III
La convention voulait remplacer l'église constitutionnelle par un système d'institutions constituant un nouveau culte officiel et antichrétien. Les révolutionnaires se sont servis de ces institutions pour aggraver la persécution. Ils ont fait du décadi un antidimanche, et, jusqu'au consulat, ils ont voulu imposer à la fois aux chrétiens le repos du décadi et le travail du dimanche.
Le 5 octobre 1793, la convention décrète le calendrier républicain. Les proconsuls en profitent aussitôt pour persécuter, et préludent à l'abolition de l'église constitutionnel^ par la suppression du dimanche.
Le 3 brumaire (24 octobre 1793), instruction de la convention sur le nouveau calendrier. Tous ceux qui dépendent de quelque manière du pouvoir sont tenus de chômer le décadi et de travailler le dimanche. Les autres y sont contraints par la loi des suspects. Les proconsuls prennent, en faveur du décadi, les arrêtés les plus tyranniques et les plus oppressifs.
En brumaire, le culte de la Raison est installé à Notre-Dame et dans la plupart des églises de France, avec les plus odieuses profanations, à la place du culte constitutionnel.
Il est remplacé par le culte de l'Être suprême (décret du 18 floréal, 7 mai 1794, fête du 20 prairial, 8 juin); ce culte ne survit pas à son inventeur Robespierre.
La révolution cherche vainement à inventer un nouveau culte républicain ; mais elle continue à imposer le chômage du décadi, et à faire célébrer chaque décadi une fête dans les églises.
Après le 18 fructidor, le directoire organise un véritable culte décadaire, qui donne lieu à une persécution très violente.
Il veut contraindre les constitutionnels à transférer le dimanche au décadi , et à faire de la solennité religieuse un accessoire de la fête républicaine, en attendant que cet accessoire soit supprimé. Ils s'y refusent pour la plupart, et sont persécutés; quelques-uns sont déportés.
Des ecclésiastiques offrent de solenniser également le dimanche et le décadi, mais cette transaction est rejetée.
Pour contraindre les prêtres à transférer le dimanche au décadi, de nombreuses administrations leur enlèvent les clefs des églises, et les tiennent fermées, les dimanches surtout, et ne rendent les clefs que pour le seul jour de décadi.
14 germinal an VI (3 avril 1798). Arrêté très oppressif du directoire sur le calendrier républicain et sou application aux marchés. La guerre est déclarée au maigre ; les marchés au poisson doivent être tenus les jours gras, et le marchand qui aura étalé du poisson à vendre en dehors du jour fixé, sera poursuivi; et s'il étale en vertu d'une permission, elle lui sera retirée.
Les procédés les plus tyranniques, les plus lâches, les plus odieux , sont employés pour contraindre les ouvriers et les marchands à chômer le décadi et à vendre ou travailler le dimanche. Il n'est pas permis de chômer les deux jours; il faut vendre ou travailler le jour où la religion le défend.
Les lois du 17 thermidor an VI (4 août 1798) et 23 fructidor suivant (9 septembre) confirment et développent le système de l'arrêté du 14 germinal pour tous les actes de la vie.
La loi du 13 fructidor règle les fêtes décadaires et leur livre l'église la plus grande partie de la journée du décadi.
Dans un message du 19 germinal an VII, le directoire exprime le désir d'opposer dans chaque commune de France, au culte chrétien, le culte décadaire avec un ministre spécial, « sur les débris de la superstition qu'il écraserait par ses moyens et sur son autel ».
Le premier consul déclara qu'il maintiendrait le culte décadaire, mais il annula, le 7 nivôse an VIII, les arrêtés qui fermaient les églises les autres jours que le décadi ; et, le 7 thermidor, il le réduisit à n'être plus obligatoire que pour les fonctionnaires. L'article 57 des articles organiques reprit le dimauche comme jour de repos officiel.