‹ Historie De FranceChapitre 30 sur 168 · Mém. de U'Avaux, t. VI, p · texte numérisé non relu

Mém. de U'Avaux, t. VI, p

Digitizeu Ly ^oogle

que le roi de Franco, comme le roi d'Anglelcrn', lïit aveuglé par la Providence. Aucune escadre n'av.iit éià armée dans les porls françiiis. La llolte proirsiante alla descendre, le 15 novembre, à Torbay, sur la côle du Devonshirc.

Louis XIV ne trouva rien de mieux à faire ijue de lancer une déclaration de guerre contre les Provinccs-L nies (2G novembre). Ge fut une nouvelle faute ; car la Hollande, tout en attaquant indirectement le système du Grand Roi , hésitait encore à entrer en lutte ouverte avec lui ; elle avait répondu à ses violences par une modération et une bonne foi exemplaires , s'était d*abord contentée d'interdire rentrée des marcbandîsés françaises jusqu*& la levée de l'embargo en France * , et ne s'était enfin décidée à délivrer des lettres de marque à ses corsaires que sur les agressions réitérées des armateurs français. Autant il eût été utile et décisif de l'attaquer au mois de septembre ou d'octobre*, autant il était maintenant superflu de lui déclarer une guerre qu'on n'avait nulle intention de j)orter sur son territoire. Couunc Jacques II vciiail de proelanior qu'il ne voulait de secours que celui de ses sujets ^, Louis ne motiva poirjt sa décl;ir;ilion sur l'expédition de Guillaume, mais sur rintervention des lioilandais dans les affaires de Colo^^nc contre son protégé Fûrstenbcrg.

Jacques II , enfin arraché à son infatuation par le manifeste de son gendre et par les symptômes menaçants qui éclataient de toutes parts en Angleterre , avait accumulé les concessions depuis quelques semaines pour tâcher de désarmer le ressentiment de ses sujets ; il avait réclamé les avis et les secours des évéques anglicans persécutés par lui ; il avait rendu aux villes, aux corporations, leurs chartes supprimées, réinstallé les officiers, les magistrats destitués pour leur attachement au leit» enfin , éloigné de son conseil son mauvais génie , le jésuite Pètre. Il était trop tard. Les évéques s'excusèrent de se prononcer contre le prince d'Orange. L'armée ne montrait pas des dispositions plus rassurantes que le clergé: malgré sa grande supériorité uuuiéiique,

' 1. Nw-Mtttomm» on ftvail lalti 1m naTiras hoUandafs, nid* on ftrgalt In matetot»

à entrer au service du roi et à se faire catholiques.

2. D'Avaux, t. VI, p. 355. A In vérité, .lacques dit en partieuHt r tmu le contraire à raïubawadeur frao^^ai^ Bahllon et flt un urdif ap^ à l'arj^ut et aux vaisseaux de Loob XIY. — JMr. de SeinUUlbUre, IV, 34.

Digitizeo Ly ^oogle

ami RÉVOLIJTiO£i,D*AMGLETLliRE. 97

Jacques n'osa to.iiieQer sur4io<hatnp aa combat, comme Louis XIV le lui avait conseillé. Ses favoris, ses généraux conspiraient contre lui : Kirke, no^^uère le sanguinaire instrument de ses vengeances, Churchill, frère de sa maîtresse, qui devait être le &meux duc

de Marlborough , tontèrent de le livrer h Guillaume. Vaincu sans combat, il mit la Taiiusc eiitie ronncmi et ses troupes déiuonilisces. Sa seconde fille, Anne Stuart, et le priiice (jcorges de Danemark^ mari d'Anne, rabandonnèrenl et rejoignirent Guillaume. De sinistres nouvelles arrivaient de tous les points do l'Angleterre. Les personnes les plus considérables se ralliaient en foule au prince d'Orange. L'université d'Oxford , oubliant sa déclaration en ûiveur de l'obéissance passive, avait pris parti pour Guillaume. Une association formidable s'organisait pour atteindre le but énoncé dans le manifeste du prince et pour venger sa mort s*0 périssait dans Tentreprise. EnPm de grandes assemblées populaires proclamaient le droit de résistance armée , attendu que € le roi qui met sa volonté ^ la place de la loi est un tyran» et qu'on est contre lui dan& le cas de légitime défense. Le malheureux monarque n'était plus en état « d'être un tyran ». Sur l'avis d'un conseil de |iairs réuni à la liàte, il annonça la convocation du parlement à bref délai, une unmistie «!l l'i iivoi de commissaires pour s'entendre avec le prince d'Orange (10 décembre). Les conditions posées par Guillaume aux commissaires de Jacques furent : la destitution de tous les officiers et magistrats papistes ; la remise de la Tour de Londres aux magistrats municipaux; la remise de Portsmouth à une personne choisie d'un commun accord ; l'armée du prince serait entretenue aux frais de i'£tat; pendant la tenue du parlement, les deux armées resteraient à égale distance de la capitale, et Jacques et Guillaume pourraient séjouraer à Londres avec le même nombre de gardes (IB décembre).

