‹ Historie De FranceChapitre 94 sur 168 · muain d$ Bmit, 1 IV, p · texte numérisé non relu

muain d$ Bmit, 1 IV, p

2^ y. noire t. XII, p. 73 et soirantes.

[17001 BOSSIKT ET LES MISSIONN.\IlU:.S. 297

fondre les religions étrangères dans le christianisme et en al,ti* rant les païens par les analogies au lieu de les saisir violemment par les différences des dogmes, comipe avaient fait le plus souvent jusque-là les prédicateurs de FÉvangile. Dans l'Inde, on avait eu à

leui" reprocher de faire à la relifjion des castes certaines concessions contraires à réîralité chrétien iii^ ; leur conduite à la Chine souleva contre eux de bien plus violentes incriminations de la part des autres missionnaires, lazaristes et dominicains , qui suscitèrent à oe sujet un grand procès à Rome; mais ici, le seul crime des jésuites fût d*avoir trop tôt raison , en tendance , sinon dans les détails. Frappés de la pureté des maximes de Confucins et du rapport que la doctrine de ce lè-xlslaleui- avait avec la loi de Moise, Us avaient autorise Icuis néophvtps clnnDis à coniiniKTde jn i mh-e part aux cérémonies que célèbrent les lettrés en inémoire de Confucius, ainsi qu^aux rites pieux des familles chinoises en IMmnneur des ancêtres. Leurs relations sur les traditions de la Chine avaient vivement remué les esprits en Europe. Le théologien protestant Basnage parle, d'après eux, de Yantique église des Chinois; en 1700, les jésuites français Lecomte et Le Gobien avancent nettement ijue la fîhine a conservé près de deux mi lie ans le culte du vrai bien sans mélange; que la Chine a eu ses sainLs et ses io^irés de Dieu, et que l'empereur de la Chine, dont ils sollicitent la protection, ne doit pas considérer la religion chrétienne comme mie religion étrangère , puisqu'elle est la même, dans ses prîndpes essentiels / ipie Tancienne croyance des sages et des premiers empereurs chinois. Sur ces entrefaites, rorientalistc anjrlais Hyde avait publié, sur la religion de Zoroaslre, un livre qui donnait des conclusions à peu près pareilles puur la Perse, et un docleur de Sorbonne, appelé Coulau, prétendait, de son côté, établir par rËcriture même que les Perses avaient connu le vrai Dieu et n'avaient quitté son culte qu'après avoir été subjugués par Alexandre. Ainsi , de toutes parts , le progrès de la science histo* riquc et des relations internationales ébranle le vieil antanfonismc qui posait la religion de Dieu en face des relierions du diiihle, le vrai absolu devant le faux absolu. Une large voie s'ouvre, qui con- ^luii, non point à. un vague déisme négatif, mais à la religion uûvcrseiie et toujours vivante , dont les dogmes fondamentaux ,

m LOUIS XIV. (1700]

innés dans Tesprit humain, sont la Iwniin qai édairé tout homme venant en ce monde *.

Bossuet, rbomme du dogme HroU, éclate alors indignattoncontre ceux qui donnent à Vhiaoire unîveneUe d'autres bases que les siennes et qui Tentent que les Juifs n'aient pas été le seul peuple de Dieu, et que tout le reste des nations, que tous les Gwv tils, n'aionl pas ctt* livivs à ridolàtrie. La Sorbonne, à la majorité de ll i vuix conUu 40 , condaiTine la Chino dans la personne des deux jésuites; le dortonr Coulau l'ail amende lionoralile pour la Perse, cl Uoine, à sou lour, prohibo la tolérance accordée par les uiissionnaiivs ;uix cérémonies cbirutises 1<^? jésuites, trop soutenus là où ils nuisaient aux proj^rès du gem»' lunnain, sont contrariés et paralysés là où ils le servaient avec intelligence et courage; le christianisme, florissant à la Chine tant qu'il s'y était montré large o! ( injiréhcnsif, y est proscrit TiolemiDeut dès qu'on le ju^e exclusif et insociable, et le grand œuvre delà synthèse religieuse, repoussé par les chefs de l'ÊgUse, est rejeté dans un avenir inconnu.

