Ced «<t égaleioent d^nquiré. par L«ibni
[1<79-16M| TUÉODICÉB DE PÉNELON. 303
n accorde que Dieu est, (.'niiuenuuenf et d'une nutnière iiarlaile, tout ce qu'il y a de réel et de positif dans les êti rs qui existent et . tout ce qu'il y a de positif dans les essences des êtres qui pourraient exister; le propre des êtres particuliers n*est que la limite, que rimperfection qui resserre Têtre. U y a en Dieu, une infinité ^archétypes qui représentent tous les degrés possibles de Tètre et qu'il réalise hors de lui dans la création. Nous voyous en Dieu ceux de ces archéty[)es ou êtres généraux que Dieu nous a rendus capables de connaître, et nous voyons les êtres particuliers en eux-mêmes, par la faculté que Dieu lious donne de les concevoir et qui n*e$t pas natifreile à notre àme : notre ftme ne ooncevrait naturellement qu'eUennême et Dieu. Nous ne connaissons que deux genres ou archétypes, la pensée et Tétendue. Dieu renferme en lui ces deux genres comme tous les autres genres possibles. Si Dieu u'elait ((u'esprit, que pensée, il n'aurait aucun pouvoir sur la nature curiwnelle, étant sans raj4>ort avec ulic'. Tout cela est bien près de Spiuo/a. Tout ce que dit admiraiilement Fénelon de r&tre un, simple^ immuable, éternel, immense, ne diffère père de Spinoza que par la forme libre du sentiment substituée à la forme rigoureuse de la géométrie, et le solitaire d'Amsterdam Il Lùl pas désavoué Tinvocation qui tenninc le beau livre de Fénelon, celte aspiration ardente à ranéaiitisseuieut de toutes les idées de rapports poûr ne [dus voir qile le vrai en soi, que Dieu dans son unité et sa simplicité absolues.
Ge n'est pas dans ce Traité^ mais dans un écrit postérieur, que Péoelon 8*éloigne radicalement de Spinoza, en soiitenant la liberté de Dieu oontre Malebranche; celui-ci, avant Leibniz,» avait posé le principe de Yoptirnismc et aflirnié (jue Dieu, libre de créer ou de ne pas rréer, avait uécessaireuieut , une l'ois décidé à créer, produit le monde le plus partait possible. Fénelon répond , as ce une grande* profondeur, que, quelque degré de perfection relative^
lé II <léf\iiit rétendue en Dieu par Vimmensiié, c'est-à-dire réteudue infitiie qui ne peut être divisce ni nio^tuvo. — La dt'fuiition du cat<!'chiBD]e, d'après riicritur*» : - Dieu isi on pur esprit. veut dire seulcuieut que Dieu ft'a pas de corps; que Dieu n'«jt pas composé de parties.
2. RtMiv*, p«rc« que la perfection ateo/w n*Mt qo'cn Dieu et n'est pas commu- QÎcsble. — âb'iitfiw dt Fénelon, .t. III, p. 29; H^uMêon du %*fêin« du pèn Maif ànmehê.
30A LOUIS XIV. ffSlê-MM)
que Dieu cùl choisi pour son o'iivre, il y aurait toujours un autre degré au-dessus, les degr^'s eniiL' le néant et l'être infini étant innonibrabics. Par conséqueiil, il n'y a pas de plus parfuii cl Dieu n'a point été déterminé à créer on monde plutôt qu'un autre.
Féneloa essayait sa force, dans les sujets les plus divers, avec ime souplesse merveilleuse. Il descend, sur ces entrefaites, de ces matières sublimes à un objet plus modeste, mais dont il «vait sainement apprécié toute la portée. A cette période de sa vie appar- * tient le Traité de Védueation des fiUes, oeuvre dictée par Tamitié et composée pour aider madame de Beauvilliers à^diiiger sa jeune famille. G*élait bien au théologien du sentiment qu'il appartenait de s'occuper ainsi de la femme et de comprendre à quel point importe réducafion du sexe sur lequel reposent les mœurs sociales et la famille. 11 n'eiistait point alors de système d'éducation pour les (illes : la pln[iart , livrées à l'ignorance et au hasard par la négligence des [larenls, n'avaient guùro d'autre culture (jue les pratiques dévoles du couvent; quelques-unes, par la tendaïae palernelle et leur propre énergie, étaient élevées en hommes d'action et de science. Ni l'un ni l'autre n'était une n iHliiion nt>i jnaie aux yeux de Fénelon. 11 [^réfère l'éducation de lu lauiilie à celle du couvent : « Si les couvents sont mondains, dit-il, on s'y fait une idée trop flatteuse du momie; s'ils sont austères, on ne s'y prépare point à la vie du monde, où l'on arrive comme au grand jour en sortant d'une caverne. » Quant aux (îsmmes savantes : « U doit y avoir pour leur sexe », dit-il avec ce cbarme singulier d'expression qui lui est propre, c une f^udeur sur la scienee, presque aussi délicate que celle qui luspire l'borreur du vice ». S'il n'accorde pas tout h fait assez au développement intellectuel de la femme, il est admirable sur tout ce qui tient au développement moral. 0es préceptes moraux sont sévères, non de cette sévérité qui ne comprime point l'âme , mais qrtî l'élève vers l'idéal et que tempère une sorte d'atlendrissenienl particulière ù son génie. On rencontre à cljaque jKige une foule d'ohservatiohs fines et profondes, de conseils précieux, qui n'ont pas été sui'passés ni peutêtre égalés depuis
1. V. ce «tiarmaili pung* où il indique ai détintement combim l^élégtnte linplicilè dM anciins était plua favomble A la vraie beaati qne les mode» eontempo-
tlliMM») FÊNELON. D€ rÉDUGATrON. 305
C^t excellent traité est d'ailleurs en grande partie applicable aui. enfants des deux sexes. La méthode de Fénelon est tout Topposé de In rade et braltle éducation da moyen âge : tout j est douceur et raisonnement; elle plie à l'eiifimt au lien de plier ren&nt à mte règle inflexible; elle le jette , comme Mi la nature, an milieu des choses, au lieu de renfermer dans les abstractions; elle rinsfruit en se jouant, en racontant, en excitant avec art le désir naturel do connaître, en utilisant les putiLs incidents delà fie. On trouve en germe, dans l'œuvre de Ft'nelon, presque tout €6 qui a été* tenté depuis pom^ transformer l'enseignement *.
