‹ Historie De FranceChapitre 154 sur 168 · Mim. de Tvrd, p. 710 et Mivaiit«i · texte numérisé non relu

Mim. de Tvrd, p. 710 et Mivaiit«i

tnti) TRÊVE AVEC LES ANGLAIS S68

députés hollandais réclamèrent un délai afhi de consulter les États- llériéraux cl les plénipotentiaires do l'empereur (25 juin). Pendant ces pourparlers, Le Quesnoi, assez mal défendu, se rendit dès le 4 juillet, sans que Villars eût rien entro[)ris

Eugène se trouva ainsi niaitre du terrain entre l'Escaut et la Sauibre. Il continuait d'aller à ses fins malgré la défection des Anglais. La prise du Quesnoi et la désobéissance des mercenaires anglû-allemaiids encouragèrent Heinsius et ses amis à repousser la trêve, de coneert avec les Impériaux : ordre fut envojé aux commaodants des places conquises sur la France de ne pas recevoir les troupes anglaises dans leurs murs. La séparation entre les Anglais et leurs anciens alliés fot consommée, le 17 juillet, par le départ du duc d*Ormond , qui abandonna ses quartierSt proche de Douai, pour se retirer vers la Flandre maritime. D n'emmenait avec lui que dix- huit bataillons et deux mille chevaux, Anglais nationaux, et un très- petit corps allemand et liégeois, quinze ou sei/e mille hommes peut-être en tout, sur plus de cinquante mille qui a\aient été à la solde britannique : TAnglelerre avait soutenu cette grande guerre quasi exc lusivement avec le sang de l'Allemagne. Les Hollandais leruièrcnt les portes de plusieurs villes à Ormond , mais ne purent Tenipécher d'occuper Gand , dont le château avait déjà garnison anglaise (23 juillet) : Ormond lit sortir de Gand ce (ju'il y avait de troupes à la solde de Hollande et se saisit é^galement de Bruges et des postes situés sur le canal de Bruges à Ostende. Le 19 juillet, cinq mille Anglais, débarqués à Dunkerque, avaient pris possession des forts et des remparts, comme prix de la trêve et garantie des promesses du rot de France.

Eugène, malgré la retraite des Anglais, était encore supérieur à Villars, renipcreur ayant envoyé aux Pays-Bas vin-t-trois mille soldats qui ne lui étaient plus nécessaires dans la llon;.n ie pa( iliéc. Le jour même dn dépai l d'Ormond, Eugène revint du Qm-snoi sur la Selle, la petite rivit^re du Gâteau, eoimne pour nian lier aux Français. Villars passa l'Escaut et se porta au-devant de l'ennemi. Eugène s'étendit sur sa gauche , au lieu d'avancer, cl lit

1. Tord, p. 718. — lit/m d«Bolingbrok«, t. r, p. 195. — ViUara, p. -2^0,

56â LOUIS XIV. [m%]

investir Lancirccies. Le plan d*Eug6ne se développait : il était redoulablc, mais liasardeiix ; laisser en ari iùiv, d'un (.ùlè, Valenciennes et Condù, dt; Taulrc, Maiibou^^t', Cliarlcroi cl Naiimr, touille iiatil-Escaul par Bouci)ain , la Samljre par î^ndrecics, l'int» rvalle entre cî'sdcux rivières. par Le (Ji'rMioi, el.iiMc lois assuré de ci'tte base, luartber en avant, lùi entrant par Boucbain, il auriiil fallu prendre ou tourner Cambrai; niais, si Ton entrait par Ijandrccies, il n'y avait plus rien jusqu'à Paris que la bicoque Dédale de Guise. L'armée ennemie se partagea en trois corps : le premier, sous le prince d'Anhall-Dessau et le général Pagel, <it le siège de Landrecies; le second, le plus fort des trois, sous Eugène en personne, s'établit sur TEscaillon, pour couvrir le siège; le troisième, sous le comte d'Albeinarle, général anglais au service de Hollande, fut posté dans un camp retranché, à Denain, sur l'Escaut, entre Valenciennes et Boucbain, pour assurer les convois (pu allaient des uuigasins de Marcbioiiiies ;iu c.iiiip do L indrecies. D'aneiemies lignes françaises de 1709, rc'pan t s cl aii^;int'iilros, hai'raiont le pays entre l'Escaut et la Srai-)»' r( faisaient communiquer à couvei't le camp de bufiairi avec Mart liicrmcs , où les alliés avaient établi leur entrepôt générai. Les allié:» appelaient ces d<'ux lignes parallèies le cliemin de Paris.

