‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 42 sur 380 · LIVRE 1". CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE 1". CHAPITRE V

La mort vint inopinément enlever Hermengarde à l'affection de l'empereur. Louis frappé par ce coup imprévu^ débordé par les vicissitudes de iasouveraine puissance^ courbé sous le faix de tant de charges et abreuvé des dégoûts incessans que lui attiraient de toutes parts les querelles religieuses j Louis cède enfin au poids de ses soucis et de sa douleur ; il manifeste l'intention d'abdiquer et d'embrasser la vie monastique.

A cette annonce y les conseillers de la couronne et les courtisans s'effrayèrent de voir approcher le terme de leur faveur ; incertains s'ils retrouveraient, auprès des fils , les avantages et les honneurs que leur accordait le père, peu rassurés , d'ailleurs y sur les conséquences pour l'empire lui-môme y de l'ambition des trois frères rivaux, ils combattirent ouvertement la résolution de leur maître. L'Europe resta spectatrice attentive de ce drame , dont le dénoûment, en cas d'abdication, semblait devoir être le point de départ d'une ère de troubles et de collisions sanglantes.

La Lombardie dut apporter plus d'intérêt que tout autre peuple à ce spectacle, puisque le prince qui lui était destiné pour roi , allait peutêtre prendre en main le sceptre impérial ; elle en attendit dans le calme , mais non sans anxiété ,

le dénoûment qui fut te) qu'on devait l'attendre du caractère irrésolu de Louis et de Tincessante obsession des courtisans menacés dans leur cupidité d'abord y puis dans leur dévouement plus ou moins sincère à la chose publique.

Le projet d'abdication fut abandonné. L'isolement où la mort d'Hermengarde avait plongé l'empereur, ayant; plus que tout, contribué à amener une résolution dont on s'était si vivement ému , les courtisans virent, dans un nouveau mariage de Louis, un gage de sécurité contre le retour de pareilles inquiétudes. Sur leurs pressantes sollicitations , Judith , fille de Welf ou Guelfe , duc des Bavarois , fut acceptée comme épouse par l'empereur. Mais cette union, qui plus tard devint si fatale à l'empereur et à l'empire, ne cicatrise qu'une seule plaie de ce cœur abattu. Une pensée fixe, un remords poignant obsèdent Tesprit faible du monarque. Louis se souvient trop tard d'avoir promis , par serment, à son père, d'être le protecteur de ses sœurs, de ses frères, de ses neveux.

Comment a-t-il tenu cette promesse faite près du lit d'un père mourant en échange de la couronne impériale? Qu'a-t-il fait du fils de Pépin, de son malheureux neveu, de Bernard que {deure la Lom hardie? Comment réhabiliter la mémoire

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(le celle royale victime el réparer le mal qu'il a failau peuple lombard dans son aveugle colère? Dans leur repentir comme dans leurs fautes , les esprits faillies se préservent rarement de l'exagération.

Satisfaire au vœu de la Lombardie en lui envoyant un roi, ou au moins un prince de son sang pour la gouverner ; confier cette importante mission à raînéde8esfiU(l) ; donner iiLothaire, pour conseiller, l'illustre Walla (2), ancien ininislre de Bernard, el en cette qualité vielime, lui aussi , des rigueurs impériales ; amnistier tous ceux que la sévérité de ses sentences Hvait enveloppés dans la disgrâce du jeune roi ; les rappeler de i'exil , les faire rentrer dans leurs

(1) Ce choix eut lieu le 7 f.Wrier 821 ,

Queltgues historiens contestent celte date, mais sans foniltment, CMamele prouve Giutini, lib. m, armo 831.

(2) Ami. Fr. Ekinh. — MunATOBl , Aim, il'llal. T. iv, p. 455. — GltiLtXl, T. 1", Staria di Mtlano.

L'histoire nous montre le comte Walla, sous l'habit moiiistique , occufM^ avec son vertueux frère Adelhard. à fon- <l(r, dans le pays des Saxons, sur les bords du Weser, cette rommoflaulé (nouïelleCorbie), puissant foyer de lumière, '|tn éclaira long-temps l'Allemagne de ses rayons.

Uestprohablequelecomte Walla ne quiita Loihaire pour '«joindre Adelhard qu'après le second voyage du jeune empÊrearïRoffle. Ce séjour de Walla en Italie nous sembler.-) il i^ontrë par tes lumineux édils qui parurent dans les premières années du règne de Lotbaire ; comme aussi , les dérrrts Tinpnidens promulgués plus tard par ce prince, déno- 'fraiiHii l 'absence derilliislri- ministre.

biens confisqués. Si là^ se fussent bornés V effets du repentir de l'empereur, la répanitk aurait paru noble et complète. Mais combien dignité impériale n'eut-elle pas à sou£Erir i cet abaissement où la traîna la pusillanimité i Louis dans la trop fameuse assemblée d'Attign Combien cette amende honorable , cette péi) tence publique en expiation du supplice inflii à Bernard ; combien ces sanglots y ce front dai la poussière , en présence du clergé , des grau et du peuple 9 ne durent-ils pas dégrader, ai yeux de tous, cette tète qui avait osé ceindre T datant diadème de Charlemagne !

Tel fut cependant le déplorable spectacle qi donna au monde Louis-le-Débonnaire, dans i moment où sa couronne avait plus que jams besoin de s'entourer d'un prestige de force et < dignité.

Bien que désigné pour le gouvernement de Lombardie , en février 821 , Lothaire ne se renc auprès de ses nouveaux sujets que dans le cou de l'année suivante (1).

(1) GlULiNi. Cet écrivain fait observer * qu'il n'y pai qu'avec le titre d'empereur ; il ajoute que les Âimales I tiennes donnent cette seule dénomination à Lothaire e ses successeurs à l'empire sans l'adjonction du titre de d'Italie. Bérault-Bercastël ** dit , au contraire, que

* Storia di MUano , T. i*% aiino 822.

** R. BbiicAs«tbl. Htst, diVBgLI. iv. p. 319.

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