Î688] AFFAIRE DE COLOGNE
Fiij*stenberg : elle avait mis en avaiil le jeune grince Clément, frère de l'électeur de Bavière. Clément de Bavière n'avait ni Tâgc, ni les autres conditions requises : le pape lui accorda des dispenses et un bref d'éligibilité. Le chapitre de Cologne procéda, le 19 juillet t k l'élection du nouvel archevêque. Les constitutions de réleetorat de Cologne établissaient que le candidat qui était déjà attaché à (juclquc anli e ])énérice devait réunir les deux tiers des voix, seize sur vins-t-fiiiafre, pour élre élu irrévocablement; s'il n'avait que la siiupic majorité, il devait s'adresser au pape par voie de postulation. Ffirstenherg avait voulu lever cet obstacle en se démettant de Févéclié de Strasbourg, mais le pape lui en avait refusé la permission. Si toutes les voix qui l'avaient appelé à la coadjutorerie lui étaient restées fidèles, il aurait eu les deux tiers des suOVages et eût passé, en dépit du saint -[lère ; mais les lettres de change hollandaises avaient contre-balancé les louis de France et détourné dcuv ou trois voix : Fursleuber^^ n'en avait eu que quatorze coiitie rit'uf données à Clément de Rnière. La majorité du chapitre résolut néanmoins de soutenir son choix et de considérer l'autorisation donnée antérieurement par le pape à Furslenbcrg, d'être k la fois évéque de Strasbourg et chanoine de Cologne, ' comme un équivalent du bref d'éligibilité. Louis XIV signiAa, par ses ambassadeurs à Ratisbonnc, à la Haie, à Bruxelles, qu'il maintiendrait l'arcfaevéque élu et le chapitre de Cologne dans leurs droits envers et contre tous, et prévint le gouverneur des Pays-Bas e.itholiqucs qu'il entrerait eîi Hel^^ique si les llullandais entraient >uv les terres de Cologne pour suiilenir le prinee Clénieul. Déjà des troupes françaises étaient passées au service de Furstenbei g et occupaient en son nom la plupart des places de Félectorat La capitale, cependant , en vertu de ses droits de ville libre et impériale, se maintenait sans garnison, et son attitude était hostile à la France. A Liège, Fûrstenberg essuya un échec complet : le ressentiment de la population, naguère si durement traitée, avait gagné le chapitre. Le protégé de Louis XÏV fut écarté et Ton choisit pour prince- évéque un gentilhoniiiu du pays, qui ue rendit pourtant pas aux. Liégeois leurs libertés détruites
1. ÛEucrt» de Lmii» XIV, i. VI, p. 4. — Abrégé Oe D«lgeal^ t. 1«S p. 331. — • XIV, «
Louis n'avait phift rien à ménager; il était certain que le pape, non content de repousser Fûrstenbcrg, allait proclamer le prinee dénient, Télu de la minorité. Le 6 septembre, le roi éclata contre Innocent XI par un manifeste sous forme de lettre adressée au cardinal d*Estrées, chargé des intérêts de la France dans le sacré collège. D*£strée8 eut ordre de communiquer la lettre au saintpère et à tous les cardinaux. Klle était fort rude. Louis déciarail avoir perdu toute espérance de i-amener Innocent aux sentiments de père commun et d'obtenir de lui aucune justice. « Il y a beau- € coup d'apparence , disait- il, que la conduite du pape va causer « une guerre gt-nérale dans la clirrtientL'. C'est une conduite qui « donne au prince d'Orang'^ la hardi' ssc de faire tout ce qui peut « marquer un dessein formé d aller attaquer le roi d'Angleterre dans « son propre royaume, et de prendre pour prétexte d'une entreprise si e hardie, le maintien de la religion protestante ^ ou plutôt l'extirpation ndela catholique. Je ne puis plus rcconnoltre le pape pour médlac teur des contestations qu*a fait naître la succession palatine ; je « saurai bien faire rendre à ma belle-sœur la justice qui lui est « due, par les moyens que Dieu m*a mis en main... et je contic nuerai à donner au cardinal de Fûrstcnbei-g et au cliapitre de « Cologne toute la protection dont ils pourront avoir besoin. » Il ajoutait que, si son allié le duc de Panne n'était immédiatement remis en i)os?ession dès ducbcs du Castro et de lUincij^lioue, que le saint-siége diticrait toujours de lui rcslilucr de|)U!s le traité de Pise, les troupes françaises entreraient en Italie, et Avignon serait saisi
Le pape répondit en proclamant Clément de Bavière archevêque de Cologne et en exconmmniant lei)ariemeat de Paris et lavocatgénéral Talon. Le 20 septembre» le procureur- général réitéra l'appel au futur concile de tout ce que ferait le saint -père contre les droits de la couronne; il déclara en même temps, t suivant Texprès commandement du roi, que Tintention de Sa Majesté étoit de demeurer iuvlolablement attachée au saint -siège, comme au
Mém., dtt comte iTAvux, t. TI, p. 207. — Mtm. de madame de La Fayette, ap.