C'était là une base d'opérations hioii témérairciprnt étendue, en présence d*un adversaire tel que Villars. L'armée alliée tenait douze à quinze lieues de pays. Eugène avait trop oublié ses propres campagnes de TAdige! La timidité forcée de Villars, en 17 U, avait inspiré au chef ennemi une confiance exagérée : il s'imaginait que le général français avait défense de rien hasarder dans aucun cas.

Les mouvements de Villars commencèrent à faire revenir Eugène de cette opinion : le n:aréclial se déploya eiili e Cambrai et i.aiiili ecies , passa la Selle près de sa source et | arut se disfwser à as.Naillir la circonvallalion des assiégeants. Eugène se r(>n('( nim, pour soutenir les lij^nes de siège : ces lignes étaient tn s lortes et la victoire lui semblait assurée. L(^s lieutenants de Viiiars trouvaient aussi leur chef bien basardeux. Le juillet au soir, cependant, ordre fut donné à l'arinée de marcher aux assiégeants; mais, pendant ce temps, un gros de cavalerie retournait

f171«1 BATAILLE DB DCNAIN. .'65

franchir la ScIIp, rlos'^pndail cctie rivière et en gardait les passages : les hussards IV.inçais battaient les plaines pour arrMor les «lonneurs d'avis et les éLÎaireurs ; un corps d'infanlcrio retournait droit à l'Es-aut et allait jeter des ponts à Neuville, entre Rouchain et Denain. Tout fi coup, le gros de l'armée fit demi-tour à gaucha et suivit ces détachements, au grand mécontentement des soldats, qui croyaient qu*on tournait le dos à Tennemi. Ils se ravisèrent bienlAt et comprirent îiu*on allait au camp de Denain. L*hon* ncur du projet appartenait au maréchal de Montosquiou : le général en chef n'avait fait qu'adopter et développer la pens^ de son second

Le 24 au matin, les ponts de Neuville furent achevés sans oppo< sition , grûce aux précautions prises et à la négligence du commandant de Denain, Allieniarle. Villars, accouru à l'avant- garde, passa, non sans peine, un petit niaiais au delà de l'Escanl, qui cù( été très -facile à défendre, si l'enncnn filt arrivé à temps; niais renucnii ne fut pa? niéme on mcsiire de défendre séri(Misement les lignes. La parallèle dn côté de Bouchain fui emportée d'emblée, et un convoi, avec son escorte, fut enlevé dans les lignes. Albemarle replia ses troupes dans son camp retranché, et l'av ant- garde française se mit en communication avec la garnison de YalenciennëSy sortie pour prendre Tennemi à revers. Eugène, ' cependant, averti, seulement le matin, de la marche des Français, était accouru h toute bride avec son état-major. Il renforça Albemarle de quelques bataillons postés vers Thian, à la droite de TEscaot, le conjura de tout faire pour tenir jusqu'à Tarrivée du gros des alliés et alla se placer sur une hauteur, de Tautre côté deTEscaut, pour voir venir et diriger ses forces. Au loin, sur les plateaux, on apercevait déjà les tètes des colonnes ennemies, Yillars sentit qu'il fallait enlever la victoire au pas de course. Il ne prit pas le temps de faire des fascines pour combler le fossé du cainp. c Les corps de nos gens seront nos fascines ! > Un lit

1. Saivant Voltaire, bteo informé de ce qui reguilt Villars, c'étaient vn curé et un conseirier aa parlement de Flandre qui, se promenant enscmMc vers ces quartiers, avaient imaginé les premiers qu'on poutail aisément atuqaer l>cnaia etMarchienue^. La coiuailler donoA son atis à rintaadant dt ta province; eelaMi à Monteeqnioo : Monteaqnioo à Villaïa. Stiele it tauii X/K, diai». zxiii.

