LIVRE I". — CHAHiaE V
menclateur, son gendre y ayant été mis en jugement pour un crime que Ton tenait secret^ avaient eu la tète tranchée. Par un surcroît de cruauté usitée dans ces temps barbares^ on avait crevé les yeux aux deux condamnés avant de leur faire subir le dernier supplice.
n fut dit à la cour de France que ces exéculions avaient eu lieu par ordre du pape ; il y fut encore dit que Théodore et Léon n'avaient été mis à mort que pour s'être montrés trop dévoués aux empereurs francs.
(( U paraît », dit à ce sujet Thisforien de TÊglise souvent cité par nous , « que la souverair- » neté sur cette capitale du monde était déjà » contestée aux nouveaux empereurs y au moins » par voie de fait; et que, sous prétexte d'évi- » 1er dans les affaires le péril du retard , on les » terminait souvent avec une précipitation af- » fectée : ou bien, ajoute Berault-Bercastel , ces ^ faits et autres semblables prouvent que les » papes ne reconnaissaient déjà plus les empe- » reurs que comme seigneurs suzerains etprotec- » leurs, et non point comme maîtres et justi- » ciers dans Rome.
)' Le pape voulut se justifier, au moins quant à » l'exécution de Théodore à laquelle il protesUi , >' avec serment, qu'il n'avait point en de part,
» quoiqu'il fût coupable, ajouta-t-il, du crime » de lèze-majesté.
» L'empereur ne jugea point à propos d'é- » clairer davantage ce mystère (1). »
La mission de Lothaire à Rome eut, pour le moment, un résultat négatif, la faiblesse de l'empereur Louis ayant reculé devant l'éclat qu'aurait amené cette aflEsiire si l'enquête avait été suivie , et si l'on avait soulevé le voile mystérieux qui l'enveloppait.
Le jeune empereur, sur l'ordre de son père, retourna dans sa capitale lombarde sans avoir sévi , attendant quelque occasion favorable de manifester son mécontentement sur cette sanglante et ténébreuse intrigue.
On osait contester à Rome l'autorité des empereurs! On persécutait les partisans de la France dont on invoquait cependant l'assistance à chaque nouveau péril! Lothaire profita de son séjour à Pavie pour préparer quelques décrets où devait ressortir la souveraineté des empereurs francs sur les domaines de l'Église et sur Rome. La sage expérience de Walla ne dut pas rester étrangère à la rédaction de ces actes fameux.
Comme on l'avait prévu à Pavie, les affaires
(1) B.-B. Hist, de VEglùc, T. iv, p. 319.