Collect. Michaud, 3« série, t. VIII, p. 2U. — Mém. de SainUHilaiip. t. T", p. 376, — Protestation de< chanoines de Cologne, dana Dnmont, t. YUt 2* part., p. lia, 1. 1^ xMartitiiere, t. IV, p. 3^1.
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centre de l'unité de l'Église <. » La politique prudente de'Bossuet l'emportait sur Tambition de l'archevêque de Paris et sur l'ardeur du parlement. Louis XIV s'était décidé , en rompant avec le pape, à éviter toute apparence de schisme avec le sainl-siége. Vingtsix évéques présents à Paris approuvèrent respectueusement, le 27 septembre, « l.i s.if^e conduile de Sa Majesté. » L'université joignit son appel à celui du parlement. Le 7 octobre, les troupes françaises occu{)érent Avignon sans plus de résistance qu'en 1663.
Le parti pris par Innocent XI dans l'affaire de Cologne devait avoir de graves conséquences, et il y avmt longtemps que la pa* pauté n'avait pesé d'un tel poids dans la balance politique de l'Europe; mais ce ne fut pas au profit du catholicisme, car, en portant un coup très-sensible à Louis XIV, Innoeenl XI servit très-eflicaceiiient la cause de la réluruie, t|ui tuueliait à une crise décisive. Le reproche adressé par Louis au pape, d'enhardir le prince d'Orange à attaquer le roi d'Angleterre, était bien fondé, et il est fort probable que la Hollande, si elle eût vu la France maîtresse, par Farstenberg, de l'électorat de Cologne, n'eût point osé seconder les desseins de Guillaume. Le saint père aplanit les voies & la révolution antijxipiste qui se pi épurait en Angleterre. Il en était venu à négocier secrètement avec le prince d'Orange et à promettre de coulribuer à la solde de raniiéc impériale, que le prince, à ee que croyait Innocent, coinmanrlerail sur le lUiin contre les Français^. Tout le monde connaît le mot par lequel un contemporain caractérisa la situation : t Pour le repus de l'Europe , il faudrait que le roi d'Angleterre se fit protestant et le saint père catholique. » Innocent était en quelque sorte plus ultramontain que catholique ; sa seule excuse , peu avantageuse à son Intelligence, c'est quMl était le seul à ne pas voir ce que voyait toute l'Europe, ce que préparaient les protestants et ce que les puissances catho- Uques de la Ligue étaient résolues d'aeceptei", sinon d'aider.
L'aspect de l'Angleterre était bien changé depuis la fin de 1G85. Le mouvement royaliste, étendu, bruyant et superficiel, qui avait soutenu Charles U contre les wliigs et Jacques II lui-même, à sou avènement, contre Monmouth, s'était arrêté aux premières me-