Après ses combats contre le protestantlsnM, contre rultramonttnisme» contre la nouvelle critique sacrée, et avant la lutte contre ceux qui voulaient recevoir les Oeiails dans YAneienno AUtanee, Bossuet «vait encore eu à poursuivre une autre doctrine , le mysticisme, à combattre un autre adversaire, le plus grand, le plus éclatant de tous , Leibnir excepté , et le seul qui , dans l'église ca- Iholique, fût capable d'être le rival de l'aigle de Meaux^On a déjà nommé Fénelon ! Fénelon domine moralement la lin du grand règne , ainsi que l^ossuet en a dominé tout le rest»? ; mais il domine comme une protesl.ilion vivante; pailic ijtanl de deux ftpres opposés l'uià à l'autre, il est à la l'ois le dernier génie du \sn siecie et le premier du xvui*. Entre Bossuet et lui, la lutte ne s'engage directement que sur un seul point, mais elle est indirecte sur bien d'autres.

Fénelon nous est apparu déjà en plus d'une occasion. Il est temps de nous arrêter un peu plus à loisir devant cette noble et

1. Mtm. chronQlogiqve» el diigmaliiiuet^ i. IV, p. 16». — HalUm, HUt. de ta LUléro' hm dt fEmropt, t. IT, «. 61 — Bsnitet, f/itf. d§ Bmm«I^ t. IV. — Totttit«, Slidê de Loui» XtV, ch. xzxix.

nmy BOSSU ET et fénelon. m

toiicliiinlt' liîrnr \ une des plus pures et des i)lus aiuu'esqui soient restées gravées dans le cœur de la France. On a pu réagir contre fiossuei et mêler Thostilité à une admiration forcée envers cette grande mémoire; mais aucune secte, aucun parti n*a jamais eu le courage d*é(re hostile au souvenir de Fénelon : tous l'ont const- (léré comme appartenant à l'humanité tout entière.

Rappeler l'impression que produisait le premier aspect de Fénelon, c'est raconter I^'énelon tout entier. Jainu|s liouune ne s'est plus complètement révélé par sa pliysioaomie. Les belles proportions de ses grands traits et de toute sa personne, le feu de ses jeux tempéré par une douceur incomparable, sa bouche sérieuse et souriante, qui 8*entr*ouvre conuite pour laisser son âme se répandre sur tout ce qui l'entoure, exercent autour de lui une fédiicti 11 presque irrésistible, inspirent aux bomines une syrapaliuc entraînante, aux leiiuncs un attrait elia^le et passionné qui ue semble point appartenir à ce monde. Dn sent que, chez cette nature tendre, le cœur a hérité de tout ce qui a été ravi aux sens par les serments du prêtre ; mais ce n*est pDmt ici la victoire désespérée de Pascal : le combat contre la nature n'a laissé que de faibles traces sur cette radieuse pbysionomîe; à peine un reste de mélancolie méle-t-il «juclque ombie à la joie sereine qui y respire. Spino/a, lui, n'avait connu que par l'austère inteîlig'encc la joie de l'àme qui possède Dieu; Fénelon la connaît par le sentiment, et ce n*est pas cette lumière sans cbaleur de l'évidence ratbnnelle» mais toute la flamme de Tamour divin, qui fait rayonner son visage et qui illiunine ses discours. De lé^ le charme égal de sa figure et de sa parole. On est ému avant qu'il ait ouvert la bouche : on est ravi, fasciné, quand il a parlé. Qu'il paiie ou qu'il écrive, le même flot barinomcux et intarissable s'épanche sans effort d'un cœur que rien ne saurait épuiser.

