‹ Historie De FranceChapitre 145 sur 168 · W A TAILLE DE V I L L A - V I C I O S A · texte numérisé non relu

W A TAILLE DE V I L L A - V I C I O S A

les autres itnpOts; en sorte que les citoyens non privilégi(^s, après avoir déjà supporté des contributions directes et indirectes fort au delà de leurs facultés, fùrcnt encore astreints à payer, en commun avec les privilégiés, le dixième de leur revenu brut (7 octobre 1710). On promit que la dhne serait supprimée à la paix. Il fallait bien compter sur la patience ou sur le patriotisme des populations, et sur ]*évidence de ce fait qu'on avait tout tenté en vain pour obtenir la paix. Les étrangei-s forent étonnés et elTraycîj de voir que la diine se payait sans iiiuninircs et sans séditions : ils se demanfîèrrnt si l.i France, qu'on leur représentait tdiijours r\|)iraiih\ était in( j>iii>al)le et iiidestructihle.

La diiiit' ne rendit pouri iiit j)as fout re qu'on espérait : on fut loin de percevoir le dixième etïectif du revenu; répuiseinent du peuple, les menées des puissants et des riches, qui surent bien ■empêcher rétablissement d'une véritable igalHi- pvoportiotmelle, enfin, les malversations des percepteurs, firent qu*on n*en tira pas plus de vingt-quatre millions

Le gouvernement ne payait plus ni ses créanciers n! ses officiers; tout au plus aux rentiers quelques quartiers çàetlà, un trimestre sur trois ou quatre. Desmaretz tâcha de débrouiller ce chaos \m' un ordre quelconque, si arlutralre qu*il fût. Il remit & cinq pour cent toutes les rentes créées à quel(]ue intérêt que ce fût; Hiais, du moins, en les réduisant ainsi, il lecommença de les payer : en même temps, il ordonna la conversion en rentes cinq pour cent des assignations pour anticii)alions, des dettes de la caisse des enijinints, des billets de subsistances ffournitnres ) , du re?te des l)illets de monnaie et généralement de tous les papiers circulants; c'est-à-dire que toutes les créances sur l'I^tat, dont le capital était exigible, furent converties en simples titres de rente (octobre 1710). C'était une ruine pour les gens d'affaires et les commerçants, qui comptaient sur des capitaux et non sur des rentes *. Le capital rendu disponible par ces mesures ne suffisant

1. S«fait-Hnaira, 1. 17, p. 206. — Forbonnais, t. n, p. 313. — Le clergé m r*ch«U de la iHmo inojeniiaiit 8 millions uoe fois payés : TAlsace, moyennant 2 miltkins.

2. I.*' ilHiTt^tîit dPi» billets de monnaie avait déjà entraîné Samuel Bernard, le plus riche banquier de l'Europe, à faire, au rommenCT'ment de 1707, tme banqueroute éuunoe. 11 avait pour 20 millions de cei» billets et devait prei>que autant k L^uu, ^ue

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pas pour les besoins de 1711, et personne ne voulant plus désormais rien avancer sur assignations» Desmaretz fut contraint d'engager à la caisse des receveurs généraux oe qui restait disponible sur la taille, la capitation et la dtme dè 1711. A ce prix, au corn- .mencemént de 1711, 11 obligea les receveurs généraux à pajer comptant les premiers mois de Tannée et à donner des billets pour les autres mois, ce qui dispensa, au moins en partie, des cscoiiiptes usuiaires qu'ex i;L:oaient les banquiers et les fouimissears. Des édils hursaux, parmi k'Sfjiicls on irinaiviiio clos emprunts forcés ni iinr taxe sur les usuriers ou agioteurs qui axaieut lrariqu<^ sur les })illels du roi, compK'tèrent les ressourres de 1711. Par des combinaisons désastreuses pour une foule d'intérêts, mais habilement calculées quant au but immédiat, Desmaretz arriva ainsi à assurer l'existence de l'armée et sa disponibilité dès le mois de mars 1711.

(Tétait là un progrés sur 1710, si chèrement acheté qu'il fût. Hais, avant que les opérations militaires eussent été reprises, des Incidents de la plus haute Importance avaient transporté la question sur un autre terrain, et Louis et ses ministres avaient tourné leur attention ailleurs que sur les champs de bataille. GXait l'Angleterre qui atlirait leurs regards et leurs cspéranees. Tne révolution de cabinet, (iiii tendait à changer toute la pfilitiqiie de l'Europe, avait commencé par une révolution de ruelle «Vêlait par tKi Icinine que Marlboiongli îrouvernait la reine d'Anuieterre, et lady Marlborough venait d'éti*e renversée par les intrigues d'une favorite subalterne, de sa créature révoltée, mistress Masham, ou plutôt par ses haulcjirs et ses caprices, qui avaient à la fm usé la patiente débonnaireté de la reine Anne : Il semblait, dans leurs rapports, que Sarab Jennings .fût la reine et Anne Shiart la suivante. Les tories profitèrent habilement de cette disgrâce pour réveiller le viéux penchant que la renie avait eu pour eux. Sundcrland, gendre de Marlborougb, fut dépouillé de sa secrétaircrie d*état; puis le grand trésorier Godoliin, le bras droit du grand capitaine, tomba à son tour ( 19 août 1710). La banque, la compagnie des Indes, les principales corporations, réclamèrent

