LIVRE I". — CHAPITRE III
Une nouvelle guerre à soutenir contre les Sarrasins fit retarder le châtiment des autres chefs révoltés^ que la terreur, imprimée par la fin tragique de Rodgause, maintint , du reste , pour quelque temps dans le devoir.
Sdon Giulini, Charles, avant de repartir, aurait quitté le titre de roi des Lombards pour celui de roi d'Italie ou plutôt de rex in Italiâ (1) , sans doute pour mieux faire comprendre Téten* due de sa puissance aux ducs révoltés.
Une anecdote, racontée par un ancien moine de San Gallo , qui a écrit la vie de Charlemagne , nous semble trouver ici sa place ; elle fait ressortir le bon esprit et la sagesse du monarque.
D'après le récit de cet historien , quand Char-
(i) 11 existe cependant plusieurs actes publics , d*une date postérieure , qui commencent ainsi :
■ Charles , par la grâce de Dieu , roi des Francs et des • Lombards , patrice des Romains , fils et défenseur de -TEgiise. »
On peut voir, entre autres, la lettre écrite en 796 , par ce monarque, à Ëlipand, métropolitain de Tolède, à Félix d*Urgel et aux autres évêques d*£spagne, au sujet de leur invention du Christ adoptif, (T. vm, conc, page 2049 et suivantes. )
Il est, du reste, à croire que Charles prit indistinctement , dans divers actes , le titre de rex Longobardorum et de rex in Italiâ, ce qui , dans tous les cas, ne signifie pas roi d'Italie, Nous devons faire remarquer que si rex in Italie dit plus que rex I^ngobardarîtm , cela dit moins que rex Italicorum ou roi d'Italie,
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les vint dans le Frioui pour châtier Rodgause, plusieurs grands seigneurs lombards crurent devoir accourir dans cette province pour rendre hommage au vainqueur. Le hasard voulut que plusieurs négocians fussent arrivés en ce moment à Pavie avec des marchandises du Levant qui , comme le fait observer Giulini , pour les modes et la galanterie, était la France de ce» lemps-là. De riches étoffes, des tissus d'une extrême finesse, de précieuses broderies, des plumes, des fourrures d'une rare beauté, furent enlevées à l'envi par les plus élégans seigneurs, qui, tout fiers de leur parure, se rendirent un dimanche à la cour du roi.
Ce jour-là le temps était froid et pluvieux : Charles, selon sa coutume, était couvert de peaux de castor fort ordinaires. Au sortir de la messe, le roi invita tous ces brillans visiteurs à une partie de chasse : personne n'osa et ne put refuser: l'orage ne larda pas à éclater; la bouc, la pluie, les ronces , les branches d'arbres firent si bon compte de ces fastueuses parures, que bientôt il ne fut plus possible de les reconnaître.
Les pauvres seigneurs lombards, trempés de pluie et transis de froid , au retour de la chasse, coururent en toute hàto se blottir auprès du feu ; leur mésaventure n'en fut que plus complète :