère dans l'assemblée des grands qui , selon la coutume (1) , devait décider de la guerre ou de la paix. Cette assemblée se tint à Grécy. Carloman y parla avec force en laveur du roi des Lombards. Tout ce qu'il obtinty c'est qu'on aurait recours une fois encore à la voie des négociations ; mais ce dernier moy^i resta sans effet, Pépin enigeant toujours que Ravenne et les autres places de l'exarchat fussent évacauées pr les Lombards , et qu'Astolphe |Hromit de ne plus attenter à l'indépendance de Rome. Tout espoir d'accommodement étant perdu, on se prépare de part et d'autre à la guerre.

Mais au moment de prendre les armes pour les intérêts de Rome, Pépin juge que le temps est venu de mettre à profit la présence d'un pontife romain à sa cour. Les services qu'Etienne attend de son concours lui sont un sûr garant de Tempressement du pape à reconnaître sa légitimité et à rehausser l'éclat de sa couronne. Cette couronne pesait à Pépin parce qu'elle ne lui était pas venue par le droit de sa naissance ; Vimmense gloire de son père , ses propres exil) Anqletil, HisL de France , T. r , pag. 361 et 36*2.

ploits y le vœu des grands et du peuple ^ Tassentiment de Zacharie enveloppé de mystérieuses réticences, ne semblaient pas à ce prince justifler assez son avènement au trône; il lui fallait une {dus puissante et plus solennelle sanction , il voulait être sacré par les mains mêmes du chef de la chrétienté y et voir sa domination ratifiée par les seigneurs Francs en présence du pontife. Combien d'inquiétudes assiègent un trône fondé soit par la violence j soit même par la gloire en l'absence du droit ! La violence s'éiierve d'ellemême par ses excès et n'a qu'un temps ; le prestige de la gloire est personnel et passager comme l'amour et la faveur des peuples ; la force du droit seule est permanente. Etienne sacra Pépin et la reine Bertrade le 28 juillet de l'année 754. Mais l'onction sainte sur sa tête et sur celle de sa femme ne parait pas encore à Pépin une garantie suffisante pour sa postérité; le prince obtient que ses fils Carloman et Charles j dont le baptême a été différé jusqu'alors, seraient baptisés et couronnés des mains du Saint-Père. Pour s'assurer mieux encore l'appui du roi et de ses fils , Etienne confère en outre à ces trois princes le titre de patrices des Romains (1).

(i) « Le droit de cr<^er un pairie* des Romains, » dit

Celle lettre élail pour le roi des Francs ; le ponlife y évoquait saint Pierre , la vierge , les anges , les martyrs et les sainls chéris du Très- Haut ; il y faisait parler chacun à son tour, et puis ensemble toutes ces puissances du ciel.

« Tenez pour certain , disait cette sainte co- » horte j que nous sommes ici aussi présents y )> nos très chers fils, que si vous nous voyiez des » yeux du corps , vivant et agissant en chair » et os. »

Cette singulière éloquence produisit une impression profonde sur le roi Pépin et tous les seigneurs de sa cour.

Bientôt l'Italie voit de nouveau flotter la bannière de France. Astolphe est chassé de la Pentapole et de l'exarchat ; et Pépin, voulant enfln récompenser en roi celui qui , par l'onction sacrée, vient d'ajouter un nouveau lustre à sa couronne 9 fait une donation en forme de sa double concpiéte à Etienne et à tous les papes à perpétuité (1).

(1) Le roi fit signer ceUe donation par ses deux fds, par les principaux seigneurs et prélats de France.

