‹ Historie De FranceChapitre 129 sur 168 · BATAILLE DE CASSA NO · texte numérisé non relu

BATAILLE DE CASSA NO

paresse du grand-pi ieur, qu'on ne pouvait faire inarclier rpiaiid il était gorgé de viande et de vin, sauva un corps de trois à quatre mille Ini{)ériaux (2 août). Eugène, se voyant pris par derrière, au lieu de lïattre en retraite, poussa résolùment en avant sur TAdda en passant le Serio à Greina. Vendôme le suivit à quelques heures de distance, courut, avec vingt-quatre escadrons de dragons, franchir TAdda à Lodi , puis rouionta cette rivière jusqu'à Cassano et Trczzo, où il iclruin.i un ii«'(it corps de réserve qui gardait l'Adda f't qui avait déjà repoussé les preniiei^ détachenienls d'Eugène. Sa célérité répara la négligence de son frère (11-13 août).-

Le gros de l'armée, conduit par le grand-prieur, suivit le mouvement de Vendôme à l'ouest, mais ne traversa point TAdda: Vendôme ne voulait point abandonner TOgUo en défendant i'Âdda. Les deux fractions de Tannée communiquaient par un pont de bateaux établi à Cassano. Eugène, de son côté, i)arvint à jeter un pont surTAdda, au Paradiso, au-dessus de'Trezzo: Vendôme appela à lui, du yrus de raniiéc, un renfort de quinze bataillons et se posta de manière à empêcher Eiip:ène de déboucher. Eugène, alors, dans la nuit du 15 au 16 août, rompit son pont et, lilant le long de la rive orientale de TAdda , alla fondre sur le corps du grand-prieur. Vendôme, averti au point du jour, arcmirut au galop, suivi de près par tout son corps. Si le grand-prieur eût occupé les positions prescrites par son frère, Tattaque d*£ugène n*eût pas eu la moindre chance de succès ; mais Vendôme trouva les troupes entassées confusément dans un terrain étroit entre l'Adda et le canal de Crema : il lui fallut sortir en défilant de ce coupe-gorge et njiércr un changement de front de\ant l'ennemi, qui attaqua avec une extrême impétuosité. La lialaille, un moment, sembla tout à fait perdue : après une terrible tusillade presque à bout portant, les ennemis, se jetant à l'eau , francliirent sur deux points les deux branches du canal de Crema et percèrent le centre de l'armée française ; la gauche- française fut aussi poussée et mise en désordre et la tète du pont de Cassano fut enlevée par les Impériaux. Tout fut sauvé par Télan admirable que donna Vendôme h notre infanterie: il mit pied à terre, chargea Tépée au poing à la lète de l'aile gauche et reprit le pont ' ; puis il courut

1. Sainfr-iiiliiïre vite un bel exemple du dévouement qu'inspirait Vcudûmc : un

4«8 loi; is XIV. itios]

au cLiili o o! en ramena de niOiiic les ]>atai lions à la charge : les ennemis, nui avaient mouillé leur poudre au passage des canaux, fun iii n'uoussés h la haïonnette, avec un grand carnane , au di'la du iiremier canal : le second canal fut repassé par l'ordre môme d'Eugène, qui vil la diance tournée et qui se décida sagement 4. faire sonner la retraite. Cette issue d'une journée si mal commencée fut d'autanl plus glorieuse à Vendôme, qu'il n'avait reçu presque aucun secoura de son aile droite. Le grand-prieur, qu'il avait porté avec cette aile à une lieue de Cassano et qui ne fut point attaqué, ne bougea pas de toute la bataille et se conduisît de façon à se faire fusiller, si on lui eût rendu justice : le roi le punit par un rappel en France.

