V. Foucault, p
tdOJS XIV. ' (16SS-i6S81
Oaiidollc, qui vont transplanter à Genève, en Hollande, en Allemagne, (les ramilles où le mérite et le s^ivoir sciiiblenl iR-réditaires; c'est Denis Papin, nom immorlel dans les annalt's de lu science : ce médecin - physicien de Blois emporte avec lui, loin de sa patrie, la pensée qui doit conquérir, au profit de Tactivité humaine, une des forces motrices les plus puissantes que recèle la nature et centupler ainsi la force productive du travail humain \ En même temps que Thomme qui prépare un instrument d*une puissance incalculable à Tindustrie de TaTcnir, les chefs et les agents les plus habiles de Tindustrie contemporaine vont en foule s'établir à rétranger. Les capacités industrielles, moins éclatantes que les capacités littéraires, infligent à la France des pertes plus sensibles encore et moins réparables. La France était assez riche en gloires iUN raires jiniir jtoiivoir perdi'e lieaucoup sans s'aiipaiivrir; il n*en est pas de même en ee «jui regarde Vindustrie; la . France va descendre , en quelques années, presque en quelques mois, de cette suprématie économique que lui avaient conquise les longs efforts d'une administiation proteclrice; des villes populeuses' voient crouler brusquement, par la disparition des principales fiimilles industrielles, les branches de commerce
1. i a conquête de ia vapeur était dvjÀ cominctict^c. Salomon de Caux(Y. notre t. XII, p. 13) avait, dés 1615, proposé rappltcation de la mpenr à 1» mécanique; mais n n'^ avait vu qu'un iiiovi u d'c-lovcr do Teau daus on tube, qa*ttDe machine d'i puî-nmcnt. Dfti:^ P;i|iln fil If «liVi-if vn trouvant 1c moyen de transrormer Ce moteur spécial eu moteur universel, par Tiuvcution de la machine à, piston. C'est à lui qu'appartiennent également le moyen défaire rapidement le vide dans le corps de pompe et la comUnaison entre t'aolion de la force élastique île la vapeur et la pfO> priét(' iiu'a l.i vaiH ur ili' si- coiiflonst r par rofroidissemeut. Établi quelque temps à Londres et uomuu-, en 1681, membre de la Société Royale anglaise jiar l'appui de lîuyie, puis émigré dcfinitivcmcut après la révocation et fixé en ÂUeniagne, comme profoseeur de mathématiques à runiversité de Harpurg, il publia les principes essen> ttels de sa découverte, en 1690, dans le recueil scientifique si connu sous le titfe des Actes de Leipzij;. Les essais dr: l'Ariijlais Savfry, sur l'appTicitiiMi dos mômes principes, sont postérieurs de huit ans (lG9Uj, et Deuis l'apin restera dans la chaioe des inventeurs Tanneau essentiel entre Salomon de Caux, qui couva le premier germe de l'idée, et James Watt, qui Pappliquu sur une éclielle immense et la fit régner sur le mondf imbistrict . — V. .So'i e ,< u //* machines à vapeur, par M. F. Ar.i<^t>, ap. Annuaire du bureau d«t Longitudei po tr l'an 1837. — liuygeu^a et Uocujer, qui uvaieut para adopter la Ffuio» pour patrie» la quittèrent vers le même lemp:» que Pupiu et en partie par des raisons analogues. Lear gloire et leur qualité d'étrange» les eussent préservés de la persécntion; mais le i^oor de Paris lenr était devenu trop l»éiiiblo,
2. Cucn, par exemple i V. Noailles, t. II, chap. iv. Tours perd sa ruUaucrie.
(l«Sft.t«88J P£RT£S DE LA FRANCE. PAPIN. 6t
qui Êusaient leur prospérité, et ces branches voot reprendre ncîne de Tautre côté des frontières. Ainsi tombe , pour ne pins se relever, la chapellerie normande, déjà souffrante par suite des rèj;lejiiLiiis qui entravent le commerce des pelleteries au CaïutLld. D'autres brandies, en plus grand nombi o , ne disparaissent pas entièrement, mais voient surj^ir une coiicurience redoutable sur quelque terre étrangère, où tiles étaient restées jusqu'alors inconnues ; ce sont autant de débouchés qui se ierment , autant de marchés perdus pour notre exportation, naguère si florissante. Un faubourg de Londres ( Spitatields) se peuple de nos ouvriers en soieries émigrés de Lyon et de la Touraine, qui perdent les trois quarts de leurs métiers*; la fabrique des soieries tnxh çatses s*éUibiit aussi en Hollande, avec la papeterie, la drape^ rie, etc. Une foule ^'industries sont transplantées dans le Brandebourg, et vingt mille Français vont porter les arts les plus raffinés (Jl la i ivilisatioii aii\ ^rub:5ières populations clair-semées jin iiii les sables et les sapins de cette triple contrée. I.es réfugiés li.itiçais paient l'hospitalité de 1 eieeteur Frédéric en préparant les hautes destinées de Berlin, (jui n'est encore, à leur arrivée, qu'une petite ville de douze ou tiuinze mille âmes, et qui, dès lors, prend un essor qui ne doit plus s'arrêter K Gomme les Hébreux après la chute de Jérusalem, les exilés huguenots se répandent dans le monde entier ; il en est qui vont porter la culture du lin et du chanvre en Islande; d'autres, conduits par un neveu de Duquesne, fondent une petite colonie au Gap de Bonne-Espérance. La France s'appauvrit , noa pas seulement des Français qui
1. La TovraJM tombe de 8,000 méticm à 1,200 s Lyon, de 18,000 à 4,000 envir
ron. CorresponHance admiui.^lrnlire sr)us Lmii^ XIV, pttbliée par G. A. DeppiQg, «p. Oocwnaifl IfU'dlfl, t. III, Intr-^urti^n, p. MX.
