‹ Historie De FranceChapitre 17 sur 168 · det^Édit^ t. V, liv. XXIV · texte numérisé non relu

det^Édit^ t. V, liv. XXIV

2. Documents ivw tÀbact^ publiés par Yaii BnSèl» p. 142 et Htvanteft.

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mises an Piémont, te gouTemetanent fhitiçaîs ne Toulnt pas les

soullrir dans cet asile. Le duc Victor-Aiîiédée II enjoignit aux réfugiés de quitter ses terres (4 novembre). L'ordre lut mal exécuté et Louis XIV exigea davantage. Le duc , par un édit du 1" février 1G86, prohiba rexcrcice du culte hérétique et ordonna la fermeture des écoles, sous peine de la vie. Les barbes (ministres), les maitres d'école et les réfugiés fraocois de?aient sortir des états du duc avant quinze jours, tous la môme peine. Les Yaudois répondirent «n prenant les armes, sans calculer la force immense de leurs oppresseurs. Les trois valléee 'forent assaillies à iâ fois par les troupes françaises et piémontaises : les Français étaient commandés par le gouirenlenr de Casai , Gatinat , noble cœur, esprit élevé et philosophique, qtii déplorait sa funeste mission et qui essaya de néj;ocier avec les insurgés; niais Catinat ne put ni décider à la soumission ces hommes resolus'de périr plutôt que de renoncer à leur foi, ni retenir la fureur de ses soldats exaspérés par la vigueur de la résistance. Les vallées de Saint- Martin et de La Pérouse furent forcées et les vainqueurs y commirent d*aift^8es iNkrbarïes. Pendant ce temps, les PiémontaiSt après avoir fidt mettre bas les armes , par de fiiusses promesses , aux montagnards qui gardaient rentrée jln Jral de La Luzerne, égorgeaient au pré de la Tour trois mille fetAmes, enfants et ▼ieiinirdst On fouilla les retraites les plus cachées des Alpes ; une uiultitude de malheureux furent exterminés en détail : plus de dix mille furent traînés prisonniers dans les forteresses du Piémont, où l;i plupart moururent de misère. Une poignée des plus braves parvinrent à se mainteinr dans des rochers où l'on ne put les forcer et, protégés par rintcrvenlion des puissances protestantes et surtout des Suisses , obtinrent en lin la liberté d'éuûgrer, et pour éiix et pour tous leurs coreligionnaires

On a Vu souvent dans l'histoire de bien plus grandes effusions de sang que celle qu*amena la révocation dé Tédit de Nantes , des. scènes de destructîèn ordonnées plus di^tcmenf et sur une plus vaste éehetté encore par les gouvernements, et parfois la même ^ opposition entre une civilisation très-avancéé et des actes de sau*

1. Hift. de l'Élit dti Saritfa, t. V, p. — Mfm. chronolog. et dognial.^ l. III, p. dH5. — àlem. de Catinat, 1. 1", p. 20, i'aris, 1820.

M LOUIS XIV. ii6a5-i(>sei

vage barbarie; mais aucun spectacle ne blesse au même point le sens moral et Thumanîté, que cette persécution exercée à fipôid et

d'après des idées abstraites , snns l'excuse de la lutte et du danger, sans la lièvre ardente des batailles et des 'révolutions. Les vertus mêmes des pei'sécuteurs sont ici connue une uiouslruosité de plus : sans doute, on vit aussi, plus tard, parmi les auteurs d'une autre Ut reur, ce même contraste qui étonne et trouble la conscience de la postérité ; mais ceux-là , du moins Jouaient chaque jour leur vie contre la vie de leurs adversaires et, avec leur vie, Texis^ tence même de la patrie engagée dans leur cause!

