‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 221 sur 380 · LIVRE IV. — CUAPITH£ V · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CUAPITH£ V

pable passion eut pris naissance : toute la Lombardie accusa Boson de l'avoir empoisonnée. Cette accusation eut un caractère de si grande certitude que le consciencieux Giulini lui-même dit y sans ménagement comme sans réticence y que la femme de ce duc mourut par le poison et que Boson fut coupable du crime.

Devenu veuf, Boson gagna ou trompa le duc de Frioul, enleva la ûUe de Louis II j et vint se jeter aux pieds de Cbarles-le-Chauve pour en obtenir la permission d'épouser Hermengarde. U faut croire que la jeune princesse n*avait pas opposé beaucoup de résistance à son enlèvement. Charles s'empressa de consentir à cette union, qui faisait de son beau-frère et de son vassal , l'époux de la fille de son prédécesseur à l'empire ; il voulut qu'on célébrât les noces avec la plus grande pompe , et que les époux reçuss^t la bénédiction nuptiale des mains du souverain pontife ; enfin il ajouta au titre de duc de Lombardie dont il avait déjà doté son beau-frère, le titre non moins beau de duc de Provence (1).

(i) Quelques historiens d^Italie croient que Charles, à cette occasion , le proclama roi de Provence; c*est une erreur. Ce ne fut, comme nous le verrons, qu'en 879 qu'un concile de Mantes en Dauphiné, donna le royaume d'Arles ou de Provence à ce duc adroit et ambitieux, qui, par ses intrigues, parvint à gagner le pape et le clergé, et àis'appro-

56 PREMIÈRE ÉIH>QfI£.

En approuvant le rapt de la fllle de Louis U , en accordant de nouvelles dignités à son séducteur que le cri public accusait d'un horrible attentat ^ Charles-le-Chauve comblait la mesure de rirritation des Lombards et servait la cause de ses rivaux de Germanie.

Garloman entretenait depuis quelque tempe de secrètes intelligences avec la Lombardie; il connaissait tout le mécontentement qu'y avait soulevé l'administration des agents de son oncle. Entrevoyant d'utiles auxiliaires dans la honte qu'avait fait rejaillir, sur Charles-le-Chauve, sa récente défaite à Andenare , et dans les nouveaux embarras qu'allaient susciter à l'empereur les entreprises des Maures; jugeant ce mcHuent propice pour enlever la Lombardie à celui qm avait voulu lui ravir l'héritage de son père, Garloman réunit une armée nombreuse et se porta à marches forcées vers ces riches provinces. Fils de Louis-le-Germanique, il venait rappeler et revendiquer les droits de cet héritier à la fois naturel et testamentaire de Louis H.

Charles arrivait à peine à Pavie quand il reçut l'alarmante nouvelle de l'approche de son ne-

prier cette riche dépouille de la maison de Charlemague. '

* Abbé MiLLoT, Uis(. généi\j w époque, cbap. vui.

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veu. Peu ea mesure de lui résister, il quitte à la hâte cette capitale dont le froid accueil lui a fait pressentir les dispositions peu sympathiques de ses sujets lombards j et se rend à Tortone où , eroyant ajouter un titre de plus aux droits qu'on vient lui contester, il fait couronner l'impératrice Richilde par le pape ; mais à peine cet acte est-il accompli , qu'effrayé par les progrès de l'agression de Carloman , Tempereur envoie Richilde dans les défilés des Alpes avec ses trésors. Charles, à la première annonce du péril, avait invoqué l'assistance de tous les seigneurs et souverains d'Italie ; aucun d'eux ne s'était rendu à son appel ; Boson lui-même était resté sourd à ses ordres comme à ses menaces (1). Cependant l'armée de Carloman s'avance toujours ; une terreur panique s'empare des faibles troupes de l'empereur ; tout s'enfuit sur les pas de Richilde, avec d'autant plus de honte que l'armée de Carloman se met à fuir de son côté , sur le bruit faussement répandu que Charles marche contre elle avec des forces supérieures en nombre (2).

Par une étrange coïncidence des événemens, les deux princes furent presqu'en même temps

(i) GlULlNl.

(2) Ann. Bertinjam, aiin. 877.—- MdratoRJ, ibid.. — GlULlMi, ibid.

58 PHEMIÈRE ÉPOQU£.

frappés de maladie. Carloman contracta j dans cette expédition , le germe d'un mal qui devait le conduire au tombeau trois ans après ; de son côté y Charles-le-Chauve y surpris dans sa fuite par une fièvre violente y fut contraint de s'arrêter à Brios j village du mont Cenis. On assure qu'un juif y nommé Sédécias, médecin de l'empereur et qui avait toute sa confiance , hâta 8a mort par le poison ; mais y comme l'observe le président Hénault , aucun historien ne £ait connaître quels furent les instigateurs de ce crime qu'il est permis de révoquer en doute. Ne serait*il pas plus simple de n'attribuer^ avec Ginlini^ la mort de Charles-le-Chauve qu'à un accès de rage et de honte qu'auraient occasionné à ce monarque ses revers multipliés? Voltaire dit avec quelque raison : « Que pouvait gagner Se- » décias en empoisonnant son maître? Auprès » de qui eût-il trouvé une plus belle fortune? » Aucun auteur ne parle du supplice de ce mé- » decin. Il faut donc douter de l'empoisonne- » ment, et faire réflexion seulement que l'Eu- » rope chrétienne était si ignorante que \^ » rois étaient obligés de chercher pour leurs » médecins des Juifs et des Arabes. »

L'empereur mourut le 13 octobre 877, surc^? mont élevé qui sépare les deux royaumes dont

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