Avant d'avoir reçu cette réponse , Jacques s'était arrêté à un parti désespéré ; l'apparente modération de Guillaume ne fit que le confirmer dans sa résolution. 11 pensa que son gendre visait h le faire déposer par b' parlement ménre qu'il aurait convoqué. Il fil partir la reine sous un déj^insenient, avec le petit prince de Galles, et les envoya eu France ; puis il s'apprêta à les suivre, xiv. ♦ 7

98 LOL IS X I V. (1688-16891

Il licencia son armée, briMa les ordonnances préparées pour ia convocation du parlement, jeta daas la Tamise le sceau de TÉtat et quitta Londres de nuit en barque, avec un seul compognon. n fut arrêté près de Sbeemess par des bateaux pteheun qui croisaient à Tembouchure de la Tamise pour infercepter les jésuites et les papistes fugitifs. H resta là quelques jours prisonnier. Son malheur sembla éveiller quelque pitié dans la population. Les pairs présents à Londres, qui, à la nouvelle de sa fuite, s*étaient formés en gouvernement provisoire, le firent remettre en liberté. Il se décida à retourner à Londres (26 décembre), où il fut assez bien accueilli , et invita Guillaume à une conlcrence ; celui-ci refusa , i'd entrer l'avant-frarde de ses Hollandais dans la eapilale et, tant en son nom qu'au nom despnirs d'Angleterre, invita le roi à (luilter Londres. Jacques ublinl de se retirer à Roeliester. Ni les niauisti'afs de Londres, ni le banc des évéques n'avaient voulu répondre de la personne <in roi, qui oCfrait de se remettre sous leur garde. Jacques revint alors à ses projets de fuite. C'était tout ce que demandait Guillaume. Le prince n*épargna rien pour redoubler les frayeurs de son beaupère. Jacques s*évada do nouveau ; personne ne l'arrêta cette fois et un bateau pécheur le déposa, le 4 janvier 1689, à Ambleteuse, sur la côte de Picardie. Il avait laissé, en partant, une déclaration, oii il annonçait que, ne pouvant se fier en aucune foçon au prince d*Orange, il se retirait pour revenir quand la nation ouvrirait les yeux sur les prétextes dont on s'était servi pour ia li-fiiiqier.

.I;i( (|Mes 11 arriva le 7 janvier à Saint-Germain , oii Louis XIV ral(cnd;iil et le i'e(;iil à bras ouverts. Louis installa le nionai'que fiigilil, avec sa l'euiuie et son lils , dans cette résidence ro\ aie; il pcKH'vut il leurs besoins avec magnificence et les mil ^ mémo de tenir une espèce de cour. I^ouis renferma dans le secret de son ûuie les sentiments que lui faisaient éprouver le terrible échec de sa politique et la conduite de son triste allié ; mais les courtisans et les Parisiens furent moins généreux et témoignèrent peu de considération à ce roi bigot, libeilin et ci*uei, tombé si honteusement du tréne *. Louis s*étaît complé-

1. » Vuila un buuhonune qui a quitté trois ruyaaroea pour une messe disait «le

Digitizeo lj vjOOgle

[im) FUITE DE JACQUES IL M

terncnl abusé et sur les n ^sources de Jacques ÏT et sur l'élat de TAngleterre : il avait cru à une guerre civile prolongée qui lui donnerait le temps d'intervenir à sa convenance , et il voyait le roi d'Angleterre chassé sans coup férir * par l'abandon presque unanime de son peuple plus que par la force matéri^el chuta moins tragi(iue,mai8 plus extraordinaire et d*une signification pins profonde encore que le supplice de Charles I*' !

La cliute de Jacques II fut pour le f;énie de l'Angleterre rottasion de la manifestation la plus décisive par laquelle il se soit révélé dans l'histoire. La révolution de 1 G 'tO avait 'reçu, au moins un moment, de la secte enthousiaste dcsladéyen l.nits quelque chose d*idéal, de théorique, d'absolu, étranger à l'esprit anglais: dans la révolution de 1688, ce fut bien le génie de l'Angleterre qui agit selon ses tendances propres et qui imprima son cachet original.

