LIVRE I". — CHAPITRE II
leur manière trop souTent abusive de la remplir.
Certes toutes ces prérogatives ne pouvaient refêortir du seul titre de patrice qu'avaient accepté les rois frsnes avant leur conquête, et au dessm duquel,, comine nom le verrons, s'élevait eacere l'aatfMrité suprême de quelque sou- Tefain à qui le patrice rendait hommage.
Au surplus ces droits , réservés ou non , eurent le son de tant d'autres droits plus ou moins équivoques y respectés quand la force est là pour les soutenir, éludés ou enfreints ouveHément quand ils n'ont pour appui que la faiblesse ou l'impuissance.
Bientèt on fit plus que de contester la souveraineté aux suceesseuîs dégénérés des monar- ({Ms de qui émanait le pouvoir temporel de TÊglise ; nous verrons les papes , nous verrons tes évéques eux-mêmes , enhardis par les fautes et la faiblesse des rois , lancer leurs anathèmes sur des têtes couronnées , prononcer des déchéances , et pourvoir, selon leur volonté , rarement exempte de passions, à la vacance des trônes. Objectait-on que , coinme vicaires de Jésus-Christ , les papes, pas plus que les évoques , n'avaient aucun droit réel sur les biens temporels de ce monde, les partisans de cette domination nouvelle prétendaient alors trouver son origine dans les conces-
sions de Pépin et dans la consécration de sa royauté par les papes.
a Or, s'écrie à ce propos un célèbre historien >» d'Allemagne (1), comment admettre que ce » monarque , en leur donnant ces biens , ait ja- » mais eu l'intention de les élever au dessus de » lui y de leur attribuer une puissance séculière » supérieure à la sienne et à celle de ses succès- » seurs au trône. La prétention contraire est »aussi mal fondée par les lois humaines que par » les lois divines. »
Quant aux sacres successifs de Pépin et de Charles , sur lesquels on s'est fondé aussi pour attribuer un pouvoir exorbitant à la papauté, voici ce que dit le même historien.
« Tout ce à quoi les papes ont contribué pour » faire prendre à ces princes la qualité ou de » roi ou d'empereur, n'a proprement été qu'une » cérémonie pour leur faire ajouter le nom à la » chose qu'ils possédaient déjà. »
Nous ajouterons toutefois que cette solennité, mêlant le nom de Dieu et les rits de son Église au prestige de la victoire , fut plus qu'une vaine et stérile cérémonie. De nos jours encore, les
(1) De Heiss, Histoire d'Allemagne. — Puffendorff , Histoire tmii'erselle ^ T. v. — Emp, d'Allemagne, lîv. v, chap. II.
()<) PREMIÈRE l^poOl:K.
dans ces momens solennels , plus que l'inHuonee d'un roi et d'un malheur auguste, plus que l'éclat pâlissant d'un diadème qui se brise, il faut un homme de tête, de cœur, d'action, pour remuer, pour enflammer la multitude: mais pour nourrir, pour entretenir lonp-lemps le feu que ses mains ont allumé, il faut à cet homme plus que du dévouement à une cause qu'il croit bonne et juste, il lui faut quelque profonde haine à satisfaire , quelque outrage à laver , quelque implacable vengeance à assouvir.
Il se trouvait dans les murs de Pavie . lors de l'invasion des Francs, un eepur doué de cette forte trempe, une lête travaillée de toutes res fougueuses passions. Cet homme, que la plupari des historiens se bornent . sans plus de délail , à appeler chef de faction , âme de la guerre. cet homme, c'élail Hunoatd (1).
Un lelnom elles vicissitudes qui s'y rattachent, méritent de lixer un moment notre attention. Nous allons reprendre les choses de plus haut.
Hunoald était fds du fameux Eudes , duc d'Aquitaine, qui avait partagé la gloire du vainqueur des M;mres , dans l'immorlelle journée de Poitiers. Charles Martel, quand tout pliait snus
(1) Uii Miinaiild
pt Hunoald, rallumer la {«uerrc contre Pépin. Waifre, dans l'aveugloment de sa haine, contracte des alliances avec l'étranger, extrémilé souvent dangereuse, toujours condamnable, dans des discordes civiles.