Un million et demi de Français ' étaient dans l'épouvante et le désespoir; et cependant tout retentissait de chants de victoire autour de Louis le Grand. lie vieux Le Tellier lève au ciel la. main qui vient de signer la Révocation et parodie , à i^ropos d'un édit qui rappelle lee temps de Décius et de Diocléliea, le cantiipie par lequel Siméon saluait la naissanci' du Sauveur. Il meurt ( u l inalique, après avoir vécu en froid ei astucieux pi)lilique .'M octobre 1685)^; il meurt, et les voix les plus éloquentes de l'église <rallicane éclatent en Itymnes triomphales, comme sur la tombe d'un héros victoricuxl «Publions ce miracle «le uns jours n , s'ccrie Bossuet , dans cette oraison funèbre de Le Teilier, où il laisse néanmoins percer Tapprébension dé nouveaux comliats et d'un sombre avenir pour TÉgrlise; t épanchons nbs cœurs sur la piété de Louis; poussons jusiprau ciel nos acclamations, et disons à ce nouveau Constantin, & ce nouveau Théodose , h ce nouveau Marcien, à ce nouveau Charlema^ne... Vous avez alTcrmi la toi , vous avez exterminé les liéréticpies ; c'est le diurne ouvrage de vu Ire règne, c'en est le propre caractère. Par vous, riiérésie

1. C'est ti ce chiflVe quo nous croyons pouvoir esttmcr npprnxiraativemont 1o nombre des réformés français en 1685, après les perteii quo les conversions et les émigrations leur avaient fait subir dcpui$ une vingtaine d'années. Les contemporains varient dans leur otimadoq, depuis 800,000 à 900,000 jusqu'à 3,000,000. Le pramier chiffre est beaucoup trop faible, le second est trop élevé. D'après la correspojidancc dc« iiitci»dant3, ît paraîtrait qiif- le Midi seul en contenait bien 800,000; ils /tnioiit aussi fort nombreux dans le Poitou, la .Saintonge et les pa^s voisins ; probablenu-nt an moine 300,000. La généralité de Rouen en comptait 80,000; le reste de la Normandie probablement beaucoup plui. Quelques centalnee de mille devaient être ' disséminés dans le r«>te île la France.

2. Il eut pour successeur le cuiu»eiller d'état BoucheraC, qui a peu marqué dans rhistoire.

U686-1687r BOSSU £T £T LA RÉVOCATION. 55

n^est plus : Dieu seul a pu faire cette merveille. » Le doux Fléchicr lui-même fait écho à Bossuet, avec tout le corps du clergé , avec

la gi.iiidi' masse du peuple. Paris cl Versailles, qui ne voient pas l'horreur des détails, qui ne voient que le prestige de rciiM iiililc el la vicloire de ruriitt', nv vculi'iii pas croire aux bruits lugubres qui viennent des provinces et applaudissent au nouveau Coniiaium. « C'est la plus grande et la plus belle cbose qui ait été « imaginée et exécutée », écrit madame de Sévigné*. TousUes corps constitués, cours de justice, académies, universités, corps municipaux , rivalisent d'allusions louangeuses en toutes circonstances : des médailles représentent le roi couronné par la Religion a pour avoir ramené à l'Eglise deux millions de calvinistes» ; on enfle lu nombre des victimes afin d'enfler la i;lûire du persécuteur. Des statues sont éiigées au <( dcsliiu leur de l'hérésie». Ce concert de lelicitations se prolonge durant des années ; l'enlrafnement de l'exemple, l'habitude d'admirer, arrachent des éloges même aux esprits qui semblaient devoir rester le plus étrangers à cette fascination ; tout écrivain croit devoir payer son tribut; jusqu'à La Bruyère, ce sagace observateur et cet excellent écrivain dont les fines et profondes études de mœurs paraissent en 1687; jus^ju'à La Fontaine lui-même, le poète du librc-penscr et du laisser-aller universel^ ! Le pape, enfin , quoiqu'il lui en coiUc de louer un ennemi , ne croit pas ptnivoir se dis[)i'jiser de répondre h rannoiicc oflicifll*' de la révocalion [yav un bref où il témoigne à Louis sa joie d'une action si digne du roi ti*és-rhr6tien ' n novemtire). Le bruit courant en Angleterre rt ailleurs qu'il désapprouve la conduite du roi de France, il se décide, quoique un peu tardivement, à célébrer la révocation par un consistoire adhoeet^v un Te Deim [mars 1686']. Au moment où Louis respire à longs traits tous ces flots d*en-

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