‹ Historie De FranceChapitre 98 sur 168 · V. u Nil «I le Cvige; (W.mre^ de F^neîon, t !I, p. 59f · texte numérisé non relu

V. u Nil «I le Cvige; (W.mre^ de F^neîon, t !I, p. 59f

2. V. les Dialogues de iocral» cl Àkxbiadt^ et de Lonotan et Laniilit.

[1689-I6iftj DIALOGUES DES MORTS, 309

Entre les rois de France» c'est Louis XII qa*ll dfre pour modèle à son élève : il est sévère jusqu*à l'excès pour Louis XI et François I*' ; entre les ministres , il accorde , on ne sait pourquoi , la

préférence à Ximenez, qui a préparé la rnine de TEspagne , sur 'Richelieu, qui a fait la gnindeLii de la France. Mazarin est trop iii iliraité '. On peut contester les jugements sur les personnes, niais non l'esprit de légalité et d'humanité qui est au fond.

Vers le môme temps pst écrite, ou du nioiiis, roniiin ncée, nue œuvre beaucoup plus < onsidérable, niais qui n'est point imiiiédiatement communiquée à Télève. Fénelon la réserre pour une époque plus avancée de la jeunesse. Cette œuvre, aussi nouvelle dans notre littérature par la forme que par le fond, est un grand poème en prose; c'est TiUmaque. Le temps eût manqué à Fénelon pour récrire en fers; mais il n'y a pas seulement ici question de temps ou de don naturel, mais quéstion de système. Ce génie, qui comprend si bien le fond de la poésie, en apprécie peu la forme nécessaire \ U déplace les bornes des arts et donne un signal de décadence par un cbef-d*cBUvre.

L'ordoimanoe du Wèmaque n'est nouTelle qu'à force d'être ancienne, car die est calquée sur Fépopée antique. Le choix du sugel est également emprunté h Homère, tant Fénelon est attiré par < cette aimable simplicité du monde naissant », qui brille dans la Grèce primitive. Le TéUmaquc est une Odyssée transformée par Platon et par le christianisme ; sa narration claire, fluide, no p* u surabondante, est cotnnie baignée de cette lumière élysécnne que Fém Idu peint avec tant de suavité.

La formation d'un roi modèle est naturellement l'idée qui remplit tout le livre. Bossuet, dans la politique de l'Écriture saiîUe^ ▼eut porter le roi au bien en l'exaltant comme l'image de Dieu, comme un dieu terrestre. Fénelon prend le procédé contraire : il montre à son élève, non pas un roi idéal, mais les rois tels

1. CmI dus on de CM JNofogtws que le mot de phUonthroptt apparaît, é nooMie

nous trompons, pour la première fois. Y. Dialogua de Socrate, Aldbiade et Timon. Il ëtiit (îipfne de Fèneîon de le créer. — La {irt^férenc* accordée par Fénelon aux Grecs sar les Komaiiia est remarquable. Boasaet eût fait ie contraire. - Les Cîrecs ont seub U gloire d'avoir lUt dea l*^ flimdanientalei pour eooduire «a peapte rar d«e prln-

C^iea pUloeophiqMa, •» Dfilogae df Sol >.'i d J- Jmtifuen.

2. V. correspondance arec La 'I ih< i i:i3 -1714)^ o^ il maDifeete M» défli couire les exigence» de la rmitîcatiuu et contre la rime.

tOUlS XIV.

qu*its sont, les rois joignant aux faiblesses «pills partagent avec les auties hommes toutes celles qui sont Tapanage particulier de leur condition; il rabat incessamment Torgueil natif du prince,

appuie avec uiio insistance opiniâtre sur les fatales conséquences du pouvoir ahsolu, de l'esprit de conquête, ne cesse de répéter que tous ne doivent pas être à un seul, mais un seul à tous, pour faire leur bonheur, etc. On a voulu nier les allusions du TéUmaque: elles y fourmillent; tout le livre n'est, pour ainsi dire» qu*aUiisions, et c'était inévitable et involontaire» Sèsoslrls, Idmènée mtout, Idomènèê, nourri dans des idées de feste et de hauteur, trop absorb('« dans le détail des affaires, négligeant l'agriculture pour s*adonncr au luxe des bâtiments, c'est Louis XIV; Tyr, c'est la îloîlande; Pruthilas, c'est Louvois; la conlition contre Idomince, c'est la ligue d'Âugsbourg; les tours des montagnes, ce sont les places du Rhin et de Belgique, c les places fortes bâties sur la terre d*autrui ». Certains discours de Mentor kidominie rappellent tout à fiiit la leUrê anonyme à Louis XIV. Par compensation, les excuses philosophiques que donne Mentor des fautes des rois, s'appliquent également à Louis. Enfin, J/f/i?or disant à Tèlémaque: c Les dieux vous demanderont plus qu'à Idoinhièe, parce que vous avez connu la vérité dès votre jeunesse* et que vous n'avez jamais été livré aux séductions d'une trop grande prospérité »; c^esi évidemment Fénelon parlant au petit*ûls du Grand Roi.

