‹ Historie De FranceChapitre 165 sur 168 · Dumont, t. VIII. p. UR · texte numérisé non relu

Dumont, t. VIII. p. UR

3. Saint-Simon rapporte, d'après Amelot, l'ancien ombassadetirenEqpagne devenu ambiusadeor à Rome, personnnf^ trè»-<l pie d« foi, une anecdote qui prouve qae 1« cour de Rome avait eu la main ft»rc»*o pnr la odur il»- Fraïuc ilana cette affain' onnme dane celle dn QpiéUflOM. Oémeni XI, effrayé des déeordree que eeueait le belle.

DKUNitUS J0UH5 DE LOUIS XIV.

soaarcbcvôque, Noailles, et se réconcilier avec lui; on froava moyen de Tea empêcher. Le 26, il fit ses adieni, en termes attendrissants, ani piincipaux de la eour, à tout anait Us entrées, les pria de coniribuer tons à rimionetde se souvenir quelquefois de loi. Il fit également ses adieux aux princes et princesses, adressa des paroles |)ienysi]Iaiite8 au duc d^Méans ^ conraie pour diasser les mauTais desseins de son €«Bcir»'6*il eq avait conçu , puis se fit amener le dauphin , bel enfant de cinq ans, seul reste de toute sa li^rnée légitime en France. « Mon enfant, lui dit-il, vous allez être f biciUùl roi d'un giuiid ru}auine. iS'oubiiez jamais les obliga- « liouîi que vous avez à Dieu; sou venez- vous que vous lui devez « tout ce que vous ûles. Tûcliez de cons«Tver la jwix avec vos voit sins. J'ai trop aimé la guerre, ne ni imilez pas en rein, non plus c que dans les trop grandes dépenses que j'ai faites. Prenez conc seil en toutes choses. Soulagez vo» peoplea le plus t6t que vous c le pourrez, et faites oe que faî eu le malheur de ne pouvoir c faire moi-même *. » .

Touchantes, mais vaines parolesl Le auooessenr de Louis XIY n'était pas réservé à une œuvre de néparatioa» mais k une œuvre de dissolution et de ruine»

Le roi réght ensuite ce qu*on aurait à faire après sa mort, avec la précision et le détail où il s'était complu dans toute la conduite de sa vie. n lui arriva plus d'tme fois de dire : « Du temps que j'étais roi.... » Il moiitrail une sérénité merveilleuse dici un homme qu*on croyait si fortement enraciné sur celle terre.

outifiaà AmelotsM Ngreti dff t*«Toir publiée. II ne l'avait fait que dans la persoasioa où il était que personne n'opposerait la moindre difficulté à la voU)!ité du roi. Làdmns, Amelol lui deotaadant pourquoi c« uoaibre l>aroque de c«>u a un« |>ro|ioMitoiM Mbdunées, le pape m mit à pl«nftr: «Hil flioDiietir Ametot, que vmilies-voiit qan )• SflM? te père Tellier avait 4il «a toi fvPB Jf tenk duM ce Utvo ptu de cent propofiitîonfl c<^nsuniblc'.s-, il u'a pas voulu pwwr pour menteur; on m'a t«no le pied sur la gorge pour eu mettre plus de cent, poar montrer qu'il avait dit vrai, ci je n'ea ai woSb qa*VM in plus! •• Saittt-Sliiioii, t. XIII, p. 2^3. Il M ftnit pas tfop «'attendrir des pleura de Clément XI, qui abnaait du dou des larmes. Il MA Mrtain toutefois qa« Le Tellier fut, pi n l.iT-.t i|Lielqucs années, le tyran de Il<.>me presque autant que de la F^ftQce. L'abbé Dor»&uue at»aure, daus sou iouma4 pour »*rvir à t'ki»lovre dê ia Con- UtHUitm UtdgtmtVMt i. I. p. 453, que te roi ftvAit <té afilié à te Ornupagnie 4« Jésus «lie dizaine d'années «vsiit n mort «t qii«i psndsnt ss nslsdis. Le TelUer lui en fit Ikire k <{uairtim« vceu.

1. Ces [laroles furent inscrites au chevet du lit de rUéritier de Louis XIY. — Voltaire, SUdê Uni» XI «h. x^viu. — Ssint-Simon» I. XII, p. «13.

