‹ Historie De FranceChapitre 21 sur 168 · OSCILLATIONS DU ROI · texte numérisé non relu

OSCILLATIONS DU ROI

Tandis que Louis faisait de la deslruclion du calvinisme sou grand intérêt et tournait contre ses sujets, contre la France, tout Tcffort de sa puissance, la situation générale de l'Europe s*était co!isidérablement modifiée. Le contrecoup de la révocation , la fermentation causée par les récits, par l'aspect émouvant des ftigitifs» des nuartyrs protesfimts» avaient abattu en Hollande le parti de Talliance française, ranimé, dans toute leur ardeur, les haines de 1672 et rendu au prince d'Orange toute sa prépondérance sur le gouvemément des ProWnces*Unies. Sur ces entrefaites , les affaires de l'empereur et de l'Empire se rétablissaient. La canipa^uc de 1G85 avait été tout à l'avantage des Impériaux : Eperies et Neuliausd étant retombés au pouvoir des généraux de l'empereur et le sera^ker Glieitain-lluahiui, en voulant recouvrer Strigonie, ayant perdu une halaillo contre le duc de Lorraine et rélecleur de Bavière, les Turcs s'en prirent à Tékéli; cet illustre chef hongrois fut enlevé par sur[)rise et conduit prisonnier à Gonstantinople, comme accusé de trahison : il parvint à se justifier auprès du sultan et fut renvoyé honorablement en Hongrie ; mais sa mise en liberté ne répara point le mal qu'avait £ût son arrestation ; la plupart de ses amis et de ses lieutenants, indignés contre les Turcs, avaient traité avec l'empereur et livré Gascbau (Gassovie) et beaucoup d'autres places de la Haute-Hongrie au duc de Lorraine ' . L'Allemagne , encouragée , relevait la tête et commençait à ludiiiiester son impatience de la pression

1. Deux prinecs du mog de France, tes prince* de Coati et de la Boche-anr-Yon, iffiient fkil la OuniMigne de 1689 oooime yolODUûmi dans rarmée iropt-riale, sans CD avoir obtenu rautorisation du roi, qui leur sut très-ninnva;> •^n' de ce zèlo intetupestif contre les iufidiUi. Ces deux princes avaient été accompagnés par uo jcouc bomrae de gronde naisjiancc, qui, ne trouvant pas de oarrière omreita en Fmiee, allait en efaerdier one à la oonr et daae les' armées de Vempereiir. CAtalt Eogèiie

de Savoie-Soi»8on-i, fil> (l'un jinnce d'une branche c.iil«^ltc de Savoie et pctit-ncvcii, par sa mère, thi oanliiial .Ma^ariii. Sa mère était cette spirituelle et intrigante comtesse de boissons, Olympe Maiiuini, si influente sur la jeune cour pendant les |n«mtèree année» de Louis XIV. Elle avait peida ranûtié dn rel pour l'avoir voulu brouiller avec I-a VaUièrc; paie, en lrt80, elle s'était trouvée impliqiu'e >hiis ia fameuse nfl^irc des poiton^ qni compromit tant de personnes de la preniiéro qualité. Louis crut lui accorder une faveur en lui permettant de quitter la France. Sa éitgfk^ y^aUlii sur sa fkmUle; eoa phia }eaM fils, Euf^ «n'en appelsU reèW i» Ssede pane qtfil avait été d'abord destiné à l'église, ayaDt demande une compagnie an roi, essuya on refus. Ce refus devait coûter «lier à L«uis et à ta France,

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que Ih France exerçait sur elle. L'Allemagne ùuùi convaincue que la* trôve ne la, protégerait pas mieux que n*avait fait la paix, contre les envahissements du Grand Roi ; elle s'exagérait même à cet égard l'ambition présente de Louis, et quelques nouveaux empiétements opérés sur une petite échelle et comme par habitude eussent suOtl à la confirmer d^ns sa pensée de défiance et de colère , quand môme une grave question Veût pas été posée en ce moment entre TEnipirc et la maison de France.

