LIVRE l""'. — CHAPITRE
battaient sous les ordres des trois fils de Suppou , duc de Lcmibardie ;
Leutonj sou frère Bernard y et un autre Albéric, Mûinandaient à de nombreux escadrons^ de cavaliers venus du fond de la Germanie ;
Boni face, Bérard, Azzo, Obricy brillaient aux rangs des j^us intrépides chefs de cette armée qu'étaient aussi venus grossir par milliers des soldats rustiques arrachés par le signal des combats au calme de leurs obscures chaumières.
Le poète panégyriste ajoute qu'on voyait dans Im deux camps plusieurs évéques qui avaient échangé la mitre et la crosse pastorales pour des casques et des armes meurtrières. La muse discrète du chantre de cette vieille querelle, tait le nom de ces belliqueux prélats , par respect pour leur caractère sacré d'évêques.
Les annales de Spolelti ont recueilli (1) avec orgueil les détails de cette lutte &meuse qui eut sa journée de Pharsale et son Lucain anonyme pour en transmettre à la postérité les poétiques souvenirs.
Les deux armées se rencontrèrent sur les bords de la Trebbia au territoire de Plaisance (2); le choc fut terrible.
(1) CAMPELLI, Storia di Spoletti, liv. Xlx. 2) MURATORi, Ann. d'il., T. v, p. 173.
a II se fit un si effroyable carnage, dit Rhé- » ginon y tant de sang humain y fut r^ndu , » que, selon la parole de Dieu (1), le royaume, » déchiré par ses discordes intestines, subit » presque la calamité de la désolation. »
TatUa strages ex utrâque parte post modum facta est; tantmque humanus sangtiis e/fwus, ut jiixtà Damini pocem , regnum in seipsum dimum, desolatioms miseriam pœtiè incurreril (2).
La victoire, rendue long«temps incertaine par la bravoure et Tacharnement de Tun et l'autre parti , se décide enfin , cette fois , on faveur du duc de Spoletti. Bérenger vaincu, se retire à Vérone avec les débris de son armée. Guy, mettant à profit son triomphe , court à Pavie , y réonit une diète qui, déclarant n'avoir élu Bérenger pour roi de Lombardie , que contrainte par h force et trompée par les plus odieuses intrigues (3), confère la couronne au magnanime VAINQUEUR de l'ennemi commun... Vœ victû, est une maxime à l'usage de tous les peuples et de tous les temps !
(1) Regnum in se dwiswn desoiahitur,
(2) Rnfx;in., in Ckronic,
(3) Cet acte d'élection est rapporté dans le recueil poblié par Muratori sous le titre deRerum itaUcarum, T. n. page 1.