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, c Tavaiis cru plus diRtcile de mèinrir! » disail^U à inadamc de Maintenon. Et» commé deux' de ses valets pleuraient au pied de son lit : « Pourquoi pleum-irous? M*aTes*vou8 cru immortel f » Le 28 au matin, il dit à madame de Maiotenon que œ qiii le consolait de la quitter, c*était l'espoir qu'Us se rcjoiodraleiit bientôt. Elle ne répondit point à ce rendez-vous dans l'éternité et parut ne voir dans celle marque d'aflcetion qu une marque d'égoïsnio. Pensant la fin proche, elle partit ce soir môme pour Sainl-Cyr; le lendemain, Louis, ayant encore pleine connaissance, la demanda; elle revint, mais pour repartir définitivement le 30 au soir, abandonnant sur le lit d'agonie l'homme qui l'avait si constamment aimée. Quelques vieillards d'une nature exquise conservent une sensibilité d'autant plus tendre qu'ils approchent davantage de l'autre Tie : ceux, au contraire, chez lesquels le cœur ne dominait pas, •e dessèchent au moral comme au physique en avançant vers le terme de la lie actuelle. Madame de Maintenon était de ceux-^à. Son excuse était dans l'extrême fatigue de l'existence que Lonb lui avait faite. H l'avait accablée de son absorbante personnalité : elle n'avait pas eu , depuis plus de trente ans, un seul jour pour être à elle-même ; la nécessité de trouver perpétuellement de non- V -lies ressources pour occuper et intéresser cet esprit actif et peu iVcond, habitué à vivre, pour ainsi dire, de la substance d'aulrui, l'avait épuisée, écrasée, r/étnit là le secret de la i)r(jion<ie douleur on l'avait jetée la perte de la liuchessc de Bouriioune, qui l'aidait si heureusement à remplir la lourde tâche d'amuser le roi. Elle ne vit, dans le néant politique oîi elle allait rentrer au fond de sa chère maison de Saint-Cyr, qu'un asile pour se sépai*er de tous et de tout, se reposer et se taire *.

Du Maine et te Teliicr avaient aussi abandonné le mourant, dont ils n'avaient plus rien à attendre. Louis n'avait plus que par éclairs la conscience de lui-même. La journée du 31 août se passa ainsi :1a gangrène gagnait. Louis se ranima, dans la nuit, pour réciter, avec le clergé , les prières des agonisants. H répéta plit-

1. Eli» dit vn <t«mel adSea, même à m ntècM. Cependant oa 4lét«ch«ment «ImoIu ne le soutint pas: riiabitude remporta et elle se remit à corresponilre avec ?e5 ancletts amts sur t nites les choses du dehors. £Ue s'éieignit obucurèmeot eo 1719, 4 foatre-Tini^-quatre aos.

(tm] MORT !>£' IrOIlIfii XIV. W,

siciirs fois, d une voix forte : * Nunc et in horâ mortis.^. Mon Dieu, a Yciioz à mon aide!... » puis il entra dans une lonfruc agonie. Lp 1" Rcptombro, à Imit hcarea.icl un quart du uiatin, ic Roi ren:]it le dernier soupir.

Il avait vécu soixante-dix-sept ans, régné soixante-douzc, gou tcrné cinquinttH|uatre. C'était le plus long comme ie plus grand règne de notre histoire.

Ce n.*est pas un homme» c'eat on monde ^i finit.

Ayant de descendre, à la suite de la féodalité, dans cette nuit dn passé où plongent Vune après Taotre les formes périssables de réternelle société, la monarchie, cette forme symbolique de l'unité nationale, avait revêtu une personnilication suprême qui restera gravée à jamais dans la mémoire des peuples. Louis XÎV est et restera le Roi, le type royal , pour les nations étrangères comme pour la France. Tout ce que la monarchie , après avoir ramené sous un même joug les éléments divergents du monde multiple du moyen âge, a pu produire dans lu plénitude de sa puissance, elle Ta produit avec Louis le Grand. Épanouie dans sa virilité avec le Grand Roi, elle a vieilli avec lui. Les signes de décadence se multiplient; la gangrène se manifeste sur elle comme sur lui et, si la monarchie ne meurt pas le même jour que le monarque, le sourd tiavail de la décomposition ne s'arrêtera plus désormais dans ses organes. Ne us allons assister à la dissolution de ce vaste corps, jusqu'au jour où 1 unité véritable, la Nation souvebaike, brisera cette enveloppe usée pour apparaître, pour la première fois, dans son essence propre, sans figure et sans symbole.