b'ie LOUIS XIV. [1711}

I l prière, et Ton se jeta dans les fossés, sous un feu effroyable .de canon et de mousqueterie. Heureusement, le fossé était peu profond et la le?ée peu solide : le parapet s*éboula et nos fantassins se Jetèrent avec Intrépidité dans le retranchement. Un moment après, la cavalerie se fit une ouverture sur un autre point. Les ennemis ossayùi ent de se i-;illi<'i- dans le vilhijjc et l'alilKiye de Denain. Ils y furent fuivrs; lu euuite d'Albemarle cl plusieurs princes allemands furent enveloppés et pris. Tout le reste des ennemis se pnVipita en pleine déroule vers le pont de bateaux qu'ils avaient sur l'Ese iut. Le pont croula sous les fuyards ; presque tout fut tué, pris ou noyé ; quatre généraux périrent; dix>scpt bataillon^, qui avaient défendu les retrancIieiucnU, furent à peu près anéantis sous les yeux d*£ugène. Ce prince, exaspéré, s'était mis à la tète de ses premières colonnes et tentait en ce moment de déboucher par un autre pont que les alliés avaient établi à Prouvi, entre Denain et Yalenciennes; mais le pont de Prouvi était déjà au pouvoir des Français, et Eugène ne réussit qu*à &ire encore tuer là quelques centaines de ses gens. Les députés des États- Généraux, à force d'instances, roblii^èrent à cesser l'attaque et à se retirer, la rage dans le cœur. L'ennemi avait p idii huit mille hommes cl douze canons, les Français pas plus de cinq cents iiouimes; Villars envoya plus de soixante drap«'aux à Veisailk-s, dnut les nnirs en deuil avaicul perdu i'iiabilude de ces glorieuses tentures 1

Le jour même du combat, un corps français était allé masquer Marcbiennes : du 25 au 2G, d'autres corps assaillirent et empor^ tèrent Salnt-Âmand, Ancliin, Mortagnc , tous les postes occupés par l'ennemi le long de la Scarpe , depuis Douai jusqu'à Temboucfaure de la Scarpe dans TEscaut. Tous les efforts se concentrèrent ensuite sur Marcbiennes, qui se rendit le 30. On y prit plus de quatre mille soldats, quinze cent mariniers, qui faisaient le service des convois par eau, force chevaux et provisions, et cent canons, dont soixante de siège; en un mot, tout le magasin de réserve des eniicniis. Les garnisons de Yalenciennes, d'Ypies , des villes maritimes, avaient joint l'année, et Villars était supérieur à Eugène, «pii ne put rien faire pour rmpôeher la deslrurtion de tout ce que les alliés avaicul de li ou^ies à la gauche de l'Escaut. Du 24

(f712J TRIOMPHES D£ VILLARa 667

au 3^ juillet, les alliés avaient perdu quatorze à quinze mille hommes, contre une perte presque nulle du côté des vainqueurs. Ce ne fut là que le moindre résultat de la victoire. Villars poussa vi;4:oureusLuncnt ses succès^ Après avoir rasé les reirancheinents ennemis de l'Escaut et de la Scaipe, il investit Douai le 31 juillet, relrouva et employa , ponr reconquérir cette ville, une partie des li^:iK's que les ennemis avaient élevées pour la prendre en 1710 et qu'ils avaient eu l'arroprance de ne point raser, comme si tout retour offensif eût été à jamais interdit aux Français. Eugène avait été forcé de lever le siège de Landrecies dès le 29, par Fimpossibilité de faire subsister son armée depuis la perte de ses magasins et de SCS communications. Il alla repasser TEscaut à Tournai , se porta à Séclin, entre Lille et Douai, puis vint rccomiaitre la vaste circonvallatiun de Villars, vers PuiU-à-Iiache, enli t Douai et Anchin. C'était le côté le plus vulnérable; mais Villars l'avait fortifié par de bons relr.uicbements et en faisant refluer la Scarpe dans son fossé par un barrage. Après avoir cam])é quinze Jours en vue du camp français, Eugène reconnut l'attaque impossible et se retira [ 27 août). Le même jour, le fort de Scarpe capitula : le 8 septembre , la .ville de Douai en fit autant, après un assaut qui avait livré aux Français à peu près tous les dehors. Trois mille soldats, reste de la garnison, demeurèrent prisonniers. Tout le cours de la Scarpe éta\i reconquis.

V'illars et le {^l os de l'armée n'étaicrU déjà plus devant Douai, quand cette ville ouvrit scb portes. Villars, sur l'avis qu'Eugène passail dererbef l'Escaut vers Tournai, était parti, le 8 septembre au matm, pour aller j)at;scr, de ^oi\ côté, cette rivière à Valenciennes. Eugène, prévoyant de nouvelles entreprises dès que Douai serait tombé, voulait aller couvrir Le Quesnoi, où il avait déposé tout son parc de si^e en levant son camp de Landrecies, et menacer Maubeuge pour tâcher de détourner Yillars d'assiéger Boucfaain* Yillars prévint son adversaire, et Le Quesnoi fut investi le 8 au soir. Eugène ne parut que le 10 et vit les Français entre lui et Le Quesnoi , le loii^^ de la petite rivière d'Honneau. Il fut aussi impuissant à secourir Le Quesnoi qu'à secourir Douai. La place capitula le i octobre : on y trouva un attirail de guerre deux fois plus considérable encore qu'à Marchicunes ; wai seize gros ca-

668 LOLIS XIV. IHI»!

nonsde siège, sans les pièces de caiiipa^^iio, cent quarante mortiers, des inunitioDS immenses; tout cela valait bien trois millions. Eugène, au désespoir, s*é(ait éloigné, le 29 septembre, pour ne point assister à ce nouveau désastre.