Tassillon , duc de Bavière, Desiderio, roi de Ijombardie, les Maures cus-mf mes, ces barbares que son aïeul a vaillamment combattusàPoiliers, (rouvent dans Waifre de coupables sympathies et un auxiliaire contre le roi des Francs.
L'impétueux Pépin entre en Aquitaine, y promène le fer et la ilamme, chasse les Sarrasins de France par la prise de Narbonne, arrache ainsi à Waifre ses plus puissans alliés, et réduit le jeune duc à lui demander merci. On signe la paix; mais bientôt Waifre reprend les armes, et Pépin reparait aussitôt dans ses États. Le roi des Francs renverse de fond en comble ou démentôle toutes les villes qui tombent en son pouvoir (I).
Pendant sept années, Waifre soutient une lutte désespérée, ruinantses propres forteresses pour éviter qu'elles deviennent un point d'appui à l'ennemi vainqueur; changeant à l'impro^istc et toujours avec une nouvelle énergie, les moyens d'attaque et de défense aussi bien que le théâtre
(t) ASQUETU.. Hittoire de France, T. I". pagp 367.
Pépin venait de suivre Waifre au tombeau. Charles , son successeur, court au devant d'Hunoald y l'attaque , disperse ses troupes y le fait poursuivre à outrance de forêts en forêts y de cavernes en cavernes. Enfin le duc téméraire tombe aux mains du vainqueur qui le fait plonger dans un cachot. Mais Hunoald parvient à corrompre ses gardes ou à tromper leur surveillance ; il brise ses fers y échappe à sa prison , et, ne trouvant partout que les traces de la complète destruction de son parti y il cherche un refuge à la cour de Desiderio , où il voit éclore contre Charles les germes d'une guerre prochaine. Bientôt y sous l'inspiration de sa haine, ta cour lombarde devint plus audacieuse y et les négociations y entamées avec le roi des Francs, furent rompues.
Nous avons vu Charles traverser les Alpes et soumettre la Lombardie. Pavie seul résiste ; Desiderio y a cherché son dernier asile. Hunoald est l'âme de son conseil : Hunoald a allumé, au cœur de la population toute entière, la flamme du plus noble enthousiasme; il en soutient l'ardeur par sa parole et son exemple, s'exposant à tous les périls , endurant toutes les privations, supportant toutes les souffrances , le premier à l^attaque , toujours le dernier dans les
fascination de sa parole et de son regard ; mais y après cet éclair d'hésitation , l'orage populaire recommence à gronder avec plus de force ; des femmes échevelées (1), et l'on en voit toujours serpenter dans les émeutes , poussent des rugissemens de mort contre celui à qui elles imputent tous les maux de la cité : le tumulte s'accroît 9 les cris redoublent ; la rage , le désespoir arment des bras homicides. On se rue de toutes parts sur Hunoald, qui^ tombant percé de mille coups y semble heureux de mourir, lui fils d'Eudes , lui père de Waifre j avant qu'un dernier triomphe assure l'entière conquête de la Lombardie au petit-fils de Charles -Martel, au fils de Pépin , à Charles dont il fut le vaincu et le captif.
Telle fut la fin tragique de ce prince , qui , sous l'inspiration de sa haine héréditaire et privée, arma l'étranger contre son pays.
Tel est le sorl de presque tous les hommes qui , pour servir leurs passions fougueuses , veulent remuer et maîtriser la multitude. Jeu terrible ! les masses qu'ils osent soulever retombent bientôt sur cesSisyphes d'un jour et les écrasent.
Hunoald , mort , emporta dans sa tombe toute l'énergie de Desiderio qui , se hâtant de livrer
(I; AiNQrETIL, Histoire tle France, T. l", page 375.
qu'après avoir mis celle capitale el les autres principales villes de la haute Italie, sous la garde d'une partie de ses troupes. Il conduit en France le roi vaincu y qui y enfermé dans le couvent de Corbie , y mourut bientôt oublié.
Ainsi finit la puissance des Lombards en Italie y au moment où leur ambition rêvait à soumettre la Péninsule toute entière. Leur domination comptait deux cent six ans de durée y à dater de leur sortie de la Pannonie, sous la conduite d'Alboin ; elle fit place à la domination française.