XIV. S
450 LOUIS XIV. [m]
L'aspect des afliiires était tout aulic en Espagne qu'^-n Knlic. Les Anglais, qui, Tannée [)récé(lonte, avaient travaillé pour euxmêmes en prenant Gibraltar , travaillaient cette fois , pour leur alUé , le prétendant autrichien. L'automne précédent , les alliés, renforcés d'outre- mer, avaient attaqué, à leur tour, la frontière castillane voisine du Portugal, et Berwick avait déjoué leurs efforts. Cette tentative, renouvelée au printemps, ne réussit pas beaucoup mieux, quoique Berwick, sage et habile capitaine, eût été rappt# par suite d'une brouille avec la rciuo (l'Esii;i;^iie, très-jeune pi incessf*, spirituelle vi coui accuse, niais passionrirr rt mobile comme son âge , et qui menait cl renmait tout sous le iiuiii du mol et inerte Philippe Y. L'hostilité persistante des populations castillanes contre les envahisseurs dissipa les illusions dont quelques grands d*£spagne, réfugiés à Lisbonne, avaient entouré le pKlendant. On ne répondit qu*à coups de mousquet atix proclamations de Charles III. Les conspirations tramées à Madrid et ailleurs par quelques hommes d'intri^e, et dont l'une avait pour but Tenlè-' vemeiit du roi et de la reine, furent découvertes et cli;\tiées, aii\ ap[)lau(lis>fiiicnls du peuple '. Les alliés espérèrent ^tre plus lieurt'ux dans une autre partie de la niuiiarcliic rsiia-uule. Le 17 juillet, le prétendant s'enibarqua sur la flotte anglo-batavc réunie dans le Tage; la flotte passa le détroit de Gibraltar, exciia quelques mouvements sur la côte de Valence, puis s'arrêta sur ta côte de Catalogne et jeta sept ou huit mille soldats auprès de Bar> celonc (19 août). Les paysans catalans commencèrent aussitôt à s*agiter en faveur des alliés. La vieille opposition entre la coromlia d'Aragon et la couronne de Caslille s'était réveillée , surtout en Calaloirne. le pays le moins espajpiol de l'Espa-nc. rinlippe V y avait dé ti'ès-lVoidrineul reçu, et ce pays, si lidslilt» a la uiaison d'AulriLiic (piand elle régnait à l'Esciirial, lui redevenail Cavivrablo depuis que les Bourbons avaient été appelés à sa place sur le troue des Espagnes par les Castillans. Les ressentiments qui nvnidil succédé, depuis la dernière guerre, à la vieDle amitié des. Catalans pour les Français, contribuaient beaucoup à ce revirement.
Le prétendant, encouragé par cet accueil populaire, entreprit le
1. Chàtic-cs, fort iinparfaiteiiient, car le '^ouvorncmciit de l'Iitlippe V n'oia pn>céilcr, saiiS lu permission du p i[>e, contre U>» moines conspirateurs
(17MJ PERTE DE LA CATALOGNE. 55t
ï.ic-e de Bai ccloiiL' par terre et par jiier. Si Chaiiiiiltii i eût dekré aux avis envoyés par l]('r\\iek du fond du LaiiLniédor et eût expédié Bcrwiik dans la (.atalogne avec les tioupcs (pi on tenait vu réserve sur nos cAtt ^ lan|jruedoeiennes et proveii^ales , alliés eussent éclioué, seion toute apparence; mais l'inepte ministre répondit que le roi ne pouvait fournir une armée pour la défenirC de chaque province csjKignole , comme si la Catalogne eût été la première province venue ! Les alliés opérèrent donc sans obstacle de la part de la France. La flotte française ne parut pas plus que les troupes de terre. Lé comte de Toulouse ne quitta point les ports de Provence : il n'était pas en état de se mesurer avec la puissante flotte anglo-batave. Le 14 septembre, les alliés emportèrent les retranchements qui [trotégcaicnt le pied du Mont-Juicb ; le 17, la citadelle qui couronnait cette hauteur se rendit, par suite de Texplosion d*un magasin à poudre. Maîtres du Mont-Juich, les alliés ouvrirent la tranchée devant Barcelone et firent avaiK i i leurs galiotes pour bomliardci" la ville. Leurs forces eussent été tout à fait insufli>ant« s |i(iur une telle entreiuise, si le pays envi- Ktimanl n'eût été puui eux v\ si la ville eût voulu se défendre; mais l'espiit de la popiUation était tel que le vice- roi Veinseo jugea inqiosbiljie d'attendre l'assaut. Il capitula dés qu'il vit la lirèche ouverte (4-9 octobre). Une grande partie de la garnison passa au service de Charles IIJ. A cette nouvelle, toute la province, en quelques jours , reconnut Charles 111. Les faibles garnisons espagnoles ne tentèrent presque aucune résistance. Roses fut seule conser\ée à Philippe Y par un détachement français accouru du Roussillon.