Avant que Le Quesnoi se fût rendu, Bouchain avait déjà été investi, malgré les pluies d'automme. II capitula dès le 19 octobre. Ce lui le. coiironiieinent de celle fameuse campagne de 171"?, qui avait, [oui à coup et sans transition, reporté la France du de rabùne jiis(|ue sur les haulcurs glorieuses d'où elle était depuis longtemps descendue !

On était si accoutumé au malheur, qu'on ne pouvait croire à ce retour de fortune. U semblait que ce fût quelque réve des beaui jours passés; on craignait de s'éveiller ! Beaucoup de gens s'étaient d*abord imaginé que raffaire de Denain n*était qu'un petit succès enflé par la vanité de Yillars I II fallut pourtant bien finir par re* connaître que le terrible vainqueur de HOcbstcdt, de Turin, d'Oudenarde et de Malplaquet était vaincu à son toui", et que ia France iiulilaire sVHait cnlin retrouvée elle-nièine *.

Ton! avait élé concentré aux Pays-Bas: dans le reste de l'Europe, la guerre paraissait près de s'éteindre obscurément. La campagne avait été nulle sur le Rhin et sur les Alpes : le duc de Savoie était tout occupé d'arranger sa paix par l'intermédiaire de TAngleterre. £n Espagne, le gouvernement de Philippe Y était sans ressources pour compléter Tœavre de Yîlla-Ylciosa, et le célèbre capitaine qui avait relevé en Gastille sa renommée déchue en Flandre, Yendôme, était mort, le 11 juin, d'un trépas peu hé> roKiue, dos suites d'une indigeationwàl'àgc de cin(juante-huil ans*. Les ennemis, renforcés par des troupes impériales qui \enaienl de prendre Porto-Ercole , un des présides de Toscane ( 5 mai ), essayèn nt de mettre à profit la mort de Vendôme et firent avancer trente et quelques mille hommes eu deux corps, le plus gros sur laSègre, l'autre contre Girone. Mais, sut ces entrefaites, arrii'a la nouvelle de la trêve entre la France et rAni^lelerrc Vers l'autoinne, les troupes anglaises quittèrent la Catalogne et le Portugal ; le roi

1 Viliars, p. 210-216. — Lamberti, t. VII, p. 94-187.

2. Philippe V- 14 fit luMiinar à ri:«;nirui1, daiw le ca^ean desiu&nts d'ilspa^ne.

n7l«.17«: ESPAGNE. POUnPAIlLEUS. 5Q9

de Port lierai', à qui Tcinp n-eur ni lalIollanJe foiiriiissaiciil plus aucuns subsides depuis uu an, et qui voyait ses possessions coloniales cruellcuient désolées par la guerre marllime', ne songeait, comme le duc de Savoie, qu*à faire sa paix avec les deux couron" ,nes, par Tentremlse des Anglais ; ses agents signèrent à Utrecht, le 7 novembre, une trêve, à la suite de laquelle les auxiliaires portugais évacuèrent la Catalogne, comme avalent fait les Anglais. Les Austro-Bataves et les Catalans, très-affaiblis par cette double défection, se retirèrent siii* Bart eltuie cl Tarragone et levèrent le siège de Girone devant Berwick, arrivé des Alpcrî (janvier 1713.) Les Impériaux ne yiouvaient plus tenir longtemps en Catalogne, si les Français y restaient en force.

