‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 313 sur 380 · LIVRE 111. — CHAPITRE H · texte numérisé non relu

LIVRE 111. — CHAPITRE H

d'une de ces deux puissantes maisons, dul être l^e premier mobile de cette conspiration que l'œil méfiant et toujours ouvert du roi déjoua dès sa naissance. N'osant d'abord attaquer de front le Qomplot dont il cherchait à connaître l'importance et les ramifications, il fit avertir les chefs eux-mêmes qu*ils étaient découverts , leur envoya des paroles de clémence et d'oubli , et se montra disposé à faire droit à leurs griefs (1).

Par cet adroit manège il jette de l'hésitation et de la crainte au cœur des conjurés ; des révélations lui viennent ; il voit que la trame n'a pu s'ourdir fortement encore , que la conspiration n'a pas eu le temps d'étendre ses racines ; que sa feinte sécurité , à travers le manteau de sa fausse clémence , a imposé au plus grand nom bre des complices ; enfin que les chefs restent comme isolés et livrés à sa vengeance. Dès lors

tresses de ce roi dissolu, Rose y fille de Gualbert, dont il eut un enfont Ne pourrait-on pas attribuer à cet outrage 1p juste ressentiment de Gualbert ? A moins qu'on ne YeuiUe penser^ chose monstrueuse , que cet amour ne vint qu'après le supplice do père; ce qui pourrait en quelque sorte s'induire des paroles suivantes de Muratori: In oltre amo forte Roza fiqliadiqueimedesimo Giialberto,a cui egli KyEKfKTTO tagîiare il capo, la qualegli partari ttna bellissiràa figlxuola.

« // aiina aussi beaucoup Rose, la fille de ce mêinc •» Cualbcj^ty à qui il AVAIT FAIT trancher la tête; cette Rose » le rendit père d'une très belle fille, »

(i) ÎJîTTHPBANî), ibid, — GiruM. — Mrr.ATOi^i.

272 DEUXIÈME ÉIH)Ol]E.

la perte de Gualbert et de Gezon est résolae.

On lit dans Muratori, qui emprunte ce récit de Liuthprand :

u Hugues prétexta une tournée dans les pro- » vinces et ramena à sa suite une formidable » escorte de soldats qu'il mit sous la condaîte » de Sanson, homme très puissant et ennemi » déclaré de Gezon.

» La noblesse de Pavie, lorsque le roi ren- » trait dans sa capitale après un voyage de quel- » que durée^ avait l'habitude de venir à la ren- » contre du monarque à une assez grande dis- » tance de la ville.

» Léon , évéque de Pavie, reçut secrèt^neDl » Tordre de faire fermer les portes de la cité » dès que la noblesse en serait sortie , et de » ne plus laisser ensuite rentrer personne. L'or » dre fut exécuté: Gualbert , Gezon et leurs » amis furent, de cette sorte, entourés et enlevés » par les troupes du roi. Gualbert eut la télé » tranchée ; on creva les yeux à Gezon , et on » lui coupa la langue pour avoir médit de son >» souverain. Le fisc étendit son avide main sur » leurs trésors, et les complices de ces deux » victimes furent jetés dans les cachots (1). »

(1) MiJRATORi, Atw. (rit., T. V, p. 287, anno 930.

LIVUE Jlî. — r.HAPlTBE If. 273

Cet acte rigoureux , ajoute Muratori , servit à accroître la renommée de Hugues et à faire craindre et respecter sa puissance non seulement à Pavie, mais dans tout la royaume lombard, succès que n'avait pu obtenir le trop indulgent empereur Bérenger.

Nous allons suivre Hugues dans le nouvel essor que ce facile triomphe donne à son ambition... Mais au milieu de ces rêves fastueux qui devaient aboutir à sa ruine et à sa honte , une sombre pensée vient l'assaillir.

Un roi, s'il n'avait l'oreille ouverte qu'à la voix fallacieuse des courtisans , mettrait bientôt en oubli, pour ce qui le regarde, la fragilité des choses d'ici bas et même de la vie humaine; mais les conspirations ont leur voix aussi , voix terrible , voix de revers qui parfois vient avertir les puissans de la terre, au milieu de leur léthargique félicité , qu'eux aussi sont hommes fragiles et mortels. Alors te souverain qui a usurpé le trône , ou qui n'y est monté qu'à l'aide de fallacieuses promesses qu'il a depuis mises en oubli , jette un regard inquiet sur ses enfans à qui ni l'affection des peuples, ni la loi antique ne garantit l'hérédité de son pouvoir, et il songe à conjurer l'orage qui , grondant autour de lui ,

menace surtout sa descendance.