Lï'lortoin [lalatiii était mort le 15 mai 1685 et, avec lui, avait fini t ctti" Ijr.uiche palatine de Bavière, qui avait joué un si grand rnlf dans l'histoire politique et religieuse de l'Allemagne depuis le \vi« siècle. Le duc de Neubourg, chef de la hranche la plus voisine, catljolique ot l»( ;iu-]>ère de remj)ereur, s'cHait aussitôt mis en possession de lleidelbcrg et de réiectorat. Louis XIV réclama une i^art de l'héritage pour sa belle-sœur, Madame, duchesse d'Orléans, sœur du défunt électeur. Madame avait renoncé par contrat de mariage aux biens féodaux, mais non point aux biens allodiaux de sa famille, et le gouvernement français revendiquait pour elle, à ce titre, tout le mobilier de la maison palatine, jusqu'à rartillerie qui garnissait les places, et une grande partie des biens fonds. Cette prétention souleva une vive agitation dans tout l'Empire; mais, celte fois, Louis XIV ne procéda point, comme à l'ordinaire , par voie de fait; au lieu de se faire justice à lui-même, il s'en reniil au jugement du pape: c'él<nl une avance très-marquée à Innocent XI, qui l'en roniercia en même temps que de la révocation , mais qui n'en devint pas plus bienveillant pour lui. Le nouveau Palatin et Temiyereur, qui était intervenu comme juge souvei aindu différend, n'acceptèrent point d*abord cet arbitrage. Louis menaça. Le Palatin consentît à Tarbitrage. Louis, à son tour, différa d*envoyer à Rome, et le délwt traîna en longueur, gtfce a^ préoccupations que donnait au rot U destruction de Théi^sie. Mieux eût valu » après tout, faire la guerre à l'étranger qu'aux consciences de ses sujets et travailler à faire céder à sa bcllc-sœur le Palaùnat cis-rhénan

1. Loois Tertwiuiaait spéctaleiiMDt ponv n Mie-samr le dncM àe Simmeren et \v cornu} de Spaoheim. V. Umiers, HUt, âê Loiri» XtV, t. IV, p. IM, mir te contrat d« Madame.

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qu*à pousser dans la ruine ou dans l'exil un million de Français.

Le renouvellement de la guerre générale était bien diflicile à éviter. Louis ne fit, par cette longanimité inattendue, que donner à ses ennemis le temps de se rapprocher et de s'entendre. Un ¥Bste mouvement diplomatique s'opérait contre la France d*un bout de TEurope à l'autre. La révocation avait excité une vive irritation dans tous les étaCs protestants» que leur propre intolérance ne mettait pourtant guère en droit de fiiire des reproches à Louis XIV. En ce moment môme, les états luthériens ne recevaient jias sans quelque (liriiculté les réfugiés cnlvinisles fi, (lau> certaines contrées, leur refusaient le culte piiMic et leur fermaient les corpuralKHis. Tous, ce[)endiint , Intliériens et calvinistes, étaient ralliés dans un même sentiment par la concordance des événements de France et d'Angleterre : ils y voyaient un complot tramé entre Louis XIV et Jacques II pouf la destruction générale du protestantisme, lacques II, n'ayant pu obtenir Je concours de son parlement pour l'abolition du Test, rétablissement d'une armée permanente et la suspension de Vhabeas corpus^ avait résolu de s*en passer; il avait prorogé le parlement (tto> vembre 1685) et fait décider par la haute cour de justice (cour du banc du roi), que le roi pouvait dispenser des lois pénales et par conséquent ne pas tenii- ( omptedes exclusions fondées sur l.i li.ii du T'si. Il iniroiluisait les catlioli^iues [lartout, jusque dans le conseil \n'ï\c, autorisait les couvents à s'étaMic dans Londres et envoyait avec éclat tm ainhassndenr à Rome. Les i)roteslani.> croyaient à juste titre reconnaifre là les conseils de Louis XiV et des jésuites, et pensaient même la liaison des deux rois plus intime qu'elle ne Tétait réellement. Les états catholiques cependant ne savaient aucun gré à Louis de ce qui courrouçait les hèréîiquet, et Louis, en achevant de s'aliéner les anciens amis de la France , n'avait à espérer aucune compensation du côté de ses anciens adversaires. Chez les deux grands gouvernements catholiques, TAutriche et l'Espagne, Tanimosité politique était aussi forte que pouvait Tétre Tanlmosité religieuse cheï les réformés. Quant au pape, les coups portés à l'hérésie ne lui faisaient pas oublier « les alternats faits en France contre la soumission due à l'église romaine. » On avait plus d'anli[>athie à Home

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pour les auteurs (h^ la Déclaration de 1G82 que pour les calvinistes. Le ressealiment dont Louis XIV était Tobjet rejaillissait jusque sur Jacques II, qu^on eût voulu voir s'uiiir à l'Empire et à TEspagne contre la France, et ces dispositions devaient bientdi produire des combinaisons politiques plus surprenantes encore que n'avait été ralliance de TEspagne et de la Hollande.