Pendant les succès de Villars en Flandre, les cabinets de Yersiiilles et de Saint- James avaient continué de travailler à la paix, dont ces succès augmentaient chaque jour les chances. Après la renonciation de Philippe V convenue, les deux cours avaient en d'assez longues discussions sur les intérêts du duc de Savoie et de rélecteur de Bavière; un des deux secrétaires d*étal des affaires é!ran:;i iTs de la reine Anne, Saint-John, qu'Anne venait de créer lord Ijoliiij^broke, passa en France à la lin d'août, pour aeeélércr les lurociations, et y fut reçu comme un ange de [ aix. Il eût sonb.iité d'être autorisé h conclure immédiatement entre l'Anglclcrrc et la France un traité définitif, coiuuie le réclamait le gouvernement français; mais le grand trésorier llarley, comte d'Oxford, s*y élait opposé, par ménagement secret pour l'électeur de Hanovre, héritier du trône britannique, et Bolingbroke ne put que régulariser la trêve jusqu*à la (In de décembre, époque après laquelle elle fut prorogée. Les dernières difficultés, sur divers points importants, furent levées de vive voix entre Bolingbroke et ïorci.

Les revers di'.s alliés avaient cependant l)cancoup modilie lesdispositions des Hollandais, si Gers encore avant Denain, et ils

1. C'était le jcaue don loao V, qui avait succédé, le 9 décembre 1706, à sua pére Pe<2ro IL

2. Saiit-Iago du Cap Verd fut traité, en 1713, par te contalreCa-'^nrt, couiuie Kiu- '!'• T 111' ii'i» i'avaitété, en 1711. p ir Duir'i.'u-Trouiii. Cassart ravagea é^;dcinciit, cette aii.KH', ia Ouyutie liuUaudu^ie et led peiitva A.itilliw Saiiit-Chriàtj^rtic et MotiAfernt.

570 LO lits A IV. lïHi\

avaient sollicité Teiitremise des Anglais, afin de renouer les coek férences dTtrecht, suspendues de foit depuis le commencement d*avri1, sans que les plénipotentiaires eussent quitté cette ville. Le roi y consentit, mais en intimant & ses envoyés de poser pour

point' de départ la restitution de Lille comme compensation de la niiiit' de Dunkerquc, d'excepter Tuui iiai, Condé, Valenciennes et Maubeuge de la barrière demandée en 1709 par les Hollandais; enfin, d'exiger la restitution des places jierdues par la France depuis 1709. Les situations étaient !»ien changées : « Nous prenons, » écrivait l'abbé de Polignac, « la figure que les Hollandais avoient à Gertruydenberg , et ils prennent la nôtre : c'est une revanche complète'.» Les Hollandais cédèrent sur Lille. Leur abaissement même leur devint avantageux. L'opinion, en Angle» terre, avait eu bien de la peine à accepter le rapprochement avec la France : elle revint aux Hollandais, sitôt qu'elle les vit disposés sérieusement à accepter la paix, et ne permit pas au gouvernement britannique de trop sacrifier les intérêts de la Hollande aux intérêts français. Louis XIY jugea prudent de faire une grave concession, de renoncer à Tournai. La reine Anne, à cinquante ans, avait une sanlè complètement ruinée par l'ahiis des liqueurs spiritueuses : sa mort pouvait amener loul à coup sur le trône d'AngleleriT un piinec tiès-bostile à la France. Louis , de son cùW*, sentait s'altérer par degrés son robuste teinitéiament ; il avait soixante -quatorze ans, et les terribles secousses de l'année 1712 avaient bien usé cette vieillesse jusque-là si verte. Il ne voulait pas léguer à la France une minorité avec la guerre. L'Angleterre accepta les conditions que mit le roi à l'abandon de Tôumai et les fit accepter à la Hollande. Le 29 janvier 1713, les deux puissances maritimes signèrent entre elles un traité qui annulait le pacte de la torrtèr», du 28 octobre 1709, et qui réduisait la barrière aux places convenues avec Louis XIY, & savoir : Fumes, le fort de Knocke, Ypres, Menin, Tournai , Mons, Gharleroi, Namur, la citadelle de Gand et quelques forteresses voisines

1. ife'm. de Torci, p 7ii>. Un autre propos, attribué à rabbé de Polignac, est rcdié cùlcbre : duiu un moment où lo^ IIoUuuilui:i, cxcitûs par rambas^iadeur autri* chien Siiutetidorf , qvi « Mntatt bien vivement m dwiadenoe », faisaient mine de rejeter Ica propo^iltioiti do la Fraii -< ci >1e rompre le congrèt S « Noiia tntteron* dt TOUS, chez vutts et mo» vous! » se serait éurié Polignao.