L'exarchat , suivant le rapport de Sigonius , renfermait alors les viDes de Raverme , Bologne , Imola , Faema , Forlion-Popoli , Forli, Cezena , Ferrare , Comacchio , Adria , Servia et Secchia ; toutes ces places furent mises au pouvoir du pape , excepté Ferrare el Faema,

La Pentapole ou marche d'Ancône comprenait Armini,

36 PREMIERE ÉPOQLE.

maître, Constantin Copronime envoie des ambassadeurs à Pépin ; ces émissaires impériaux viennent représenter au roi des Francs , qu'il ne peut disposer d'un bien qui ne lui appartient pas ; mais les remontrances y les plaintes d'un prince que Ton sait incapable de les appuyer par les armes, ne sont qu'un honteux aveu d'impuissance , ne lui attirent que le ridicule et le mépris , et lui préparent de nouvelles insultes de la part de ceux qu'il poursuit de ses menaces sans effet.

Pépin répond aux doléances de Constantin que, maître absolu d'une conquête qui est le juste fruit de ses victoires , il en a disposé selon son bon vouloir.

L'empereur, perdant l'espérance d'intimider le fils de Charles-Martel , et craignant de l'avoir irrité , change aussitôt de langage.

De nouveaux ambassadeurs arrivent du Bosphore, chargés de présens (1) pour le vainqueur d'Astolphe, et ayant mission d'offrir pour époux à la princesse Giselle ou Ghisla, fille de Pépin,

(1) Entre autres des orgues à jeux , les premières qui eussent encore paru dans le royaume.

On lit dans Y Histoire de l'Eglise, déjà citée, que ces orgues furent placées dans la chapelle du château de Compiègne, et non, comme ledit Velly, dansTéglise de S. -Corneille^ qui ne fut bâtie que par Charles-le-Chauve. T. iv, p. 141.

38 PREMIÈRE ÉPOQIE.

déjà si compromise par les écarls de sa folle ambition.

Desiderio se présente pour lui succéder. Ce prince ayant promis d'exécuter le traité consenti d'abord, puis violé par Astolphe, trouve un appui pour son élection dans le pape Etienne III. Sur la demande du souverain pontife, Pépin promet ses bonnes grâces à ce prétendant que les Lombards proclament roi , heureux enûn de trouver en lui un monarque dont les vues pacifiques promettent à l'avenir un peu de calme et de sécurité.

Maïs à peine en possession de la couronne , Desiderio se montre atteint du même vertige que Luithprand, Rachis et Astolphe. Ce protégé de Rome aspire à la dominer, et le peuple lombard voit avec stupeur celui qui a conquis ses suffrages par un langage de paix, donner, en saisissant le sceptre, le signal des combats. Humbles prétendans de la veille , les rois , une fois sur le trône, oublient trop le lendemain, comme le reste des hommes , qu'une religieuse observation de la parole jurée avant de toucher le but et en vue de Tatteindre, devient, après le succès, la meilleure sauve-garde contre les revers, res tristes et si fréquens retours de la fortune.

Le pape s'alarme des dispositions hostiles de

cinquante-quatre ans. Pépin succomba à une attaque d'hydropisie, après avoir gouverné vingtsept ans la France en vrai souverain y mais seize ans seulement avec le titre de roi.

Quelques jours avant sa mort, ce prince , profitant du peu de temps qui lui restait à vivre ^ crut détourner les troubles et déjouer les factions en partageant ses Etats entre ses deux fils, dans une assemblée des seigneurs et prélats tenue à Saint-Denis le 18 septembre (1).

Charles eut la Neustrie , la Bourgogne et la Provence. L'Austrasie , avec ses dépendances , fut le partage de Carloman.

Le premier de ces princes avait vingt-neuf ans ; le second n'en comptait que dix-sept.

Les deux frères reçurent le même jour les insignes de la royauté.

Pépin , à force de vertus et de glorieux travaux , chercha toute sa vie à faire oublier que , des descendans du fondateur de la monarchie , il avait fait passer la couronne dans sa race. Cette révolution accomplie sans trouble et sans effusion de sang , loin de faire perdre au trône rien de son prestige , n'en fit que rehausser momentanément la puissance et la dignité, parce qu'elle

(1) AoHée 763.

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