On a souvent comparé V aigle de Mcaujc et le q^gne de Cambraù L'un impose, l'autre attendrit; Tun inspire la crainte de Dieu, Tautre, la oonfiance en Dieu; Fun, tout en repoussant l'esprit sectaire des jansénistes, a adhéré à la dure morale de Port-Royal ; l'autre, non moins au lU ssus du soupçon quant à ses mœurs propres, enseigne des maximes moins sombres; il n'a pas cette haine de la vie présente : il ne dit |)as, comme Pascal, que le moi est

aoo. Loiiis xrv. [ib78j

haïss^ihlo ; H v(*iTt qu'on so snijporlo soi-miMnc, roiiiiiic on supporte le prochain ; qu'on proportionne les pratiques de piété aux forces du corps; il blÂme Faustérité chagrine, la crainte excessive de goûter la joie innocente et les plaisirs permis ; il vent qu'on sache retrouver Dieu dans les douceurs de Vamltié, dans les beautés de la nature et de Tart « Élargissez ?otre ccBor 1 0 8*écrie4-il. Tout respire en lui cette plénitude et cette heureuse harmonie de la vie que les poètes du moyen âge exprimaient par ce beau mot de Hnse et qu'ils ne séparaient pas de U yaiHance et de la vertu. Jamais la voie large du christianisme n'avait trouvé un tel apôtre

Dans un autre ordre d*idées, Bossuet, génie demi-hébreu, demiromain, qui rappenèles grands organisateurs latins de Téglised^Occident, est surtout l'homme de l'ordre extérieur, de la rè^lc, de rininiiiable uriilé. Fénelon, Pespril à la fois le plus évangéliquc et le plus hellénique du xvii» siècle, ot qui sriuhlr un Péroirrec élevé h l'école d'Athènes, est, dans les iiniifes de s;i foi, l'Iionnne delà spontanéité, du mouvement, de la ii))ei-té. Le sentiment, qui s'inmiole si volontiers h autrui, es! prèciséirient en nous le principe de la personnalité; pour se dévouer, il faut se sentir puissamment, il faut être soi.

.Sous le rapport de l'art, Bossuet et Fénelon olTrent Tétemelle dualité de la force et de la grâcfe : l'un est Michel-An;:c, mais un Michel-Ange plus serein et plus antique; l'autre est Raphaël; l'un est Corneille, l'autre est Racine.

Né, en 16S1, d'une noble finnllle du Périgord* et dirigé par ses parents, dès l'enfance, vers la profession ecclésiastique, Fénelon rêva d'abord de se consacrer aux missions du Canada , par zèle évangâique, puis aux missions du Levant, par dévotion à la patrie d'Homère au moins autant qu'à rimitatjon des apùtres. Au lieu des infidèles à convertir, on lui donna les NùvmUes Calholiques (congrégation de protestantes converties) à maintenir dans la foi (1678). Fixé à Paris par cet emploi, il fut bientôt apprécié des hommes les pluséminents de l'Église et do la cour, et lia surtout une étroite amitié avec le duc de Beauviliicrs. fieauvilliers, iatel-

1. Y. notr* t. Xin, p. 4SS; — OBwm de Fénelon, t. II} Lettru i^'AmUm, p. 2S0, 299, 301 ; édit. LflCbfra; 1838.

9, Les SalagniA on siilijpiao da La Mothe-Fénelon.