Les menées du prince d*Orange , secondées avec ardeur par le nouvel électeur palatin , alx>utircnt à de grands résultats. L'évident affikiblissement que la révocation allait causer à la France encourageait tous les ennemis de Louis XIW ; on sentait là Téquivalcnt de celle persécution des j)roteslanls hongrois, que Louis hii-ntôme avait bi hieii e\}iluilée conlie l'Auliiclie. Dès le comnieuccinent de 1G86, la Uuliaudc et la Suède reiiousclerent leurs anciens traités défensifs janvier 1686;. La Suède et le Biaudebourg, naguère livaux acharnés, contractèrent un pacte de défense mutuelle le 10 février. Par un article secret, les deux parties s'engagèrent à défendre la liberté de conscience et la paix de religion contre les fléaux qui pouvaient enrahir l'Ëmpire c après d'autres contrées Toisincs ». On comptait, pour cette défense, sur le concours de Tempcretir et des catboUques eux-mêmes. On comptait sur rAutriche et la Bavière pour défendre le traité de Westphalie contre la France. Quel déplorable renversement de la politique ! Un traité secret fut conclu ensuite, le 7 mai , entre Tempereur et l'électeur de Brandebourg. Le llrand Electeur, pendant quelfpies années, avait ijcnclic vers la 1 laun», sans avoir pourtant de>sein , autant qu\m peut le prcsunier, d'uhserver bien fidèlement ses mystérieux engageuieuis eiivei s Louis XIV. L'empereur et les Provinces-Cnies ayant repaie quelques griefs qu'il avait contre eux, Tintérét de l'Eaipirc, suitout Tintérèt du | i utestantisme, l'entraînèrent, et, comme dans la guerre de Hollande , il montra l'exemple aux autres princes. Son pacte avec Léopold fut fondé sur € la nécessité de s*unir pour éviter à l'Empire de nouvelles pertes pareilles à celles qu*il avait subies par ses divisions intestines, par les coupables intelligences de quelques-uns de ses membres avec l'étranger, et surtout par la fraude et la violence de ses ennemis extérieurs. » Le môme danger pouvant reuuilrc a l'occasion de lu succession palaUae, l'empereur et

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l'électeur s'alliaient pour vingt ans afin de faire respecter la paix de Wesiphalie et la Irôve de Ratisbonne. L'ornprrcur et rélecteur s'encadraient à défendre, par les derniers efforts, tout membre de rfimpire attaqué sous prétexte de réunion ou de dépendants ; si rélecteur, palatin était attaqué, Femperear fournirait pour n défense douze mille hommes, et Télecteur de Brandebourg hait mille.

Le 9 juillet 1686 , un second pacte secret fut signé à Au8gboui|f entre rcmpercur ; les rois d'Espagne et de Suède , comme membres de rEmjjire, l'électeur de Bavière, les cercles de Bavière et de Franconie, les princes de la maison de Saxe et les princes et états du Haut-Rhin et du Westerwaldt. Le gouvernement espagnol venaif <'rirore une fois découcher la tète devant la France, à propos d'un démêlé commercial et embrassait avec passion Tes* poir d'obtenir enfin cette vengeance qui lui échappait toujours.