ï"«î CONOITIONS DE PAIX. 574

de Gand et de Bruges, lesquelles places De pourraient jamais dorénavant ôtre eédécs à la France ni à un prince français. Le roi avait consenti à céder Furnes et Ypres pour recouvrer Bétiiune, Aire et Saint- Venant. On convint que Télecteur àe Bavière garderait provisoirement le domaine utile du Luxembourg, de Namur et de Gliarleroi, jusqu'à ce qu*il eût été rétabli et dédommagé par Tempereur, à qui étaient attribués les Pays-Bas espagnols ; qu'il deviendrait, de plus, roi de Sartiaigne; que le duc de Savoie serait roi de Sicile.

Rien ne s'ui)posail plus à la signature du traité entre la France et les deux puissances uiarilimes : on dilïéra quelque temps encore pour tâcher d'amener les états belligérants à signer tous ensemble. Le 14 mars, les Impériaux, résistant toujours sur le fond des choses» conclurent avec la France, par Tintermédiaire de l'Angleterre, une convention spéciale pour révacuation de la Catalogne, des lies de Majorque et dlviça, et pour une trêve en Italie et dans les tles'iUiIiennes. L'orgueil autrichien ne put se décider à traiter directeinenl avec le duc d'Anjou, cumnie on appelait encore Piiilippe V à Vienne'; aninislic lui garantie aux Catalans par la convention, bii^n que le prince qui devait accorder l'amnistie ne fût pas nommé dans cet acte. La reine d'Angleterre promit ses bons ofilces pour solliciter le maintien des privilèges de la Catalogne : les privilèges de l'Aragon, si anciens, si illustres, et qui avaient survécu en partie à la tyrannie de Pliilippe 11, Tenaient d'être abrogés après la recouvrance de ce royaume par Philippe Y, et l'Aragon avait été soumis aux lois de Castille. Le traité d'évacuation était tout dans l'intérêt de Temperem, qui avait en Catalogne sa femme et ses troupes, et qui n'eût pu ni les secourir ni les retirer; Louis XIV avait été obJi-é de faire celle concession a la reine Anne en laveur de rancicn allie de l'Angleterre. Une fois assuré de pouvoir évacuer la Gataloutie et de n'être point attaqué en Italie, l'empereur ne voulut plus de paix.

Le jour même du traité d'évacuation , le duc de Savoie conclut une trêve avec la France. Le 26 mars, Philippe Y transféra à une

1. Philippe V avait, rania-e pivcod^ute, écrit à Charles 111, qui n était pns c core c.uiitreur, pour l'iuviter k lrauîiijî«'r, au nom de la religiuu. L'Autiiclueii iui avait riMVoyé iia lettre. — Mém. XvaiUc2>, p. 240.

m LOUIS XIV. (Htsi

compagnie anglaise, pour trente ans, le privilège de Yassîenio, ou du transport des nègres aux Indes Occidentales.

L'Angleterre avait assigné le ti avril comme dernier lerme à tous SCS uIIk .^ pour racceptalioii tks offres de la France : passé ce délai, la France n'était plus tonne h rien; l'Angleterre i\c Larantissait plus rien. Le 11 avril, la j^iix fui signée entre la Franco, fl'iine part, l'Angleterre, la Ilolh'nde, la Prusse, le Portniial, la Savoie, de Fautre. Nous en avons déjà dit les prinrii)ales conditions arrêtées entre Versailles et Londres. Ces conditions semblaient presque douces pnnr la France en comparaison des traités désastreux qu*on avait failli subir : elles étaient pourtant bien pénibles en elles-mêmes. Dans l'Amérique du Nord, ]& France renonçait à de vastes possessions qu'elle avait longtemps disputées avec avantage à l'Angleterre, et où elle était encore victorieuse en ce moment même : c'étaient la mer intérieure et le détroit d'Hudson avec tous leurs rivages, i)i im i[)al théâtre du commerce des pelleteries; c'était la grande Ile de Terre-Neuve et la presqu'île d'Acadie, qui bloquent entre elles deux le golfe du Saint- Lauit'iil : Ic^ Fiançais gaidaienl seulement, avec l'île du Cap-Breton et les autres lies du Saiat-LaureiU, le droit de pèche et de sécborie sur la cAtc de Terre-Neuve, depuis le cap de Bona-Vista jusqu'à l'extrémité nonl de File et, au delà, en tournant h Fonest , jusqu'à la Poinle-Riclie. Le Canada, sené désormais de tous côtés entre les possessions anglaises, se trouvait bien compromis. Aux Antilles, on cédait la moitié Trançaise de Sainl-Christopbe. En Flandre, la France faisait des pei lestODsidérables, Tournai, sur l'Escaut, Menin, sur la Lis, Ypres et Fumes, entre la Us et la mer; elle se réservait seulement h partie du Toumaisis située sur la Scariie, c'est-à-dire Uortagne et Saint- Amand; mais surtout, chose plus dure que tout le reste, elle subissait l'anéantissement militaire et maritime de celte redoutable Dunkerqne, qui avait lancé, depuis 1702, sept cent quatre-vingt-onze corsaires sur la marine anglo-batave. 11 fut convenu (pie la navigation de la Lis, au-dessus de son confluent avec la Deule, serait libre de tout ])éage; que les droits, jus(jn"à ce qu'on se fOt entendu avec l'empereur, seraient remis en lî< 1gique, i>our les commerçants français, anglais et hollandais, sur

