‹ Historie De FranceChapitre 144 sur 168 · Vaiara, p. 18b lUÎ · texte numérisé non relu

Vaiara, p. 18b lUÎ

I17I0J PERTES ES FLAt^DRE. LANGUEDOa Ô34

rassembler à Die; le Vivarais, où il y avait ea quelques mouvements en 1709, devait se soulever de son côté, réveiller les Gévennes, et les montagnards devaient descendre dans la plaine de Tjanguedoc pour se joindre à des troupes étrangères débarquées

à Celte. Alors, lo Ling^urdoc et le Daiiphiné insurgés iinii viiciil leurs armes, et l'armée de Borwick serait coupée d'avec la liasse Provence. Tout cela avorta, Benvick arrêta court le comte de Thaun, quoique supérieur en forces, et empêcha le mouvement dauphinois (l'éclater. Le Languedoc n'eut pas temps de remuer. Deux mille Anglais, commandés par le réfugié Saissan, avaient été débarqués par une escadre anglaise à Cette, s'étaient emparés de ce port, puis d*Agde, h peu près sans résistance, et menaçaient Béziers. Le duc de Noailles, commandant du RoussiUon , reçut celte nouvelle au Boulou, sur Textréme frontière d'Espagne, le 25 juillet au soir; il lit loui-nei* tétcà ses troupes vers le Languedoc avec une telle célei ilé, que, lo 29, il rentra dans Agde, évacuée par les ennemis, et (pie, le 30 au matin, il reprit d'assaut la forteresse et le port de Cette. Les Anglais se rembarquèrent précipi- .tamment. Avant l'arrivée de Noailles, ilsavaient déjà été re poussés à coups de fusil par les habitants, dans un essai de descente à Frontignan. Le comte de Thaun repassa les Alpes dès le milieu d*aoât*.

Les événements d*E$pagne troublèrent bientôt la consolation

apportée par ce succès. Le départ de^ auxiliaires français avait icpfiilant d'abord exalté les Espagnols au lien de les décourager. Quand les Fiançais étaient chez eux, ils leur laissaient volontiers soutenir le poids de la gui rre; abandonnés à eux-mêmes, ils déployèrent la force de résistance qui les caractérise; les corps de métiers, les villes, le clergé, la noblesse, se dépouillèrent à i'envi pour mettre leur roi en état de se défendre. On leva des régiments réguliers et des guérillas. On rappela de Flandre ce qui y restait de troupes espagnoles ou wallonnes, et' Ton parvint à maintenir sur pied, sans les Français, connue on avait fait avec les Français, deu\ corps d'armée, l'un sur la IVonlière de Portugal, l autre à rentrée de la Catalogne. Philippe V alla connnandor en persoiuic

1. 3lém. de fierwi^k, t. Il, p. 93-1 lU. — Mtm, de Noailles, p. '225,

m LOUIS XIV. U7lf)

Tarmée de Catalogne (mi-mai). Le dévouement des GastîUans ne pouvait suppléer à l'art de la guerre. Ils étaient mal commandés et ils avaient aflaire au [)lus lialnle des fjfénéraux allemands; à Slahreinberfc. Aprè?; deux mois d opérations sur la Sè<:re et st s affluents, les Ca-lill m- c ssuyèrent à Almenara un échec qui movrit TAraf^'on aux ennenas 27 juillet). Charles lîl et Stahrend)er^ luarcbèrent sur Saragosse. PUiljp{)e Y les y devança. Les Castillans, qui avaient beaucoup souffert, n'avaient plus qu'environ dix-sept mille hommes contre vingt-trois ou vingtquatre mille. Le manque de vivres et de ressources les décida à tout risquer. Les deux compétiteurs se retirèrent à distance, tandis qu*on s*égoFgeait pour eux ; Philippe Y, du moins, avait la fièvre pour excuse, et son courage n'était pas suspect. Les Espagnols, malgré la vaillance de leur cavalerie et des bataillons wallons, fiirent battus et rejetés vers la Navarre (20 août). L'Aragon retomba presque entier dans les nrains des vainqueurs. Les vaincus s'étaient retirés par Tudela sur Araiida de Duero; Slahremherg voulait les poursuivre partout, achever de les accabler et rendre impossible à l^inlippe Y de se refaire une armée. Heureusement pour rEs[)ap:ne, ce plan ne fut pas exécuté. Le commandant des auxiliaires anglais, lord Stanbope, était plus malUre dans l'armée que le général en chef; il déclara que la reine, sa maîtresse, entendait qu'on ramenât Charles 111 à Madrid ; il l'emporta dans le conseil de guerre, et les alliés se dirigèrent sur Madrid, où était retourné Philippe Y. k leur approche, Philippe sortit de cette capitale, suivi, comme en 1706, non-seulement de tous les officiers publics, mais de l'élite de la population; ceux qui restèrent n'étaient pas mieux disposés pour Yarchidite; on assomma les quelques individus qui applaudirent Charles 111 à son entrée (28 septembre). Philippe Y s'était letiré à Valladolid et s'était remis en communication avec sa pclile armée hatlue, mais non détruite.