A la nouvelle de la fuite du roi , les pairs d'Angleterre , comme ,

gardiens héréditaires des iuU'riMs nationaux, invitèrent le prince d'Orange à se charger du gouvernement jusqu'à la réunion d'une Conoentivii nationale {Convent^ , terme emprunté à l'Écosse pour désigner un parlement extraordniairc convoqué par nécessité en dehors des formes. Les pairs invitèrent le prince à convoquer la Convention. Guillatune, ne se jugeant pas suffisamment autorisé, réunit les anciens députés qui avaient siégé aux communes sous Charles II, avec le corps municipal de Londres, et se fit confirmer, par cette assemblée , la délégation conférée par les pairs (5 janvier 1689). Il convoqua, aussitôt après, la Convention, qui s'ouvrit le 1'"' lévrier.

Trois pariib s'étaient dessinés pendant les élections : les whigs, les tories et les royalistes purs , qu'on nomma plus tard jacobiles. Geu.x-d eussent souhaité qu'on rappelât le roi , moyennant piranlies pour la religion protestante et poiu* les libertés publiques. La faiblesse de ce parfi ne lui permit pas de jouer aucun rôle

lui, avec plus liesfrit que de conveuauce, rarchevéque de Reims Le Tel lier. — Jacques déclan aux jésuites de la rue SaiaV Antoine qn*il était affilié à leur société « «e qvi ne le laleva pas beaacimp aux yeux des Parisiens.

l . n y eut quelques petite» eT^caraiottehes dans les provinces^ vais pss un coup Ua noQsqoet à Londres ai aux eiiviroos.

ICO LOUIS XIV. [1G891

dans la Convention et l'obligea de se fondre dans les tories, qui demandaient qu*on interdit rexcrcicc de la souveraineté à Jacques n, comme s'élant montré incapable de régner, mais qu'on luilaiss&t le titre de roi, inainissible , selon eux, et qu*on établit une régence* Les whigs, enfin, prétendaient que le roi fût déclaré déchu et le trdne vacant. Les tories avaient la minorité dans la chambre des lords; les whigs dans la chambre des communes, où affluèrent les presbytériens \ Parmi les whigs, ceux qui voulaient porter le moins d'atteintes possible à la monarchie* étalent d'avis qu'en écartant le rui et son lils contesté, on transférât la couronne à l'héritière présomptive , à la princesse d'Orange : d'autres proposiiient d'adjuger la cuuroiuie par élection à Guillaume; le plusgrand nombre voulaient Guillaume et sa femme; quelques-uns, c'étaient les lepublicains logiciens, entendaient que Jaefpies (ùl déposé juridiquement, que le gouvernement anglais fût déclare dissous et que la notion procédât à constituer un gouvernement nouveau. Guillaume, apfôs avoir laissé les questions s'engager, * intervint en déclarant à quelques-ans des chefs de partis qu*il n*acceptemit ni la régence sous la royauté nominale de son beau-père, ni Tadministration du royaume sous la royauté de sa fèmme; que , s'il n*était appelé à régner de son chef et pour toute sa vie , il s'en retournerait en Hollande et ne se mêlerait plus des afiaires de la Grande-firetagne. L'effet fut décisif. Les communes, ne voulant pas suivre la logi(|ue rigoureuse des républicains et l'aire le procès au roi , déclarèrent (pie Jacques il avait rompu le cuntral Qri'jind et abdique [)ar sa dései'lion; qu'en ( <>iisé([iienrc le tronc était vaeant. Elles i»osèrcut eu principe (pruii |)apistene pouvait être appelé à régner sur l'Angleterre protestante. Les lords refusèrent d'abord d'admettre que le trône fiU vacant; puis, sous la pression des conununes et surtout de l'opinion publique, la majorité se déplaça dans la chambre haute, et la déclaration de vacance passa, malgré les etïorts de la plupart des évéques;* on écarta la question controversée de la légi-

1. nn« qmtriAuM opinion était celle de certains juriacuiu>ulte.4, qui prétendaient qno r^nilhittiM ligoAt pAt dnit du con^M; il va «ans dire qu'où ne 1» prit pu au

ac lieux.

8. C'étaieni ino]n$ d«a whigs purs qu'une petilo fractioa détaehéa d« Wriaa,

Digitizeo Ly ^oogle

116891 BILL DES DnOir& 101

limité du prince de Galles,- comme si cet enfent n'eût .point existé. Ces deux fictions admises, à savoir, l'abdication du pére et la non -existence du fils, on adopta un moyen terme

entre ceux qui voulaient transmettre Vhér'iia^e à la fllle aînée et ceux qui prétendaient élire Guill.iiiinc, c'esl-à-dirc entre la rovanté hc'îrédil.iire et la royauté élective. Guillaume et Marie furent déclarés, par indivis, roi et reine d'Ansrleterre , l'administration étant, toutefois, à Guillaume seul; après le dernier mourant des deux , s'il ne restait pas d*enfants de leur mariage , la couronne passerait à la sœur cadette de Marie, à la princesse Anne. On changea ensuite la formule du serment de fidélité au roi , qui régnait, était-il dit, < en vertu de son droit eiàes lois de rÉtat. » Maïs, à cette formule de la souveraineté monarchique , on ne substitua pas celle de la souveraineté nationale : on se contenta de faire jurer fuUlit>': au roi et à la reine^ sans énoncer d'où procédait leur droit h la couronne. Î/Ân^rlcterre sembla fonder ainsi un gouvi rnemeiit de pur lait et de nécessité»