[I71S] Tii.Vi l É U'L'TUKCllT. 673

ie | kU de l'année 1080, les Hollandais n^iyaot point de privilège connnercial , inOuie dans les places de la Larnb-e.

Par le traité de commerce conclu entre la France et l'ÂDgleterre, comme annexe du traité de paix» il fut stipulé que les sujets «rcs- Itcctits auraient égalité de traitement a\ec les siyets des nations les flus favorisées, et que tous les droits sur les marchandises seraient remis sur le pied où ils étaient en 1664, sauf les fimons et huiles de haleine, les draps, ratines et serges, le sucre, le pois* son salé, importés [m les Anglais on Fi-ance, qui restèrent sou* mis, non au tarif de 1C64, mais à celui de 1699. Le droit de 0(J sous par tonneau, élaî.li en France sur les navires anglais, le druil de à bchiiiui^s ) ; r tonneau, tlabli < n Angleterre sur les navires l'rançais, lurenl aljiu|;és. Le principe (juc «le vaisseau libre rend Ks niarchuii ii.HS libres », c'esl-à-dire que le pavillon couvre ia uiardjandise à 1 exception de la contrebande de guerre, fut pleinement admis, et il tut interdit de visiter les vaisseaux niareliands neutres, autrement que pour prendre connaissance des k llres de mer et eertitieats constatant la nature du chargement. On s'interdit, de part et d'autre, ia visite et la coniiscation des marchandises impoiiées, sous prétexte de fraude ou de défectuosité dans la fahrique, les vendeurs et acheteurs devant être hiissés en toute liberté dans leiu^ transactions. Le monopole du tabac était aboli en France et le commerce en était permis aux Anglais. Le traité de commerce entre la France et la Hollande, en rétablissant à peu près intégralement les clauses du traité de Ryswick, mit les Hollandais sur le mùme pied que les Anglais. La France et les Provinces- L'nies s'intcrili.-aKiil d'aeiurtler a leurs sujets respeclit's aucunes inununités, <lons gratuits (primes), ou autres avantages au délrimcnt des bujets de l'autre état '. La pleine disposition de leurs biens meubles, par donation ou testament, fut accordée aux Hollandais résidant en Fmice, et réciproquement : le traité avec FAnglelerre portait la même clause; ie droit d*aubaine, reste des temps de barbarie, disparut complctcaient

1. Celte «'■■^alitô ilo tra'tomciit, v:s-u-via des paitirii1:crs des .Icux étai», n'aboli!>»uiL [i-M les dioiu acqui»^ ai Ië^ [>riviléges oonstitucit euli« les maiiis des compaguieti

£74 LOUIS XIV. Il7i«]

Par le traité avec le Portugal, la Fronce renonce à toutes prétentions sur la partie de la Guyane dite Terres du Gap du Nord, entre la rivière des Amazones et celle d'Oyapock, et reconnaît la souveraineté du roi de Portugal sur les deux bords de la rivière des Amazones, s'iutonlisant tout commerce au midi de l'Oyapock. C'était encore là une concession arrachée par les Anglais, à leur prolît plus qu'à celui tle leurs alliés ou plutôt de leurs vassaux. Le Portug-al, depuis le fameux traité de commerce dicté par l'ambassadeur anglais Methuen (Melhwen) en 1703, s'enchaînait de plus en plus étroitement à la suzeraineté commerciale de l'Angleterre. Le UfuUi de Metivaen semblait pourtant à l'avantage réciproque : il assurait aux vins de Portugal, par la remise d'un tiers des droits que les vins des autres, pays continuaient d'acquitter intégralement *, le monopole, ou peu s'en faut, de la consonunation anglaise, en échange de l'importation privilégiée des tissus de laine anglais; mais ce traité coïncidait avec la récente découverte de ^mlnes d'or et le grand développement de leur exploitation au Brésil : les mines du Brésil furent la perte du Portugal , comme les mines du Mexique et du Pérou avaient été la perte de l'Espagne; toute industrie tomba dans un mépris insensé; bientôt les Anglais fournirent aux Purtuguis, non plus seulement la di rie, mais toutes marchandises, toutes denrées, jusqu'au poisson salé et aux grains. Après leur or, les (ils dégénérés des Albuquerque et des Gama livrèrent jusqu'à leur sol : les vignobles mômes de Porto finirent par être achetés par les Aniilais avec l'or du Brésil, qui n'avait fait que traverser le Poi lugal pour s'écouler en Angleterre : on assure que, de IGDO à 1754, deux milliards quaUre cents millions furent extraits des mines du Brésil, et qu'en 1754, le