Dès que Louis XIV avait i\})\\v'\< désastn» d(> Saragosse, il avait renouvelé ses elTorls iiupies de son ])eltt-lils pour le conjuuT d'abdiquer et de se sacriticr à la pùx européenne. Philippe, inspiré par sa femme et soutenu par sa propre ténacité, sa seule qualité politique, refusa de nouveau toute transaction qui ne lui laisserait pas l'Espagne et les Indes. Les grands d'Espagne écrivi-

rent au roi de Franco une Ictlrc collective, où ils protestaient de situnioler pour leur prince et suppliaient Louis de rendre son appoi à tetir patrie (18 septemlire). Louis se résigna à unir de nonveau sa fortune à oeile de son petit^llls. Qoâlcpie temps avanr la bataille de Saragosse, H avait 'accordé mn prières de Philippe un général, à définit d^one armée; c'était Vendénlè, resté en disgr&ce depuis la malhenrense campagne de 1708: VendAme passa les Pyrénées peu de Jours api^ la déMte de Philippe Y et joignit ce prince à Yalladolld, au moment où les ennemis reprenaient possession de Madrid. Quelques troupes fHnçaises eommenoèrent à rentrer aprè<rlui en Espnprne. L'élan populaire, dans toutes les proviîKvs casdllanes, ne fut pas moins éner^rique qu'en 170G. Philippe V et Vendôme furent bientôt en état de reinellre leui's troupes en monvemenl : ils s'avancèrent de la Yieille-dastille dans le Léon et du Ouero sur le Tage, pour se placer entre ('Iiarles III et les Portugais, qui voulaient se joindre au prétendant et que la seconde armée espagnole, celle d'Ëstremadure, arrêtait sur la Guadiana. Les guérillas recommençaient de toutes parts k tour> monter, à harasser les ennemis, qui n'étaient maîtres que du terrain qu'ils avaient sous les pieds et qui durent reconnaître, pour la seconde fois , que tenir Madrid, Vest ne rien tenir : k Yîe multiple et diffuse de TEspagne n*est nullement dans cette capi* taie artificlene. Le il novembre, Charles ill, fort affaibli, ahandoiuia Madrid et se replia sur Tolède, d'où il repartit pour liarcclone avec une escorte, laissant son armée s'eu tirer comme elle pourrait.

Stahrernberî^ coniiuença sa retraite le 22 novembre : son arrière-garde incendia, en partant, l'Alcazar de Tolède, magnifique ouvrage de Charles-Quint.* L'armée espagnole, altérée de vengeance, poursuivit l'ennemi. La difticulté des vivres avait obligé Stabremberg k partager son armée en plusieurs corps : Stanhope, qui formait l*arrière-gardeavec quatre à cinq mille Anglais, perdit vingt-quatre heures à Brihuega, pour assurer le salut de ses bagages et de son butin ; il fut surpris et cerné dans cette petite ville, la nuit du 8 au 9 décembre, parla cavalerie, puis par toute l'armée de Philippe V et de Vendôme. Après tout un jour de cuiubut, la ville fut forcée et le corps anglais lout entier se

rendit prisonnier. Le lendemain matin, Stahremberg , qui accou»* rait au secoui*s, se trouva on présence des CastiUans, à Vîlla- Viciusa, à deux lieues do ilriliuega. Qmtiquo très-inlérieur, il soutint vigoureusement le choc : son inlaiitt rie culbuta nit ino les bataillons de nouvelle levée qui formaient le centre espagnol, et Vendôme cnit la l)ataille perdue et donna l'ordre de la retraite; mais, pendant ce temps, la cavalerie espagnole avait battu les escadrons des ennemis, pris en queue et enfoncé en partie leur infanterie : la nuit empêcha le centre espagnol de revenir à la . chaiige, et Stahremberg put reprendre sa retraite vers TAragon. Son armée acheva de se fondre en route : il n'essaya pas de se maintenir en Aragon; la population, quoique peu sympathique à Philippe V, n*avait pas contre lui l'énergique et opini&tre hostilité des Catalans. Stahremberg rentra en Catalogne au commencement de janvier 1711, avec cinq ou six mille soldats» tristes débris des vainqueurs de Saragosse.

l'luli|)po V rei)rit possession de l'Aragon, pondant que le gouverneur de Roussilloji, Noailles, renforce par dix-huit mille soldats arrivés de France, opérait une diversion dans le nord de la Cattdoprno, assiégeait et prenait (iironc ir> dciembre 1710 — 31 janvier 1711). Toute la ligne des Pyrénées, d'une part, et, de Tautre, toute la ligne de TKbre, étaient nettoyées d'ennemis. Le prétendant était réduit au centre maritime de la Catalogne *.

L'abattement des esprits était tel en France, que bien des gens virent avec plus d'inquiétude que de joie ce retour de fortune, qui semblait un nouvel obstacle à la paix. On s'était cru débarrassé de TEspagne! L'état du pays excusait presque cet étrange sentimenL La récolte n'avait pas encore été bonne : bien que les impôts indirects eussent rendu un peu plus que l'an passé ^, De»maretz jugeait impossible de vivre en 1711 sans reconrir à des expédients plus CNlraoï tlinaires, pUis écrasant*;, qu'il n'avait encore lail. (ictte d'imc roiinir, par laquelle Vauban vuulait riMoplacer presque tous les impôts, Desuiarctz la lit décréter pai-dessus tous

J. Noailles, p. 217. — lU rwku, t. Il, p. 103-514. — Saiiit-Ililain?, t. IV, p. 268. - lambcrtl, t. VI, p. 1C2-IU. — Quiiici, t. VI, p. 40G 467. Il estpea exact.

2. Lêb dnq fnmÊÊ feniies, qu'on mettait en r^fie f«iite de trouver à lc« alTeraier, rendirent, en 1710, 40 milUooa au lien de SI en 1709.

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