L*a0aire de Cassano fut la contre-partie de celle deChiari, mais sur une plus grande écbclle ; la perte des 1inp('Tiau\ avait été très-considérable. Eugène passa de rolTensive à la défensive, uiais ne se tiouva iioiiit hors de cuaiLal cl ne se relira (]u'à une lieue (lu chaniji de bataille. Le succès de Cassaiio permeltait à Louis XIV de choisir eiiire deux plans pour le reste de la campagne. Les Français n'étaient I (jint assez Furts tmit à la fois pour prendre Turin et pour chasser Eugène d ilaiie. Le roi avait donc à décider si l'on ajournerait le siège de Turin et si l'on renforcerait Tarmée de î.oiTibardie pour chasser Eugène , ou bien si l'on renforcerait i'araiée de Piémont pour faire le siège, tandis que Vendôme se contenterait de contenir Eugène. Vendôme conseiûait instamment le second parti. Ghivasso, le dernier avant-poste' de Turin , avait été abandonné par l'ennemi dans la nuit du 29 au 30 juillet. Vatiban, qui eût soubaité de terminer sa carrière par un coup d'éclat, avait , dans le courant d*août , répondu au roi de prendre Turin en un mois , si le roi lui assurait les ressources nécessaires. Malheureusement, Louis XÏV n'avait pas à sa disposition , en troupes et en inatéi iel, tout ce ([ue demandait Vau])an, et (liuunillai l, qui voulait réserM-r à son gendre La Teuillade l'iiouneur de cette conquête, ne songea qu'à éluder l'ollre du grand preneur de vilics

soldat ennemi le cuuchaut eri juue, son capitaine des gardes, appelé Cotteron, le jfta devant lui et ttvut le coup au travers dn corjis. Saint-llilairt-, t. lîl, p. 19fi.

1. 11 offrait d'^' uUcr •• eu mettant son bAtua de maréchal derrière la porte " et ai se cout«ntant de cooemller. Seiut-biuioii, i. IV, p 429. La FeniUade se Tinte, dit^, qu'il se panerait bien de Vauban et qa*il premlnit Turin à ta Coèhorn,

imi-im] EUGÈNE REFOULÉ EN TTROL.' hh9

Cette ofAne ne Ait pas renouvelée. Yauban , au contraire , quand il

connut l'état réel des ressources, détourna le roi de laisser entiimcr le siège avant le printemps prochain. Après bien des variations, le roi décida qu'on bloquerait seulement Turin pendant l'autoniue et l'hiver, et que Vendôme agirait oHensivement contre Eugène.

Cette décision prise, Vendôme Texécuta aussi habilement que possible. Eugène , après avoir séjourné près de deux mois à Treviglio, à une lieue de Cassano, abandonna ce camp (10 octobre), fit, pour pénétrer dans le Crémonais, une tentative qui échoua

devant les manœuvres de Vendùme, puis se vit réduit à repasser le Serio, l'Oglio, et enfin la l.hiese i^ua- novembre). Vendôme francliir à son tonr ces rivières, tourna Eugène, l'obligea de remonti-i la Cliiese vi-rs les montnjrnes vi tenta de le cerner en l'attaquant à la/ fois par la rive ouest du lac de Garda et par la route de Brescia. Les Vénitiens , dont la politique se modifiait depuis ' HOchstedt et qui commençaient à comprendre que leurs vrais ennemis étaient à Vienne et non à Paris, avaient déjà signifié qu'ils ne souflHraient plus de quartiers d*hiver sur leurs terres. Ils firent plus : ils livrèrent Desenzano aux Français et reftisèrent de livrer Lonato aux Autrichiens. Cependant Vendôme ne put exécuter son projet; les défdés de la rive ouest du lac étaient trop fortement occupés par l'enneuii. 11 i)rit donc ses quartiers d'iiiver, mais en les étendant du lac à l'Oglio et f n coupant m\\ Impériaux la route, au moins directe, du Mincio et de TÂdige (fin décembre). L'armée d'Eugène avait tant souffert que, malgré ses renforts, elle était réduite à quinze mille hommes quand elle rentra dans le Trentin. L'année française, mieux entretenue, en avait bien encore vingt* sept mille, sans les Espagnols.

Du côté du Piémont, La Feuillade avait essuyé par sa faute un échec à Asti, que réoccupèrent les Austro-lMéiiumtais de Stahremberg. Par eonipensalion , Montmélian se ii-ndil (Il décembre); la ville de Nice s'était rendue, le 16 novembre, au duc de Berwiek, arrivé de Languedoc. La citadelle capitula le 4 janvier 1706. On y trouva cent canons. Nice et MontméJian furent démantelés

1. Génént l'elet, %, V, p. 3-279. — Stint-Hitoire t. III, p. 173-330.

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