LIVRE r'. CHAPITRE IV
de ses sujets. Les deux ministres qui avaient dirigé les premiers pas de sa jeune royauté^ n'étaient plus là près de lui ; entouré de conseils TJolens j peut-^tre perfides , le fils de Pépin eut cependant assez de prudence pour ne pas éclater encore, et pour dévorer en secret cette première injure y sans doute comme une conséquence et un châtiment de son premier tort.
Bientôt l'avilissement de la royauté de Bernard ne fut plus assez pour la haine jalouse d'Hermengarde : surmonter les ombrageuses appréhensions qu'inspirait à son faible époux l'ambition de ses fils, avoir un roi dans chacun d'eux, Êûre associer l'ainé àl'empire, porter enfin, par no nouvel outrage, le dernier coup àla puissance de Bernard en Italie , tel fut le plan que se traça , tel fut le but que voulut atteindre l'impératrice; son habileté choisit un moment où Louis , absorbé par les soins qu'il donnait aux réformes ecclésiastiques, semblait prendre en dégoût les détails de la haute administration de ses Ëtats. Une diète générale est convoquée à Aquisgrana ; des prières et des jeimes sont prescrits pour que le ciel dirige l'empereur dans les résolutions qu'il va prendre.
Louis , après trois jours d'une religieuse attente, proclame son fils atné Lothaire associé à
l'empire; il nomme son autre fils, Pépin, roi d'Aquitaine, et Louis, le plus jeune des trois, roi de Bavière.
L'empereur Louis déclare en outre (1) qu'à sa mort son fils Lothaire sera roi d'Italie. Il ne fut fait aucune mention de Bernard (2) dans cette assemblée où l'on disposa publiquement de son royaume.
A la nouvelle de ce sanglant affront, le jeune roi s'indigne; toute la Lombardie s'émeut et entoure son monarque : Rataldoj évêque de Vérone ; Supporte , comte de Brescia ; Anselmoj archevêque de Milan , d'autres prélats et grands seigneurs , la plupart d'Italie , exaltent son irri-
(1) GlULim, T. I" , anno 817. — EoiNH.
(2) Quelques historiens en concluent que, non seulement ce prince n'assista pas à la diète , mais encore que la diète ne se tint qu'après sa mort dont ils ne savent pas préciser lï'poque.
Ces historiens appuient leur opinion sur une inscription existant encore dans la basilique de Saint-Ambroise à Milan, de laquelle il semblerait résulter que Bernard mourut dnq ans après son avènement au trône de Lombardie, et consèquemment après la tenue de la diète. L'historien Sassi se prononce pour l'opinion qui résulterait de cette épitaphe.
Muratori cite contre cette version , un écrit trouvé vers la fin du XV siècle, du temps de l'historien Tristan Calchas^ daté du mois d'octobre 817 , sixième année du règne de Beimard,
Giulini a vu et examiné cet écrit, qu'il prouve être authentique. D'après ce judicieux auteur, la mort de Bernard n'aïuait donc pas précédé la diète tenue à Aquisgrana.
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talion; il rassemble ses troupes et proclame rindépendance de sa royauté (1).
L'empereur, à la tête d'une nombreuse armée, marche aussitôt vers l'Italie; Bernard, déconcerté à rapproche d'une force aussi redoutaUe, et ai&ibli par des désertions multi-* pliées, dépose le glaive sans combattre; Tinfortuné jeune homme se remet à la miséricorde de son oncle.
Le roi de Lombardie et ses principaux adhéreos, jetés dans des cachots, sont livrés à des juges qui , après une longue procédure , condamnent le jeune monarque à perdre la vue. On exécuta l'affreuse sentence avec une cruauté calculée 9 qui entraîna la mort du malheureux petit-fils de Charlemagne peu de jours après son supplice.
Les partisans du jeune prince, appartenant au haut clergé , furent dépossédés de leurs sièges, de leurs seigneuries, et subirent en outre le châtiment de l'exil.
Les laïques, impliqués dans le procès, furent condamnés à mort. Louis se contenta de
Nos annales françaises s'accordent généralement à faire dater la diète de Tannée 81 7 , et la mort de Bernard de 81 8. Nous avons adopté cette double date.
(1) MiJRATORI. — GirUNl. — VEnilY. — Histoire (le l'Eglise. — Puffendorff.
leur faire subir^ mais avec moins dé rigueur, le supplice infligé à leur roi.
Andréa raconte autrement le malheur dont le fik de Pépin fut victime : cet historien ne fait mention ni de Toutrage reçu à la diète d'Aquisgrana ni de la révolte du roi de Lombardie.
D'après Andréa , Hermengarde, feignant de vouloir se réconcilier avec Bernard dont elle s'était hautement proclamée l'ennemie j l'aurait fait solliciter de se rendre à sa cour. Le jeune roi y trompé par les fallacieuses protestations des émissaires d'Hermengarde , serait accouru en France, heureux de voir enfin approcher le terme d'odieuses persécutions. L'impératrice, à l'insu de l'empereur, aurait fait saisir et jeler dans les cachots le crédule fils de Pépin , loi aurait fait crever les yeux dans sa prison , et le malheureux prince serait mort peu de jours après cet affreux supplice.
Les historiens d'Italie se montrent assez portés à adopter cette version. De là, cette incertitude, chez eux, sur l'époque de la mort de Bernard , puisqu'elle n'aurait plus eu pour causé la révolte qui suivit la diète d'Aquisgrana. Giulini , sans s'expliquer sur celui des deux récits qui lui paraîtrait le plus vraisemblable , dit que les historiens français, en ne faisant aucune