M cliuti' luml^vcrsa. Dtsmnrelr l'aiilii fort h rclf-vcr cl rOQ prétend qu'U gOgHA

beaucoup & sa banqueroute. V. Saittt-^imou, t. VU, p. 108.

imo.mil CHANGEIIEIITS EN ANGLETERRE. 537

auprès de la reine contre le chanf^ciueiil du niuii-Lèro : chose surprenante au premier abord, le parli de rar^ii nt et du crédit était pour la guerre; le nioncy d-imprest ''iiitiièl lînancier) était whig ; le landed-interest ( intérêt foncier) était tory. Outre les engagements de partis, on doit faire observer qu en Angleterre, comine en France» quoique & un moindre degré, les capitalistes s'enrichissaient de la détresse publique : la finance n'est pas le commerce; le commerce était désolé par nos corsaires ' ; le trésor public, quoique bien administré» s*épuisail; les préteurs d'argent seuls gagnaient à pro|K>rtion des pertes de tout le reste. La reine protesta d'abord que ces changements n'auraient pas d'autres suites; que sa confiance en Marlborough n'était point altérée, iiiuis k'b iails démentirent bientôt ces protestations : Marlborough resta général en chef, ni.iis perdit le litre de plénipotentiaire et la nomination aux emplois militaires ; le parlement wliig tut dissous.

Deux hommes étaient à la téte de cette réaction : Tun, Harley, esprit énergique et habile, mais sans autre loi que son intérêt, ei qui n'était tory que parce que les grandes positions étaient prises dans le parti whig * ; l'autre, Saint^ohn, libre et profond penseur» mais qui avait des principes plus arrêtés, en philosophie qu'en politique , personnage^du reste, plus honorable par la Tie et le caractère que Harley : il devait Aiire une grande figure dans l'histoire philosophique d^ xviu* siècle, sous le nom de lord Bolingbroke. Harley et Saint-John virent dans la paix le seul moyen d'abattre Marlborough : on peut admettre que les considérations d'humanité aient été pour quelque chose dnns la résohilion de Saint-John. Il était evidcnl , d'ailleurs, i|:n l'Aiipletei re n'a\ait point intérêt à s'épuiser pour rompre la balance de i'Kurope en faveur de l'Autriche. Les derniers événements d'Espagne attestaient que les alliés s'étaient fait illusion sur la possibilité de terminer

1. No» marins, à qui la gloire des grandes bataillpH nnvalcs n'était plii« p<'rinise, s'eu dédutnmagcaicut par des cxpluitii particuliers d'un éclat cxtraordnmirc. Le 89 avril 1109, le capitaiM CaMirt, tombé, avee un acnl vainein, an milien d'une (.âLatlre de quinze vaisacaux anglais, se battit pendant douze heures, coula an anglate, en déinàta deux et iVhaj>pa :\nx antres V. Qninci. t. VI, p. 291.

2. 11 est difficile de eouiptx-ndre uù Voltaire, qui en fait une espèce de lierus, a pns le cafactéce romafa qa'fl tm donne. SikU tf« Lwi« XtV.

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•638 ' LOUIS'JllV.- '".'îT'ri iim]

promptcmenl la giicrrc. I/Anp:lete!TO toiiaii rc qu'elle avait aiiihitionné, Gibraltar et Malioii : elle était cerlaine d tiir des eessions de territoire dans rAmérique du Nord, avec des concessi(»ns pour son conuucrce et sa sûreté : clic n'avait aucune raistui d(^ perpétuer une lutte dont elle sonffrait crueUement en faisant souffrir autrui.

La France, cependant, rebutée par l'issue des conférences de Gertruydenberg, observait et attendait. Les nouveaux ministres anglais firent les premières avances. Vers le SO janvier 1711 , mi abbé Gauthier, prêtre ft*ançais, habitué à Londres et correspondant secret du ministre des affairés étrangères, arriva chez ce ministre, à Versailles, c Vonlez-vons la paix ? dif-il à Torci : je « viens vous apporter les moyens de la conclnre, indépendamment « des ïîollandois. — Interroger alors un ministre de S. M s'il « t^oiiliailoil la |)aix , cï'toit demander h un iii.iladc atlaquC' d'une « longue et dnnp:ereuse m il i li» , s'il en veut ^iit l îr » Gauthier était charge par les ministu s aufrlais de demander que le roi proposât aux Hollandais la réouvei lnre des conférences. Une fois les négociations reprises, on enqjècherait bien la Hollande de s'opposer à la conclusion. Le roi fit répondre qu'il ne voulait plus traiter par la voie des Hollandais, après tant de procédés indignes de leur part, mais qu'il traiterait volontiers par la voie de l'Angleterre. Les Anglais prièrent le roi de leur communiquer ses propositions, qu'ils enverraient à La Haie, qui était comme le quartier général de la coalition. Ajirès divers pourparlers, Louis leur expédia un projet par l'abbé Gauthier (fin avril). Les Hollandais commencèrent alors à sentir les fautes où les avaieîit poussés d'aveujïles ressentiments : ils firent des ouvertin cb an roi pour tAeher de ramenii' la négociation chez eux : il était tiop tard; Louis repoussa leurs avances avec fierté ; la négociation se poursuivit à Londres. Les Hollandais furent l éduits i\ discuter par l'intermédiaire des Anglais, en attendant que la négociation devint générale.

Un fait très-considérable vint en aide au parti de la paix en Angleterre. L'empereur Joseph l^% comme il était parvenu au comble

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