lli7S*1686t FËNELON. 301

ligence undiocre, mais àinc excellente, subit pour toute sa vie un ascendant qu'il aiuiait trop pour jamais chercher à s'y soustruire. Fénclon, à son tour, subit longtemps Vinfluence de Bossuet; la gloire du grand évâque l'attiniit et Boesuet répondait à son admiration passionnée par une haute estime et par un intérêt presque paternel. L'originalité du génie de Fénelon était néanmoins trop forte pour se laisser altérer par cette influence. Il y eut là, pour le jeune aljbé, une diz^iine d'années paisibles et fécondes en admirables travaux pluiosopbiques, religieux et littéraires. Lies Dialogues sur V Éloquence^ qui ne furent publiés qu'après sa mort, sont un des chefs-d'œuvre de Testhétique. U s*y montre déjà esprit novateur et systématique. L'éclat de Télo* quence contemporaine ne Téhlouit pas; il nie que cette éloquence aiiprise par cœur et ri;^^oureusenient nK'lhodi(|ue, telle que la (ii atiij lient Bourdaioih' cl ses émules ' , sou la véritable éloquence selon l'art dei> anciens et selon les besoins moraux du cbristlanisine. Il voudrait Téloquence parlée et non l'éloquence èoriie . la vérité semble ici dans une sorte de milieu; quoi qu'il en soit^ les remarques et les avis qui rempliss^t ses Dialogues sont un ti'ésor pour les orateurs. On reconnaît , dans les Dialogues, deux tendances morales très-diverses. D'une part, Fénelon trouve chez les pridicatcurs trop de peintures de mœurs^ trop de raisonnements pliilosopiuques cl i)as assez de dogme ni d'enseigut-inent évan;^'c'lique, et, chose bien singulière chez lui, il veut qu'on s'attache à' la lettre de l'^riture et non au sens spirituel. D'une autre part, il montre une intelltgenoe et une admiration profondes de l'antiquité. Qui a jamais exi)liqué comme lui la supériorité de l'éloquence antique! «Chez les Grecs, dit-il, tout dépendait du peuple, et le peuple dépendait de la parole - «. C'est dans d'autres écrits qu'oFi voit plus clairement ce qui le rattache aux anciens, l'amour (le la nature; il comprend ce que La Fontaine sentait d'instinct et|t'en appelle toujotu*s dans les arts au sentiment et à la nature.

G*est aussi au sentiment et à la nature qu'il en appelle dans la première partie de sa grande œuvre de philosophie religieuse, le TniU de l'Existence de^ Dieu. 11 admet pleinement la démonstration

1. Bosâuet est pour lui en !chi r> et aa-dessusde Mtl0COn|niT«rmB. ». (Buwru de Fénelon, t. IV, p. 469, 490.

302 LOI IS XIV. [1678-1 r,86)

cartésienne de Dieu par la raison pure ; mais il juge celte sorte de preuve trop abstraite pour la [iluparl des hoiiinics", incapables des opérations purement intellecluelies et habitués à dépendre de leur imagination. Il reprend donc, pom: commencer, à Pusage du grand nombre, la démonstration da créateur par l'ordre et la beauté de la création; il remonte peu à peu du monde visible au monde invisible, sans jamais o.ublter quMl écrit pour les simples et pour la foule; il prépare son lecteur par degrés à m ordre de preuves supérieur et ûmt par le jeter en pleine métaphysif^uc. Cette métaphysique, comme celle de Bossuet dans le'TraUè de la Connaissance de Dieu et de Sot^hney est tonte cartésienne; on remarque surtout un beau développement de la théorie des idées : les idées de l'esprit afiinnéi's universelles, éternelles et iniinuables; ridée de rinfini antérieure ;i celle du fini ' ; l'idée de l'unilé présentée comme innée, aljM>luin< nt étrangèi e au\ sens [ce qu'il déiuoulrc parfaitement), et comme une [treuve de Dieu. Il est Irès-net sur le libre arbitre, repousse formellement le ditrrminisme et établit fortement la volonté propre et non nécessitée. Il réfute eudn Tatomisme épicurien et y fait voir une doctrine fondée, sans aucune métliod > sur des suppositions arbitraires.

La seconde partie du Traité est purement métaphysique : elle se divise en deux grands chapitres, dont Tun développe, par la méthode de Descartes, la preuve de la réalité de Dieu par Tidée même de Dieu; l'autre réfute Spinoza et expose les idées propres de l'auteur sur la nature divine. La réfutation ne porte pas à fond sur la conception de Dieu selon Spinoza; car, ce que Fénelon réfùte, c'est l'idée suivant laquelle Dieu ne serait que la collection des êtres, et cette idée n'est {kis celle de Spinoza. C'est bien au contraire, à la conception des êtres particuliers selon Spinoza qu'il s'alt:ique, en niant qu'on pni>se c(>nee\oir des inodes en Dieu et en établissant que ees prétendus modes soiit des êtres créés de Dieu, mais qui ne modilienl point Dieu. Du reste, ou ictrduvc elle/ lui tout ce «qu'il y a de vrai eliez Spinoza, et même (juelque chose de plus tpie le vrai, quant au mépris de tout ce qui est relatif et, par conséquent , des êtres particuliers et de leur néant.

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