274 DEUXIÈME ÉPOOUR.

Disons encore qu'en des temps où des rois légitimes sont peu certains de transmettre la couronne à leurs héritiers naturels j ceux que b violence ou la ruse a mis en possession d'nn trône, doivent être assaillis par de bien plus poignantes inquiétudes, et y* ajouter la crainte de se voir dépossédés par leb mêmes armes qui naguères les ont aidés à triwcipher*

Hugues croyant , en suivant l'exMnple de plusieurs do ses prédécesseurs , mieux assurer cette hérédité à sa famîUe , se hftta , dès qu*il fut maître de la (H^emière sédition, de s'assdeier pour collègue à la royauté, son fils Lothaire , et le fit proclamer roi par une diète générale où se rendirent tous les grands del'Ëtat (1).

Mais bientôt ce trône partagé ne peut plti> satisfaire son ambition. Ce prince, d*ailleurs, est travaillé par le besoin incessant de se dédommager des pertes que lui a coûtées du oMé de la France Tagression du comte de Vermandois. Deux projets plus qu'audacieux surgissent et fermentent en même temps dans sa tête.

Guy, son frère utérin , époux de la scandaleuse Marosie , avait suivi de près le pape Jean X dans

(i) Selon Sigoîiimy Lothaire aurait été proclaniv roi <• 9S2 : selon Rôssi, en 930. — ^Uuratori établit que Valentment du jeune roi eulKeqeo 931. (ilmt. tTh., T. \,p, W)

LlVttE m. — CHAPITRE II. 275

la tombe. Marosie était restée seule maltre^e de Rome ; les grands subissaient le joug de sa dé- [dorable influence > le peuple suivait le torrent ; l'impudique femme disposait de la tiare ; c'était presque tenir dans ses mains la couronne impé^ riale, oubliée, perdue de vue dans ces temps d'anarchie. Hugues ose concevoir le hardi des-^ sein d'épouser la veuve de son frère, de succéder aux autres époux ou amans de cette infâme Marosie qui venait de placer sur le tr6ne pontifical le fils que j selon quelques historiens , elte avait eu du pape Sergius III (1). Ce fils, tout jeune encore , portait le nom de Jean XI.

Hugues se dit : « Epoux de Marosie et maître » de Renne , la couronne de Gharlemagne est à » moi. »

Guy , Lambert , un bâtard de Carloman , un Bérenger, un Louis de Provence , ont bien porté ce diadème^ pourquoi appréhenderait-il de s'en décorer à son tour, lui qui par Lothaire de Lorraine descend aussi du fondateur de l'empire ?,.. Mais avant de tenter cette grande entreprise et de se diriger sur Rome , il lui faut ac^

(1) Muratori repousse cette assertion et la combat , en mutenaiit topinion que Jean XI était fils du marquis Albérie , attendu que ce fils naquit pendant que ce prince était réponx de Marosie. Les deux opinions peuvent fort bien se païf lamaxiitie ftimeiise : Pater est... etc.

276 DEIXIÈME ÉPOQIIK.

complir lautre projet que lui a suggéré la mort de Guy. Celte mort a livré le duché de Toscane à Lambert y second fils d'Adalbert et de Berthe. Tandis que ce Lambert y frère de Hugues seulement par sa mère , est en possession de la plus belle principauté de ritalie, le jeune Boson, frère aussi du monarque , mais de père et de mère, languit inoccupé y oisif à la cour de Parie.

Enlever la Toscane à Lambert y et investir do ce duché Boson , en qui il trouverait certainement un vassal plus docile que ne saurait jamais Tétre le fils d' Adalbert, ne seraiUce pas poor Hugues prendre possession lui-^méme de ce riche héritage ? Mais comment parvenir à dépiosséder Lambert?.... La voie des armes en cette occasion répugnait à sa politique.... Voici , d'après Giulini y Muratori et tous les historiens dltahe, y compris Liuthprand lui-même , ce hardi panégyriste de Hugues y voici le moyen qui s'offrit à Tesprit pervers du despote pour assurer la réussite de son plan ; ce moyen j nouvelle et sanglante flétrissure pour la mémoire de sa mère, Hugues seul était capable de le concevoir et d y recourir.

Ce prince fait répandre le bruit que Berthe sa mère n'a pas eu d'enfans d'Adalbert, son mari, duc de Toscane; que Guy, Lambert et Hermen-

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