2. Le Grand-Èlccteur prit à 15 puur 100 lea capiuux dc^ léfugifii, et <l(inua aux eoloBB français on iroUTerneur particulier. La provlnoe de Hollande lea cxemptA
tousimpôls, ctU-nr ri>sura des secoure viagers jusqu'i'i concurrence de 100,000 florins. Amsterdam seule leur constitua en outre 80,000 florins do rfnto»; les autres provinces et les autri:.s villes, à proportion. En Angleterre, Jacques II lui-même, picseé par Topinion publique, n'oea refuser d'ajouter, au molnt en apparence, quelques secours officiels aux secours bien plus abondants deepnrfcionliers; mais il eut la perfidie, lai papùJr, de pn'tt'ndro le> a>:iuj«!ttir h acheter, par une adh(^«ion à l'épi- SGopat hérétique d'Angleterre, le morceau de pain qu'il leur olFrait et qu'il» refusé» rent. De ce c6té, la fortune àllolt IncntAt changer à ravaotuge des réfugies. Vi La Martiaitre, t. IV, p. S53, et Ifec-Aulaj.
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s'exilent, mais de ceux, bien plus nomhri'uw qui restent nial^rré eux, découragés, ruinés, soit qu'ils résistent ouvertement à la persécution , soit qu'ils se laissent an*acher quelques actes cxtérieui*s de catholicisme, les uns et les autres n'ayant plus ni ardeur au travail , ni sécurité daus la vie ; c'est réellement l'activité de plus d'un million d'hommes que perd la France, et du million qui produisait le plus.
La grande entreprise, le miracle du rè^, est donc avortée; le nouveau temple que Louis a prétendu élever à Tunité , croule en sortant de terre, et ne laisse qu'un précipice ouvert à la place de ses fondations. Tout ce que le pouvoir qui régit la France a tenté depuis un siècle dans le sens de l'unité nationale , civile et territoriale , a ^glorieusement rtussi ; dès que le pouvoir sort de ce doinanie légitime de l'unité pour envaliir le domaine de la conscience et de l'individuaiité humaine, il suscite devant lui des obstacles insurmontables ; il se compromet dans des luttes où il est également funeste de vaincre et d'être vaincu, et porte le premier coup à la grandeur de la France. Quel contraste entre la prétention de Louis à ne pouvoir se tromper ni être trompé, à tout voir, à tout faire, et les illusions dont on Ta entouré sur la facilité du succès et sur les moyens employés! Le néant du pouvoir absolu et du gouvernement d'tm seul est ainsi révélé sous le règne même du Grand Rot !