Cet ouvrage défait déeider de la destinée de Vénelon. Un antre lim, le Traité du mioMn de9 jMiSwfv, qui traite de ia transmia» lion ininterrompue du ministère'ecdéstastique depuis les apôtres, eut toutefois sur sa cnrrière une mlluence plus immédiate et lui fil confier la Ilus^io^ du Poitou, api'^s la révocation de l'Édit de Nantes (1686) : il y déploya toutes les vertus ^vangéliques et fut presque le seul missionnaire qui obtint des succès sérieux et éorables, en gagnant les cmurs de osa populations persécutées et m ne leur Imposant^pas ^antodtè les pratiques qui les choquaient Isplns. AnssMes lélés.ne mam|uèrent*iis pas- de se récrier contre sa douceur exagérée et l'éussireiii- ils , pendant quelque temps, k lui fermer l'accès aux disrnités ecclésiastiques. Cette espèce d*édipse ne fut pas de longue durée. Les amis de Fénelon grandissaient en crédit : le iUs» Isa filles , les gendres de Colbcrt étaient étroitement unis avec madame de Maintenon ; Fénelon, introduit prèsd'eUe, la charma comme il charmail tout le monde, et bientôt eUe prêta son paissant oidieonrs au duc de-Jean-villlera, nommé gouverneur du duc de liouigo|:ne, pour faire appeler Fénelon aux f^uii lions de préceptiîur du»jfuue prince (1689).
Fénelon n'avait pas brigué la mission d'élever Thérilier du trône, i^ais on ne saurait douter fu'il.ne l'eût fiorteu^olfidé^irée. Il co^'
mine*, tpà cendaîMat h êè torchatge^ et «• maiiiéMt dé pttn «n plu». — Et, dm» une tout autre ourtiAfti MB igM aviKiontra les petitM tniM^nlitionB qui août toute
la r<*li^,noQ de tant de femmes : m II ne faut jamais laisser mêler dans l:i f«'i ou dans lr> prat^jucH tie pif'té rien qui ne Roit tiré d«* rl\vn»r/ili», f>n niitAH'^t' par une approbaitoQ co?)statite de l'Église «, ctc Œuvrer de Fénelon, t. lii, p. 4ao et euiv.
I. n •omit intéremat âm le tWre dt Fénttlon «t«o le TnUté iê fÊAuce^
lion de Looke, pottéfteor de ^uëhfam «niée». Minage qvl esl, eoMM la poMtiqae de Looke, dam «ne bien meitlenre voie qne m métaphyeUiae*
306 • LOUIS XIV. [1689-I69ft]
Yaitau fond de l'âme une haute ambition» Pambltion deFliomme de bien, celle pour laquelle le pouToir est uîi instrument et non un but. Bossuet n'avait fait de la politique que pour imposer d'une façon générale et abstraite le respect de ce qui existait, et ce qui existait, e'est-à-dire la monarchie absolue, étaft pour lui ridéal m^me. Pénelon, au coniraire, débordait du besoin de nouveautés, d'améliorations pratiques, de ch.iii^Lments qui n'ûlaient pas tous, comme nn le verra, des changLMiients on avant. Fénelon n'était point isolé : on a déjà indiqué aillcuis la formation d'un groupe d'hommes qui aspiraient aux réformes, la plupart, en vue do soulager les souffrances populaires, dont ils étaient profonde nu nt pénétrés, quelques autres , par des sentiments d'une nature bien différente; ainsi, Beauvilliers et Chevreusc voulaient, sans système bien défmi, niais avec quelque tendance aristocratique, la modé^ ration^ la paix, le bien du peuple; Gatinat souhaitait les mêmes choses avec plus de lumières ; Racine appliquait aux maux de son pays cette tendresse de cœur qu*il avait versée sur tant de passions idéales; Vauban cherchait scientiûquement dans de vastes études économiques les moyens de réaliser, aux dépens d'injustes privilèges, le bien que rêvaient ses amis; le Jeune duc de SaîntpSimon représentait un principe contraire, un esprit d'opposition sourde» ment irrité contre la monarchie absolue , non parce qu'elle accablait le peu[)le , maïs parce qu'elle annulait l'influence politique de la noblesse et affaiblissait ses privilèges. Enfin , à distance et ne tenant qu'aux extrémités du groupe, apparaissaient des esprits excentri(iues , tels que Bois-Guillebert et 1 aiibé de Saint -Pierre, qui sont l'exagération de Vauban, et IloulairnillitTS, qui est l'exagération de Saint-Simon. Fénelon résumait et fondait, pour ainsi dire, en lui, ces éléuKMïls disparates (|ui faisaient, iri-Ace aux séductions de sa personne, rillusion d'tui tout iiarmnmeux.
Fénelon s'appliqua donc à préparer l'avenir par son élève, tout en s'eflbrçant d'agir sur le présent par madame de Maintenon. Ou ) r inservé les conseils qu'il lui donnait par écrit pour diriger le roi : il s'y exprime avec une franchise qui est presque de la rudesse sur le compte de Louis XIY '.tl n'y avait aucune sympa-