LIVRE 111. — CHAPITRE V
Mais si toutes les plaintes étaient isolées, toutes aboutissaient à un centre commun où elles prenaient la force et l'unité qui leur avaient manqué sur le théâtre même de l'oppression; et ce centre c'était la cour d'Allemagne où régnait
— BÉR.-BERC. , Hùt. de PEglùe , T. v, p. 64 et 65.
Ce même Atton a laissé quelques écrits où s'exhalent d'autres plaintes et d'autres reproches que la conduite de Bérenger peut à la vérité n'ayoir pas seule dictés, mais dont une grande partie lui est bien certainement applicable :
«( Les princes peu religieux, dit ce prélat à Toccasion des » ordinations des évèques , méprisant les règles, veolent que » leur seule volonté remporte^ et trouvent très mauvais que » l'évêque soit élu par d'autres que par eux^ quel que soit » son mérite , ou que Ton rejette celui qu'ils ont choisi , » quelle que soit son indignité. Us ne comptent pour riep » là science et la vertu, et ne considèrent que les richesses, » la parenté ou les services ; l'une de ces qualités leur » suffit S'ils ne vendent pas les évêchés pour de l'argent , » ils les donnent à leurs parens ou à ceux qui leur font la » cour. D'autres sont tellement aveugles, qu'ils élèvent des » enfansà Fépiscopat, et font juges et docteurs ceux qui ont » encore besoin des premières instructions. Aussi ces évên ques ordonnés contre les règles, sont-ils accusés sans re^ » pcct, opprimés injustement, chassés avec violence et quel- » quefois cruellement mis à mort »
On voit encore , par les plaintes d'Alton, que sous Bérenger les ecclésiastiques mis en jugement, étaient distraits de ce qu'ils appelaient leurs juges , selon les canons et les coutumes de l'Eglise.
« A présent^ dit ce prélat , la puissance séculière op- » prime souvent l'autorité de l'Kglisc ; d'où il résulte, par » la faute des mauvais juges^ que le crime ne fait point per- » dre la dignité épiscopalc, et que cette dignité ne met point » à couvert de l'accusation. »
366 DEUXIÈME ÉIK)QUE.
Othon, en qui chacun press^itait le gnnd faomnle dont le bras puissant devait affiranchif ritalie des étreintes du plus honteux de^ tisme.
Chaque jour voyait grossir à cette cour le nombre des mécontens qui s'en venaient demander justice du tyran , les uns articulant des griefs particuliers, d'autres invoquant Vintèrèt général.
Othon qui , lui aussi , était sollicité par im besoin personnel de vengeance et par une secrète ambition à satisfoire dont la couronne de Charlemagne était le but , Othon attardait impatiemment l'heure de marcher contre Bérenger. Mais il lui fallait pour cela réduire des ennemis qu'il eût été trop dangereux de laisser sur ses derrières avant de les avoir mis hors d'état de lui nuire.
Parmi les hommes les plus ardens dans lear haine contre Bérenger, on distinguait à la cour de Germanie un prêtre du nom d'Adelmann. Nous dirons quelques mots sur la cause de cette extrême irritation.
On se souvient qu'à la mort d'Ilduin, archevêque de Milan , Hugues , dans le secret espoir d'élever à ce siège un de ses bâtards trop jeune encore pour lobtenir immédiatement, y avaii