Un an s'est h peine écoulé depuis la révocation y que le voile est déjd LU partie déchiré ; riuiaillible monarque, pour la iiremière fois priil-èlrc, hésite, se trouble, lait quehjues pas en arrière. Louvul^ ne peut fermer tout accès aux rumeurs du dehors, et rinlhienee puissante qui avait aidé Louvois auprès du' roi, quant au principe de la révocation, ne le seconde plus dans les questions d'application. Madame de Maintenon , aliénée de Louvois par ressentiment personnel, s'eu éloigne également par opinion. Mal disposée naguère pour Colb^ et pour Seignelai , elle s*est rapprochée peu à peu de la famille du grand ministre ; la conformité de goût pour la dévotion et pour la régularité Ta liée avec les filles de Golbert, avec les duchesses de Gbevreuse et de Beauviliiers ; elle pousse les maris et soutient le ft^re de ces deux daines auprès du roi. A cette société rigide, dont i'épicuricD
(IftM) LA RÉVOCATION ÉGIIOUK. 66
Scignelai subU |ioUtiqucment les maximes, so ratlachrnt ri'vt^que de Châlons, Nouilles , forl opposé de seulimeiib à son frère le gomerncur de Languedoc, Tcx- intendant dWgiiesseau et le jeune. chef de la mission de Poitou » le brillant abl)6 de Féncion. Tous ces nouveaux aïois et conseiller)» de madame de Maintenon soBt contcaires an système d*in(iui8ition et de persécution, soit par humanité, soit par patriotisme, soit surtout, quant au plus grand nombre, par esprit janséniste et horreur des sacrilèges qu'on impose aux mauoais convertis. Quelques évôquesdu Midî, se sôpaïaut généreusement de la })luparl de leurs confrères, ont protesté dans le luùmv seii» et refusé de se concerter, eux et leurs curés, avec les intendants et les chefs militaires, pour es[)ionner et tyraiioiâer les nouveaux c^tlwUques Sur divers points, d'après le témoignage de «Foucault, les anciens catholiques refusent également de dénoncer les assemblées s^rètes des nouveaux convertis. Sladame de Maintenon commence à s*efîrayer de ce qu*on a fait, de ce qu'elle a contribué à faire faire ; elle qui avait , dans sa propre famille, dérqbé, enlevé des enfants à leurs pères pour les convertir, elle écrit qu'elle n'aime plus « à se charger envers Dieu ni devant le roi de toutes ces conversions-là^ i » elle (end à revenir à ses sentiments uatui els de niodéi'ation et à rt [)i (>n(li e, l)our ainsi dire, son niveau. Dès 108(3, d'Aguesseau adresse au roi im nouveau mémoire contre la contrainte matérielle exercée sur \es nouveaux convertis. Le H octobre lOSG, des instructions du roi aux gouverneurs et intendants défendent de forcer les
nouveaux coavçrUs à fréquenter les églises et à recevoir lés sacrements, et prescrivent de fermer les yeux sur les refus d*extréme-onctîon , à moins qu'il n'y ait eu scandale. Le roi veut
qu'on s'en repose sur le zèle des curés et des missionnaires. H ordonne qu'on relire peu a [h:u et sans bruit les gardes des eôtt»s et des truntières , à cause du picjudice ronsidéraî)le que cette surveillance riguurcuse a causé au commerce. Ainsi la pensée d'imposer .^'inquisition à la France a fait rougir Louis XIV, et il
1. V. la belle lettre de révôque de Sainl-Pon», Porcin f!c ^î'lTlt!r^iî^.•lI•<^, S. .Vf. d« B<ittâers; ap. Noaillts, t. Il, p. 491. — Le eardhial Le Carau«>, i;véqu« tir^iioble,
^.^.^l^etUv m ourattii d« Viltette, ap. RiUhière, p. 24^^
6ê LOUIS XIV. tlttS-lMt]
a senti , sans vouloir en convenir , Thorreur du système qui fait di la France une î?eAle, d'où il est défendu de s'échapper sous peine des galères. Sun orgueil et ses convictions étroilenienl associés no lui perniiUenl jkis d'abandonner le but, mais ils recule devant les moyens. Il ne Ncut pas remettre en liberté les hérétiques obstinés qui encombrent les prisons et les bancs des mineurs, et qui se hâteraient d'aller réconforter leurs coreligfiomiaires et débaïu^er les convertis; il en déporte un certain nombre aux Antilles, d*où beaucoup s*échappenl et gagnent les Ues anglaises ; il bannit la plupart des autres, spH individuellement, soit par troui)es, en retenant leurs biens, sans édit, sans forme légale. Quelques-uns restent en prison (1687-1688]
Pendant ce temps, les instructions du roi sur les nouveaux catlioliques, si secrètes qu'elles soient, ont bicii vite transpiré; les prétendus convertis prolilent aussitôt du relâchement de l'autorité pour cesser tontes pratiques calliolirpies , et les intendants poussent de nouveaux cris vers la cour, qui leur interdit les ogueurs salutaires, la contrainte un peu plus que morale, comme dit euphémicpiement Foucault. Silùt qu'on voit la frontièi'e ouverte , l'éniigration s'y précipite avec une nouvelle impé* tuosité. Louvois, mêlant parfois la légèreté à si^ cruelle violence, amiit dit que, s*il était permis de s'en aller, tout le monde resterait Les protestants se hâtent au contraire de mettre à profit cette (kcilité momentanée^ Alors le roi , irrité , fait rétabUr les pardcs i)ar mer et par terre. Les assembles reparaissent. Quelqjies-unes essaient de résister nu\ (Irnirons. On les dissipe par ^ la force; puis rrvicnnenl les e\écutiuns ; ceux înémes qui n*ont pas résisté sont condamnés aux galères. La conduite du gouvernement ne présente plus que variations et qu'inconséquences, qu'alternatives inex[)iicables d'indulgence et de cruauté. A partir de i688,ia grandeur des événements extérieurs absorbe le roi dans d*aiutres préoccupations et lui ôte le loisir do chercher à se roconnailtfe et à reprendre un plan régulier quant à Textinction des restes de l*hirèsie. Cette confusion se prolonge durant une période de dix années.
1. Mém. de Foucault, t. II, p. 325. — éHt d» iVoïKn, t V, Ihr. xxm, xxiv.
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