‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 4 sur 380 · LIVRE I''. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I''. — CHAPITRE II

lombard , soit qu'il éprouve de la répugnance à combattre celui qu'il a doublement et si cruellement otitiragé comme père, soit qu'il veuille cachet sous le manteau du désintéressement sa satisfaction seetiite de voir l'Italie s'offrir ellemême à soii ambition.

Desiderio avait associé son (ils Adelchis (1) au trône de Lombardie.

Tout moyen de conciliation proposé par Charles, sans doute avec le désir de n'être point écouté, ayant été imprudemment repoussé pai^ les deux rois , l'armée des Francs fut bientôt au pied des Alpes.

Le passage des Alpes était fermé au val de SuzGj dont une position conserve «ncore aujourd'hui le nom de Chinsa , par une ligne de murailles , de bastions et de tours qui s'étendait

tions portées contre hri par le pape, et ponr donner rassurante au roi des Fraircs quMl était prêt à faire la paix atec le Saint-Si^e , mais que Charles ne voulut rien entendre. (Histoire de l'Univers, T. il , page 68. )

Les autres historien» que nous ayons lus et dont l'assertion se retrouve che^ plusieurs historiens français , affirment que Charles employa la voie des négociations et qu(' Desiderio la repoussa. — GiULim , T. v\ livre i". — Mu- RATOKI , AnnaUs.

(1) Appelé, par les chroniques et les historiens, AdeU gise, AiiUgise, Alqisc, et dans les actes publics, comme le fait observer Mansoni , Adelchis.

52 PREMIÈRE ËPOQCE.

depuis le mont Porc»rino jusqii'iiii Ixiur^ ili> Chiavri. {Ad inctim Cabrium.) (1)

Desiderio et son fils avaient restauré et fortifié cette importante position; ils accoururent pour la défendre. D'après quelques historiens, la résistance fut si grande (2) que Charlemagne, désespérant de pouvoir forcer le passage, songea un moment à retourner en France. Déjà son armée s'ébranlait pour la retraite, quand un diacre, nommé Martin, envoyé par Léon, archevêque de Ravenne, fit connaître au roi des Francs un sentier ignoré pour descendre en Italie {3).

Charles, profitant de l'avis du diacre, aurait, d'après les mêmes historiens, fait gravir ces chemins inconnus et escarpés ft l'élite de ses troupes qui, se précipitant tout à coup sur le

(1) ANASTASE, page 13Z|. — Chrome, tuxal., Ub. Ut, cap. IX. — Rerum ital. , T. U, page 2. cd. 717. GeUc chronique est écrite par un moine anonyme qui , d'après Muratori. vivait vers la moitié du xi' sitclf. {Notes lustoriifues de Mansom, déjii citées, page 177.)

(2) Froooard, lie Poiit. rom. rertnn , T. v. page Ù63. Frodoard, dianoiaede Reims, vivait dans le \* siècle.

(Anastask, page IS'i.)

(3) AG^ELl.0, Rm-en. Pont, renim, liai., T. it , pages 1 et 117. Manzoni cite c«i auteur, qui vivait vers la moitié du ix* stécle et qui avait connu personnellement le diacre Martiti. Ce diacre , plus tard , devint lui-même arclievË((ue de Itaveiuie.

54 PHËMJÈRE ÉPOQUE.

rois lombards y où Desidcrio a cherché un dernier refuge. Charles met le siège devant cette place, et envoie en même temps investir Vérone, où Âdelchis s'est enfermé avec la veuve et les deux fils de Carloman ; le reste des vaincus se disperse, jette ses armes, et va, dans ses foyers, attendre les effets de la clémence ou de la sévérité du vainqueur.

Adelchis, désespérant bientôt de défendre Vérone, s'échappedenuit^s'enfuitàConstantinoplet et laisse sa sœur et ses jeunes neveux à la discrétion de Tennemi. Gerberge , ainsi abandonnée de son frère, sort de la ville, et va se jeter avec ses fils aux pieds de€harles dont elle implore la pitié.

Les fils de Carloman et leur mère furent, diton, renvoyés en France. L'histoire se tait sur le sort ultérieur de ces malheureux princes. A nos yeux , ce triste mystère pèse sur la mémoire de Charlemagne.

Vérone se rendit : les villes qui appartenaient aux Lombards se hâtèrent , à Texemple de celle place, d'ouvrir leurs portes au vainqueur.

Brescia et Pavie seules résistaient. Poto, neveu de Desiderio, et son frère Answaldo, évéque de ce diocèse, avaient exalté le courage des habitans de Brescia. Ismondo fut envoyé contre eux. La défense fut d abord vigoureuse ; mais bientôt \o8 ha-

.SB PREMIÈRE ËPUgiiE.

double baie. Les enfans des écoles marchaient en tôte, chantant des hymnes un l'honneur de Charles; leurs mains agitaient des palmes et des rameaux d'olivier.