Le mouvement, de la Catalogne, gagna le royaume de Valence ; la défection n'y fut pas aussi générale qu'en Catalogne; la noblesse et le clergé restèrent en majorité à Philippe V; néanmoins la ca]>i(ale et la plus grande partie du pays se déclarèrent pour
Charles III; l'Aragon fut aussi entanié; une poignée de miquclets catalans insurgèrent plusieurs villes aragonaisos; ces places ouvertes liiifiit reprises par les ti-onpcs de l'liilipi)e Y, qui, pour arrêter les progrès de rurcliiilne, i-a\a^;èrent et Itrùlèri'ut, sur une éli'udiu! de vingt lieues, la frontii re d'Aragon et de N'alenee. Malgré cet c\i)cUicnt burliure, il était à croire que Charles lii , si on
ne le prévenait, pénétrerait en Aragon dès qu'il aurait organisé son armée avec le concours des levées catalanes. Le gouvernement espagnol était dans un état déplorable : Tesprit de routine, la jalousie nationale et le mauvais vouloir des gens intéressés aux
abus avaient paralysé les efforts des hommes de consoil et de main que Louis XIV avait envoyés de Fiance; les agents français eux-mêmes avaient donné bien des sujets de plainte, soit par leur légèreté, soit par leurs cabales et leurs di^s( [isions. Le résultat, c'est que les caisses publiques et les magasins étaient vides , qii<' les soldats affamés se débundaieul «'t qu'il eût été inipossii)le de subvenir aux nécessités les plus immédiates, sans un prêt de 2 millions que Ût Louis XIV à PliUippe Y. L'année 1706 allait s*ou\Tir en Espagne sous de sinistres auspices pour la cause des Boiu^bons
Nos armées i rétablies de HOchstedt , arrêtant la coalition « par leur fermeté , sur nos frontières du nord, de l'est et en Belgique; la France restant supérieure en Italie, mais n*ayant pu encore décider la question par la prise de Turin; les alliés maîtres de la Catalogne et près de prendre la Gastilie à revers; telle avait été la campagne de 1705.
Durant Thirer de 1705 à 1706, on se prépara, de part et d'autre, avec énergie. Louis XÏV s'apprêta aux plus vigoureux efforts pour sauver son [letit-tils, pour reprendre i'oiTensive dans les Pays-Bas et pour accabler le duc de Savoie, qui n'avait voulu entendre à aucune proposition en dehors de ses alliés. Vingt -sept mille auxiliaires allèrent renforcrr les années d'Espagne et d'Italie Les princes du sang et les plus riches des courlisans, se décidant enlin à aider la détresse de l'État d'une façon moins illusoire que par la capitation, offrirent au roi la levée et l'équipement de trente «cinq bataillons. Les ennemis, de leur cAté , dépassèrent de quelques milliers d'hommes leurs contingents de l'année précédente, firent de nouvelles tentatives pour terminer diplomatiquement la guerre de Hongrie et se mirent en mesure de renforcer