La royauté reconstituée , on songea aux garanties contre Tabus du pouvoir royal; le 23 février, le parlement arrêta le fameux bittda droits, qui annulait le prétendu droit que la royauté s'était arrogé de suspendre arbitrairement l'exécution des lois et de dispenser les particuliers de se conformer aux lois; interdisait l'érection de toute commission extraordinaire, ecclésiastique ou autre; déclarait illégale toute levée d'impôt non autorisée par le parlement; consacrait le droit de pétition; autorisait tout Anglais protestant à posséder des armes pour sa défense; interdisait au roi d'entretenir une armée en temps de paix, sans l'aveu du parlement; déclarait les membres du parlement inviolables quant à leurs discours et à leurs votes; proclamait la liberté des élections ; prescrivait la fréquente convocation des parlements, etc.

Le même jour, les deux chambres allèrent en corps offrir la couronne à Guillaume et à Marie , arrivée de la veille dans le palais d'où son époux avait chassé son père. Le couronnement eut lieu le 21 avril» selon le cérémonial du moyen fi^c. On \)rO' clama Guillaume et Marie roi et reine d'Angleterre, de France et d'Irlande , suivant la formule qui rappelait les vieilles prétentions ensevelies dans la tombe des Plantagenets. Le nouveau roi prit le

m LOUIS XIV. [HN]

nom de GuîUaume-TVois, qui faisait de lai l'héritier des deux premiers rois normands, des deux Guillaumes. On avait donc

tout fait pour conserver les formes en changeant le fond et i>our i]ue rot immense clianj^^oment eût le moins possible l'apjiarence d'un*' n volntîon. droit inamissible des rois, tm! pnVlié par l'église aiigiirane d'acrord avec le gallicanisme d»* liossuet, était aboli , mais on ne le dit pas tout haut; !o droit do la nation était réalisé, mais on ne le proclama point, en sorte que ré(|uivoque put se prolonger indéfiniment el qno lo jiarli du passé put vivre de cette équivoque jusqu'à nos jours. Et cependant, en fait, c'était bien , sous tous ces voiles , la souYcraineté du peuple qui venait de se lever contre la monarchie de Louis XIV et contre le droit divm deBossuet*.

La Convention d*Écosse imita la Convention d'Angleterre et proclama Guilhiume et Marie le 21 avril.

La révolution anglaise de 1640 n'avait guère été pour le continent qu'un spectacle extraordhiaîre, presque aussi étranger aux intérêts du reste de la chrétienté que les catastrophes du sérail. La révolution de 1G88, an ( onlrairo, remua toute l'Kuropc; mais sa portée, quant à la polilique inférieure des étals, si elle fut comprise d'un petit nombre d'csprils spéculatifs, ne fut pas ce qui préocenpa les pcupb^s el les ^jouvernemenls; les nations protestantes saluèrent, dans ce grand événement, la résistance victorieuse de leur religion ; la maison d'Autriche y vit une première défaite pour son formidable ermemi et fit peu d'attention à l'atteinte qu'avaient reçue les principes sur lesquels reposait sa propre puissance: TAngleterre conquise à la Ligue d'Augsbourg, voilà ce qui fermait les yeux sur tout le reste; la pensée de la lutte contre le roi de France étoufliiit toute autre pensée chez les gouvernements comme chez les peuples et , dans l'opinion des peuples, lutter contre Louis XIV, c'était lutter contre la monar^ chic univei-selle, contre la destruction des nationalités*.

1. Buniet'S fli^lory of hu O'rn f/fif, vol. II!. — llulUC, G:,i!!iinn' i! .l/:n>. — L*

Ilode, t. IV. — Rapin-Thoiras, t. X, 1. xxiv ; XI, 1. xxv. — Mac-Auiaj, ch. ix-X.

2. T. le curieux onvnge de Gitgorio Letl, La Mmar^ unlDfnene dé Inuâ SIV (16B0|, où il cherche à établir comment il fauiranveieerlft monarchie <1l I.uui> XIV

rt cmiPCrTer la Fmnce, n<^coss?»ire à rt'i|iiiri)r«» euroyi^en. — V. auiisi les réponses du pa{»Ë et de l'empereur aux plaiutcs de Jucquc<i ii, dans les Sléin. de Saint-Uilaire^

Page 1