Charles avait alors trente-deux ans: sa taille était avantageuse et bien prise, sa physionomie noble et majestueuse; il avait le front élevé, le uez aquilin ; ses yeux étaient grands , vifs el perçans ; à une expression de noble et mâle fierté venaient se joindre dans toute sa personne une grâce séduisante et une inexprimable douceur. Tous ces avantages étaient rehaussés par le plus irrésistible de tous , celui qui fascine , qui enivre et les grands el la multitude, te prestige de la victoire.

Les Romains . à sa vue , laissent éclater le plus vif enthousiasme; le monarque, sitôt qu'il aperçoit les croix qu'on porte à sa rencontre , met pied à terre avec le nombreux cortège de comtes, de ducs et autres seigneurs qui l'accompagnent, el s'avance à pied jusqu'à l'église de Saint-Pierre.

Le pape et son clergé t'attendaient au haut des degrés de la basilique. Le roi embrasse le pon- Life et le prend par la main , aux acclamations du clergé et de la foule enthousiaste qui entonnent le chant sacré de Béu'i sn'it celui qui vient nu umii liu Sciijiicur.

58 rUIilMiÈUË ÉPOQUE.

reconnusseai comme roi et qu'ils Lui prêtassent serment de fidélité.

La double opinion émise par PuffendoHT nous parait la plus vraisemblable et concorde mieux avecla suite des faits que noils aurons à rapporter.

On le voit^ ce fut, comme Tavait pressenti Pépin, toute une ère nouvelle qiii surgit de cette alliance entre les papes et les maires du palais devenus rois des Francs.

Le pouvoir naissant des carlovingiens , que déjà étayaient la gloire et en quelque sorte le vobu de la nation toute entière, trouva une nouvelle force dans la sanction intéressée de la papauté.

De leur côté , les évéques de Rome recu^Uirent d'autres fruits que dette puissance temporelle qu'ils durent aux libéralités de Pépin-le- Bref et de son fils. L'épée des conquérahs, en s'inclinant un moment devant la papauté comme devant le premier des symboles divins, n'en put que rehausser l'éclat et le prestige.

Depuis long-temps les papes délaissés , mais plus souvent persécutés par la cour du Bosphore, avaient à lutter contre des schismes toujours renaissans qu'encourageaient, que proclamaient ronlre l'Église de Rome, des empereurs en qui ollc n'aurait dû trouver que det> appuis.

fifl PltKMlÈlIE Él'OyHK.

i)ues, pour pétablir dans l'Ej^lise l'ordre, la règle, la hiérarchie, fui moins considérée par lu papauté comme un empiétement du pouvoir laïque sur ses prérogatives^ qu'un moyen de plus d'asseoir soliilement l'autorité de Rome par trop méconnue.

La gratitude des carlovingiens ne se borna pas à lies concessions de territoire et à la promulgation dedécrets protecteurs du Saint-Siège : à CCS décrets vint se joindre la menace de toutes les voies do coercition , do la contrainte par la force, du châtiment par les armes, contre quiconque méconnaîtrait les droits et l'autorité du chef de l'Église.

Il est rare que l'établissement d'une dynastie nouvelle , surtout dans un grand Étal, ne tourne pas , au moins pour les premiers temps , au profil de quelques unes des grandes puissances qui aspirent à régir le monde. Un nouvel ordre de choses a besoin d'une sanction, d'un appui que, dans leurs rivalités jalouses, d'autres États lui font chèrement acheter. Trop souvent, en ces conjonctures , un peuple voit sacrifier ses inlérôls généraux à l'intérêt privé de celui ou de ceux qui ont saisi le pouvoir.

Celte fois, le donhio intérêt national et carlovingipR put se confondre dans l'ahandon, en fa-

doté les papes d'un pouvoir temporel ^ avaient fait réserve, au moins implicitement , pour euxmêmes, du droit de souveraineté. On a vu que telle est Topinion de Puffendorff , tel est aussi l'avis de la plupart des historiens.

Cette assertion a rencontré des contradicteurs ; cependant que de faits nous aurons à citer à l'appui !

L'élection du pape soumise à la sanction des empereurs d'Occident.

Le serment de fidélité (pie prêtaient aux empereurs, les grands, le clergé, le peuple de Rome et les souverains pontifes ; Rome leur envoyant sa baiinière et les clés de Saint-Pierre.

L'intervention des empereurs dans les troubles de Rome , comme pacificateurs , comme arbitres , et quelquefois commejugesdes papes eux-mêmes.

La présence des mmîcfofMtmcià Rome, comme dans les autres provinces de l'Italie soumises à la domination des Francs ; la nature même de quelques plaintes formulées par certains papes contre ces commissaires , non pas sur leur mission en elle-même , mais seulement à raison de

gagné toute la Lombardie , si le roi , mieux avisé , n'eAt re* tiré ses ordres. Le pape n'osa plus insister anpr^ dn monarque pour la stricte exécntion de sa promesse. Le rit ambroisien continua à ^tre toléré. Milan le suit encore anjoard*bui et le consens* sans altération depuis quatorze siècles.

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