Par cet acte, le chef et les membres de l'Empire s'unissent jusqu'à rentier établissement de k sûreté publique, fondée sur Tobseration des traités de Westphalie et de Niroëgue et de la trèn de Ratisbonne. l^ms le cas où un des associés serait menacé, Fem* pereur se charge d'avertir tous les autres qu'ils se tienneiit prêts à fidremardier leurs troupes ausecomrs dei'alUéenpéril.Sirattaque a lieu , tous les alliés s'assembleront pour arrêter les moyens de conliamclic i agresseur à se désister el à réparer le douunage

1. Les ré^lemenU et los prohibitions no pouvant prévaloir contre la force des choses, depuis !a ruiiio de l'industrip espagnole, CK^pagne et sci colontca achetaient au dâiiun» W» luarvhandiaes «ju elles ne prodaisaient plu», et, faute d'ubjeti» d'échange, les payaient presque exeliiwTeiMot «vce For et l'argent d'Amérique. Freeque tout le oommerce des Indes-Oeddentiiles était passé entre les mains des Hollandais, des Anjrlais et des Français, auxquels les armalouts do l'adix î^i rvaient de coniniissîono&ires, l'accès direct dans les colonies étant interdit aux ctraogers. Les Français ébûent iatéreeiii daot ce oommeioe pour 30 4 40 millions. Le gouMmement espagnol, les 4e lutter sans succès oontre la oontoebaiide, avait fini par aoeorder respotw tttion des métaoT pr<^i ieiix , moyennant certaines restriciions et une forte tixe appelée induU. Ces conditions furent appliquées avec partialité an détriment des Frençais, qu'on von de toute» manières, tandis qu'on fiivoriaait les HoUandiUs et les Anglais. Ea 1685, on saisit en Amérique, soaa prétexte de contravention, 000,000 écus appartf-nant aux ii/ffociants français. Louis XIV ftivnya une rseadre bloquer Cadix, doux galions furent enlevés. Le cabinet de Madrid, crui|;uant de pluH grandes pertc«, remboursa les ÔOO.OOO écus. V. P. Clément, U Goutemmmt de Lnnàù A7K, p. 17S. — De Sonrdiea, H* 89. La jeune raine, Marle< Louise d'Orléans, avait offert toutes jMs pkrrsriet pour M paiement, aSn d'empêcher te renonvetteoent da la guerre.

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qu'il aura fait. Les alliés resteront unis et emploieront toutes leurs forces jusqu'à ce que le but soit atteint. Chacun des alliés doit secourir les places exposées aux invasions : si quelqu*un d*eux n'est point en état de le foire, l'association y pourrolra. Chacun procorera Tavantage de Vautre et la sûreté de tous. L'association s'oblige à mettre sur pied soixante mille comlMttants, sur lesquels l'empereur en fournira seize mille, l'électeur de Bavière , huit mille , le roi d'Espagne , pour le cercle de Bourgogne, six mille. Ces troupes seront fréquemment exercées et astreintes à eamper tous les ans quelques semaines. Une caisse commune sera établie h Francfort. Chacun des alliés aui-a ses magasins. L'empereur aura la direction suprême des opérations militaires ; l'électeur de Bavière commandera l'armée. Les puis^ sances étrangères pourront être admises dans l'association par l'empereur. On s'engage d'abord pour trois ans: si la sûreté publique est^ d'ici là, suffisamment garantie, l'association désar* mera ; sinon elle sera prorogée. Tout diCférend entre les alliés sera décidé à l'amiable. Aucun des alliés ne pourra négoc ier séparénit nt avee Tennemi une lois déi laié; rien ne se fera ni ne se conclura que d'un tonscnlemenl uii inime.

L'électeur palatin, qui se trouvait le plus directement intéressé au traité, y adhéra le 2 septembre; le duc de Holstein-Gottorp en fit autant le 7 *.

Tels furent les premiers actes de la célèbre Ligue d'Augsooui^g. Les principes qu'elle posa furent d'abord purement défensifs; mais son principal instigateur, le prince d'Orange , espérait bien en tirer d'autres conséquences. Il n'essaya i)as de rattacber surle-champ la Hollande h la ligue de l'Empire : les États-Généraux eussent encore lîésilé à laire une déiuarche aussi décisive, sans provocation di' la pail de Louis XIV; d'ailleurs, Guillaume avait à l éservcr son iritlucnce sui" la Hollande poui' un ;julre dessein, et la Ligue d'Augsbourg n'était, dans sa pensée, qu'une puissante diversion qu'il se ménageait.

Louis XIV ne fut informé des con?entions d'Augsbourg qu'au bout de deux mois, et fort imparfaitement : il crut le traité plus

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