LIVRE III. — CHAPITRE V
son farouche tyran. Les historiens du temps ne précisent pas toutes les vexations auxquelles les citoyens de Lombardie furent en butte sous ce prince ombrageux ; mais une seule des mesures prises par Bérenger peut nous aider à com[^endre la situation des choses dans ce pays à cette triste époque.
Condamné, comme les despotes et les usurpateurs de tous les temps, à une vie empoisonnée pard'incessantes méfiances et bourrelée de mor* telles inquiétudes , ne voyant autour de lui que trames contre son autorité, que complots contre sa vie, Bérenger osa, ce qu'avant lui n'avait osé aucun roi des Lombards, exiger de tous ses sujets, grands ou petits, ecclésiastiques, ou sécu* liers, des otagesqui lui fussent garans de la fidélité et de la soumission des familles. Jusqu'à présent, nous avons vu des rois de Lombardie chercher ces sortes de sûretés dans le mode d'organisation de leurs milices. Le but , s'il pouvait être le même , n'était pas du moins hautement proclamé , et les moyens employés n'avaient rien qui pût , comme dans la mesure reprochée à Bérenger, constituer entre les sujets et les rois un état de permanente méfiance et d'hostilité ouverte.
En l'absence des diètes et des assemblées
d'évéques que le despote avait interdites , de peur qu'elles ne devinssent un centre de censure, un foyer de rébellion, on en fut longtemps réduit à des doléances partielles dépourvues d'autorité parce qu'il leur manquait ceUe force que seuls peuvent avoir des griefs arUcolés au nom d'une assemblée nombreuse et compacte. On s'écrivait j on échangeait ses jdaintes pour se donner réciproquement. le courage de résister à la tyrannie : « On nous demande aussi 1» des otages, » écrivait à ses collègues Attanj évêque de Vercelli , « à nous qui sommes les » prêtres du Seigneur. Si jamais on avait le » droit d'exiger de telles garanties , cela ne de- » vrait être que de ceux qui n'ont pas la crainte » de Dieu : un homme sage et chrétien ne fera » pas pour la crainte des otages , ce qu'il ne » doit pas faire pour la crainte du Seigneur et » le salut de son âme. Nous devons fidélité aux » rois nos maîtres, mais nous ne devons pas les » servir autrement que nos prédécesseurs; s'il » nous est possible d'y ajouter quelque choses » ce ne peut être que pour quelque grande uli- » lité publique , par Tautorité du pape et le con- » seil des plus sages évêques (1). »
(1) Atto, De Pressaris ecclesiasticis. — SPiLic, T. ^