On a prétendu que le gouvernement de SaUnte n'exprimait pas sérieusement la politique de Fénelon. C'est une erreur. Saienu est l'idéal de Fénelon, l'idéal non pas exactement, niais" appr<»\i inativenieiit réalisable; nu delà de cet idéal, il a laissé apercevoir le rêve, l'utopie chimérique à ses propres yeux ; c'est plus que la république de Salon, que nous rappelions tout à rheui«« c'est la république de Bétique, c'est-à-dire la viia de tribu, avec la eoni> munauté non-seulement des terres» mais des objets mobiliers, la communauté absolue. Salenu, au contraire, c'est l^sodélé organisée, et avec plus d'inégalité et d'aristocratie, à quelques égards, qu'il n'en existait dans !a Fi-aiinj de Louis XIV, A Salcnic, les conditions sont réglées par la naissance; la hinte noblesse est au premier rang, c avant même ceux qui ont le mérite et l'autorité des emplois », lies belles actions donnent seulement un oonMien-

cément de noblesse. Les arts iK luxe tt les chansremcnls dans les habits suiU Hiierdils Tout est iv^Mé par la loi, les repas, les bAtiments, l'étendue des terres que chaque fomill»' peut posséder. Il semble diflicile de faire concorder, avec celle prohibition cnnplète du luxe et des modes, les grands encouragements que Fé- Delon voudrait donner au conunerce. C'est par la liberté qu'il entend favoriser le commerce : « Il faut que le< piiooe ne 8*eii mêle point, de peur de le g^ner ; qu'il ne le gène pas pour le tourner selon seB vues ». Ceci est trèsHnemarquable : c'est une nouvelle école économique qui commeooe. Cette opinion est partagée plus ou moins complètement par tout 'le groupe dont nous avons parlé ' (!• ni, L nn, 1. x).

Pour Téducation, il dit nettement que t les entiuits apparlien* nent moins à leurs parents qu*à la république », et doivent être élevés dans des écoles publiques' (1. xi).

Sur le culte, il réclauio au contraire vivement contre l'intervention (le l'Ktat et la i)rclehlioii dos rois à régler la religion; la décision en celle matière n'appartient iju'aux amis des du-ux (à rÉglise^ : le roi ne doit que faire res[)ccler leur jugement (1. xxn).

Le fond de sa pensée est doue uue monarchie réglée par des

1. Il réfute la maxime qui veut qae le luxe serve h nourrir les pau\Tes atix dépens des riches : les pauvres seraient bien nùeux employés a maliiplier les fruits de la l«m qu'à amollir 1m riclm m leur prépanai des instnanenta da Tolopté.— n veat qu'on réserve les splendeurs des beaux-arts pour les temples et pour les édifices publics; car il est Uten loin «le prcHjrire le? l'caut-arts comme inutiles, îni, le plus artitle des écrivains du grai^d siècle, parce qu'il eat le plus auùque ; lui qui a le premier nasaisi le lies iBttna des arts plastiques avee l'éloqaenee et la poMe, et qui 7 puisa sans cesse des images et des comparaisons.

2. Il veut la liberté ilii commerce cxtt'ricnr comme inti'riear. « Cest par un effet de la Providence que nulle terre ne porte tuut ce qui sert k la vie humaine! besoin invite tôt» lesbomnvMan ooomerce pour se donner nratoeOemeat èe qid leor manque, et oe besoin est le lien de la société eptre les nations; anirement, tons les peuples dn monde géraient ré^luit^t h iinr> <;mi1e sorte d'balùts et d'alimeota; rien ne les inviterait à s« connaître et à s'entretenir. ■>

a. n eaià obaUfear qna la fsand doelaiir dn mayva âfa, sdat Tkmua d'Aqoli, professe la même doctrine. « Ad eam qui rempublicam re^it pertinet ordinare de nntritionibus et instructionibas javenum, in qiiibus exercer! ilobeant, et quales disciplinas amisqnis<iue addiscere et osqueqaô habeat. » — V. Conirà Impi^nanUs reli fhwt On voll «Mr tfiliF a dee lésetfasà fUra aor.las deaMiiea dca th4alpglena scola-îtiques, cVst en faveur Je la famille et non de l'état, i\ qui ils donnent tout. On n'avait pas enowe inventé, dans l'intérêt da monopole ecclésiastique, la maxime qoe IVM peu U droit dtnsdgntr.