1. Suivant le traité d'Utrecht, les vins de France dcraicut être égalisés avec les vins de Porti^al. I'. L:i ITo.îc, lUsl. de Louiê XIV, t. V, y. j:îî, it le cnntlt uateur de Hume. Mais ceUe di-sposiiiuu excita de vives clameurs, et rAn^j^lcterre ne Utrda point à y déroger. La libre introdnetton îles loloriM, des toiles, des papiers français, ne fat {Munniovs wcmillie, et le cunniK r e anglais parut eunsidérer b traîti comme .1r>;.'ivnTit:î'4Ptix ilnris son CT'.Fciiib'.e. Los l'iançrtîs poiivaicnt produirt' b< aticonp d'articles à plus bas prix que les Anglais, l.e parlement ne ratifia doue pas le traité de commerce dans sou ensemble, et le gouvemement ftmnçais, de son c6té, twittt m ce qui regardait le tabac. La plupart des aolres clauses furent cependant inainteBiioe par un cunseniemeiit taoite et BOltteU Y. Ltttm de !Oéd Chcsterfleld *, lettre da IL décembre 1750.

117181 TRAIT 6 D*«TRÊCflT. 575

Portuîral ne poss^'dait que vinj^l-cinci luiliions de niiniLniire!

Pendant les conférences d'Ltrecht, un des ambassadeurs ]>oiiugais, voyant avec effroi dans quelle, dépendance s'enfonçait son pays, avait fait quelques ouvertures aux plénipotentiaires français sur une alliance entre la France et le Portugal, avec traité de commerce pour TEurope et pour les Deux Indes : loin de fermer la rivière des Amazones, il voulait qu*on ouvrit par là un nouveau chemin vers le Pérou. Ces i)rojets n'eurent pas de suite : le gouvernement français craignit peut-èlie tic se brouiller avec l Angleterre

Le premier roi de Prusse, Frédéric I*', venait de mourir le 25 février 1713; ce fut avec son fils Frédéric-Guillaume l" que traita Louis XFV. Louis céda la Gueldre espagnole au roi de Prusse, avec rautorisation de Pliiiippe V, ce qui fut très-peu agréa* bie aux Hollandais. Louis reconnut le roi de Prusse souverain de Neufchâtel, et Frédéric-Guillaume renonça' à toutes prétentions sur la principauté d'Orange, pour son compte et pour le compte ^ des Nassau, ses coliériliers , qu'il se chargea de désintéresser. Il promit de ne plus fournir à l'armée de l'Empire, tant que durerait la guerre, que son contingent Cédéral de quatre mille six cenis hoiDines, au lieu de trente-cinq mille soldats qu'il avait niauUcnant sur pied.

Le traité entre Louis XIV et Victor-Amédée U rendit à celui-ci la Savoie et Nice, lui céda Exillcs et Fénesirelles, CI eau-Dauphin, forteresse dauphinoise située à l'entrée du pays de Saluées, enfin tout ce qui est à l'eau pendante des Alpes vers le Piémont. Victor-Amédée céda à la France la vallée de Barcelonette, ce qui rectifia la frontière dauphinoise. Le royaume de Sicile fut garanti au duc par Louis XIV, qui reconnut la maison de Savoie comme substituée à la maison de Duurbun snr le (rôiie d'Eb[)aj^ne, dans le cas où s'éteindrait la poslérité directe de Pliilippe V.

De tous les priiices allemands coalisés, le roi de Prusse, seul, s'était détaché de l'empereur, signe d'allrancliissement de sa nouvelle royauté. Le jour où furent signés tous ces traités (II a \ i il) , l'empereur et r£mpire n'ayant point accepté les oiTrcs de la

Page 1