LIVRE I". — CHAPITRE V
La puissance^ quand elle a donné des gages de sa force , prévient, foit avorter les nouveaux périls à naître ; car nul n'ignore que ces périls elle les redoute, non par la crainte d'en être débordée , mais seulement par la triste prévision des rigueurs qu'entratne toujours une victoire qu'eUe sait bien d'avance lui être assurée.
La puissance, sans la force, loin de les prévenir, évoque ces mêmes périls par les terreurs qu'ils lui inspirent et qu'elle ne sait pas dissimuler ; son intime conviction , aussi bien que Topinion générale de son insuffisance pour en triopupher, sèment les embarras et le danger sous ses pas. C'est ce qui arriva sous Louis-le- Débonnaire.
Un élève de Félix d'Urgel , Claude, prêtre» natif de Catalogne,** s'était fait remarquer par une profonde étude des lettres sacrées ; son habileté comme écrivain ecclésiastique l'avait fait élever i la charge de chapelain de l'empereur Louis.
L'évêché de Turin venant à vaquer, Louis y lit appeler Claude, pour le récompenser de ses écrits et de ses services (1).
Ce prêtre, imbu des maximes de Félix et d'E- Hpand, était resté leur muet sectaire tant que le regard fascinateur do Charlemagno avait im-
[\) Kkrreras, t. Il , pan. n , siècle l\^
156 PREMIÈRE ÉPOQLE.
pose à son audace ; mais quand Louis fui devenu le maître du vaste empire d'Occident ; quand Claude, comblé de ses faveurs, put se convaincre de tout le vide laissé par Charlemagne sur le trône que ce grand prince avait légué à son (ils, Taudacieux prélat, fier de son savoir, enhardi par la faiblesse de ce nouveau mattre, osa bientôt lever le masque. Peu d'années s'étaient écoulées depuis qu'il occupait le siège épiscopal, quand on le vit non seulement se faire le défenseur de l'hérésie de Félix et d'Elipand , mais encore professer ouvertement l'erreur des iconoclastes. Offensé de ce que tous les évéques de rËglise catholique s'étaient élevés contre lui (1), et d'une lettre où l'abbé Théodomir, son ancien ami, qui l'avait toujours appelé son frère (2), lui reprochait aigrement son erreur^ l'orgueilleux Claude publia une nouvelle apolo-
(1) Plusieurs savans ecclésiastiques, parmi lesqueb on cite JONAS , évéque d'Orléans , âgobard , archevêque de Lyon, et Dungal {Dungalo, d'après Giulini , professeur à Pcane) , publièrent d'éloquentes réfutations. Celle de Dunr gai est parvenue jusqu'à nous.
B. -B. ( Histoire de l'Eglise ) dit q[ue Dungal était reclus dans le monastère de Saint-Dems, Les assertions de B.-B. et de Giulini peuvent être également vraies : Dungal, placée comme nous le verrons plus tard , à Pavie par Lothaire, on 826, peut avoir appartenu au couvent de Saini- Denis,
(2) JoNAS d'Orî.K ANS , llv. r^ <ia Cttifc (les Images, — Fkrrkbas. années 81 5 et 825.