3i« LOUIS XIV. ri<M.msi

lois fixes, qui no laissent rion ;\ l'arbitraire du roi, et appuyée sur une hiérarchie fortement aristocratique, toutefois sans privilèges • de classes quant à la juridiction et aux impôts; point de cour, point de faste ni d'étiquette royale ; l'agriculture et la paix considérées comme î* s deux grands intérêts de l'État. Il ne discute pas les principes fondamentaux dans TèUmaque et n'a jamais composé de traité de philosophie politique. On voit, en comparant ses di* vers écrits avec le livre publié par son disciple Ramsay, comme résumé de ses conversations *» qu'il reconnaît que lé pouvoir temporel € vient de la communauté d^ hommes qu*on nomme nation > ; mais qn*eninème temps, il confond l'existence nécessaire et pn>videntielle de la société avec les formes que reçoit la société et dénie au j)cuplele droit de changer ces formes une foiséiabiîes, comme si elles étaient Tœuvre directe de la Providence. Le roi peut faire des concessions; le peuple n*a pas droit de les arracher ni de changer de roi. Le roi de fait n'est pas le roi de droit. Fénelon est sur ce point plus nettement légitimiste que Bossuet liiîméme. Il nie aux rois le droit de pénétrer dans la conseience de leurs sujets, et de toucher aux biens des particuliers, si ce n'est pour les nécessités publiijues.Il penche pour une monarchie tempérée par un sénat hérédiliùre quant à la législation et par la nécessité du consentement populaire quant aux inipAts li-ëe rajv prociie donc beaucoup de la constitution anglaise, mais en accordant moins au peuple.

Trop attaché encore à la monarchie pour admettre la souveraineté du peuple, il en prévoit cependant Tavénement si les rois ne s'amendent pas. a II viendra une révolution soudaine et violente, qui, loin de modérer leur autorité excessive» l'abattra sans ressource... 9

L'éducation donnée pai'l'énelon au petit-fils de Louis XIT sapait tout le système de Louis XIV. Gela no pouvait durer jusqu'au bout sans un éclat U fallait que Féneloh gàgnftt le roi ou fût brisé par lui. Les idées de paix, de modération envers l'étranger, de soulagement du peuple, avaient obtenu accès près de Louis, comme le

1. ESmoI mr U Omwtnumtnl (Ml; 1734.— On ne peut pu acMptar ce Um tant

r(^sprvc comme k pensée de Féiiclon. Ranilîiy a bien pn inteilinéter FéMiim lor quelques poiaU d'agréé ses pr^oi^és do jacobiu angUis,

nmi LOUIS XIV et fénelon. 313

prouvaient les négociations de I\ys\\ ick ; mais son esprit restait inabordable ci toute idée de réforme politique, et Ton ne pouvait, sans chimère, se flatter qu'il en fût autrement : le pouvoir absolu était devenu comme le fond même de son ôtre. Louis était déjà en déflance contre ce qui transpirait par les amis de Fénclon et par Fénelon lui-même, quoiqu'il ne parût pas soupçonner en lui l'auteur de la lettre tmofiyme. Il lui accorda une faveur qui n'était qu'un coimnencemcnt de disgrâce ; il lui donna Tarchcvêché de Cambrai (février 1G95}, quand ses amis espéraient pour lui, dans au ]irocliain avenir, l'archevêché de Paris. C'était l'éloigner de la cour pendant les trois quarts de l'amiéc. Fénelon était trop scrupuleux pour transgresser les canons qui obligeaient les évêques à résider au moins neuf mois par an. Le nouvel archevêque garda cependant le titre de précepteur et se fit suppléer par le savant et pieux abbé Fleuri auprès du jeune prince. Sur ces entrefaites, Louis voulut s'érlaircir à fond sur les idc» s de Fénelon : celte conversation lut décisive. « Je viens d'entretenir le i)lus bel esprit et «Je plus chimérique de mon royaume » Tel fut l'arrêt sans appel prononcé par le Grand Roi. Fénelon avait heurté cet esprit à la fois si net et si limité, et par ce qu'il y avait de trop vaste et par ce qu'il y avait de trop peu pratique dans ses vues*

Cet incident ne fut pourtant pas la cause directe de la chute de Féricluij. La religion et non la polilicpio fit éclater l'oraire. Ce réformateur politique n'était pas inuni> zélé pour la réforme des âmes que pour laréfoniic de la société et vcKilait atteindic Tintérieur aussi bien que l'extérieur de l'homme, mais par' un chemin tout opposé À celui qu'avaient pris les hommes de la voie étroite, Jansénius et Saint-Gyran. Le jansénisme était une espèce de rationalisme retourné contre la raison, une foi dialectique et militante, un coniijat éternel ctuitic les autres et surtout contre soi-même. Fénclon veut, en matière de piété, le senlhurni à la place, nous ne dirons pas de la raison, mais du raisonnement, la piaix dans L'ftme au lieu de la guerre, la contemplation et raÉuJdon passif à l'amour divin au lieu de Teffort inquiet et violent sur soi-même : il veut que r&me s'oublie pour Dieu et en Dieu au lieu de se haïr

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