Nous avons montré Louis XIV en action; nous avons exposé son caractère, ses idées, son système, avec trop de développement, pour qu*il soit nécessaire d'y revenir an moment de quitter cette grande flgure. Quelques mots suffiront. La France prospéra

sous Louis XIV tant qu'il continua la pensée de Richelieu ; elle

s julirit, puis décliul, ({uaud il y devint infidèle. Il a condamné lui-même l'excès de ses p-uerres et de ses dépenses; nous avons fait voir ailleurs que ses dépenses de luxe et d'art, très-considérables sans doute, ont été fort exagérées par la tradition; quant à ses guerres, elles furent, les unes justiliabies, les autres excu*

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sables dans leur principe, mais non dans le caractère Inhamain qn*i] leur laissa Imprimer, ni parfois dans leur conduite politique. La France voulait son complément naturel, et, dans l'état respectif des nations, Taction de la France pour achever de redevenir la grande Gaule suffisait à rompre Téquilibre de l'Europe et à provoquer les coalitions. Louis XIV eut le tort de prétendre encore davantage, et snrlout de le faire croire. Les deux plus graves reproches qu'il ait mc^rités ne sont pns toutefois ceux sur lesquels il s'est condamiK^ lui-riK^fne; c'est, dans l'ordre économique, d'avoir fait le mal et re[i()iissé le reniùde, ruiné les finances et rejeté la réforme radicale qui pouvait les rétablir; dans l'ordre religieux, d'avoir détruit le grand œuvre de Henri IV maintenu par Richelieu. Hais la responsabilité de la révocation doit éiro hien partagée, comme nous l'avons montré : la révocation de riiidit de Nantes était la conséquence logique de la monarchie selon Bossuet, et ce grand crime d*état condamne la monarchie plus encore que le monarque. Plus on réprouve la théorie monarchique, comme contraire aux vraies fins de Thomme et du citoyen, plus on est disposé à Tindulgenoe envers le prince que cette théorie a emporfê par une fatalité presque irrésistible *. * Quand le monde nouveau, éclos dans les tempéles il y a soixantedix ans, aura trouvé sa forme et son assiette, (juand la société lihie et dénjocrati(iue sera définitivement fondée et incontestée, quand lespîirtis n'auront plus à chei cher des armes dans )'lii«.*.nre, le îiornde Louis XÎV n'excitera plus la colère du peuple, comme Texpression d'un principe ennemi, et sa statue, tour à lûur adorée et brisée, se reposera enfin pour les siècles parmi les grandes images du Panthéon national. Si le peuple n'oublie pas les coupables et fùnestes erreurs de Louis, il se souviendra aussi que Louis a mérité d'être identifié au siècle le plus éclatant qu'ait

1. Nous trouvons, sur lA>uh XIV, an docamcnt bien curieux dans les Lttirti fwr In AuffM, d« M. X. Mannter, 2« édH., p 165, lnA2. Il «xiste à la BiblioUiéqiia impériale de PétMVboorg une riche ooUection de (UH-umi-itts hiefeoriqnes at:heto« çà et I I (Ml Fmnre par un diplomate nis'^e, an moraptit du bouleversemot r/\ r>|utionnnire tles arcliives nobiliaires et monastiques. >• Parmi les maousorito », «lit M. Marinier, • on m'a montré une Anille de fiapier sur laquelle Lovi* XTV a fcrlt «fx foie de suite, en groaaw lettres péniblement formées : L'howmafn nt dAtmx nit: it§ ^ font tout re qui Uur j lait. C . i.iit là le a»ge axiome que Min maître lai donnait à oopier comme modèle d'écriture. »

IIIUI JUGEMENT sua LOUIS XIV. 617

encore vu la civilisation. moderne. La Franco pardonne volon^ tiers, trop volontiers^pent'étre, à tous ceux <|ui l'ont aimée« même d*un amotur personnel tyrannlque; à tous ceux qui Tont faite glorieuse, même aux dépens de son bonheur; elle n*est implacable qu*envers la mémoire des chefe qui Font dégradée.

VIK DU TOME QUATOEMilIfl.

TABLE DES WATIÎÎRES

CORTIIIIJRI ÙAnt tl TOMB QUATOBSliHS.

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