‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 13 sur 69 · DIS FILS DI CLOVIS. \ (M · texte numérisé non relu

DIS FILS DI CLOVIS. \ (M

lieres par les branks. L'on ne sait pas au juste par le({uel de ces deux adversaires il fut attaqué d'abord. Il \ a tout lieu de croire qu'à dater du tnoiiieiit où ils s'étaient établis en Provence, les Os- Irogotbs n'avaient point cessé d'être en guerre contre lui; mais la guerre avait été peu active, et les généraux, de Tbéodoric , en observation devant ceux de Sigismond, semblaient avoir attendu le moment favorable pour les pousser avec plus de vigueur.

Ce moment se présenta en 5i'5. Sous prétexte de venger la mort des parents de leur aïB^ie Clotilde, assassinés autrefois par l'ordre de Gondebaud , les fils de Clovis réunirent leurs troupes en un seul corps d'armée et marchèrent contre le roi Sigismond, le fils et le successeur du meurtrier*.

Le biographe contemporain de ce roi dit expressément qu'une très grande multitude de Burgondes traîtres s'associa aux Franks pour le faire périr et pour ravager les villes et les campagnes de son royaume 2, Ce biographe n'ajoute rien d'où l'on puisse conclure expressément que les fils de cette conspiration burgondienne«en faveur des Franks fussent entre les mains du clergé catholique ; mais il n'en est pas moins permis de soupçonner qu'elles

,i) /^. lib. m. 5.

(2) Cum Franci plurima Icre rogna dovaslarent Galliamin, j;enlesqueeturhesvalctcdepoiiiiiaieulur, niullilutlomaximalJiiij^oiidiomim se Francis soriavil. Vila. S. Sigism. Rej;. Tiin:;. ap. FJolland ï. Maii.

n'étaient qu'une suite ou une reprise des anciennes manœuvres ecclésiastiques par lesquelles avait été provoquée ou accélérée l'irruption des Mérovingiens dans l'intérieur de la Gaule.

Quoi qu'il en soit , Sigismond ne se livra pas sans résistance. Vaillamment secondé par son frère Godemar, homme de plus ferme résolution et meilleur guerrier que lui, il rassembla une armée avec laquelle il se présenta aussitôt qu'il put à l'ennemi; mais il fut battu et obligé de s'enfuir presque seul. Godemar fit meilleure contenance; il se retira, suivi d'une partie considérable de l'armée et en si bon ordre que les Franks n'osèrent pas l'attaquer de nouveau, et regagnèrent leurs états sans avoir conquis un pied de terre en Burgondie , mais résolus d'y revenir l'année suivante.

Sigismond vaincu s'était réfugié dans le monastère de Saint-Maurice, en Valais; il y fut arrêté par des traîtres et livré, avec sa femme et ses enfants , à Clodomire, qui les conduisit et les tint quelque temps prisonniers à Orléans*. Mais en Bi^, lorsqu'il lui fallut marcher de nouveau en Burgondie, il jugea qu'il y aurait de l'imprudence à laisser derrière lui de tels prisonniers, et il les fit tous jeter dans le puits d'un village voisin d'Orléans-.

En 5^4 la ligue franke qui poursuivait la conquête de la Burgondie n'était déjà plus celle qui

(i) GiTj;. Tuion. Ilf. G.

(2) !(/. loc. cit.

DES FILS DE Cl.OVIS. 1 o3

l'avait tentée l'année d'auparavant. Pour des laisons que l'histoire n'indique pas, Clotaire et Cliiidebert refusèrent cette fois de marcher avec Clodomire et Thierry 'auxquels échut tout le fardeau de cette campagne. L'issue en fut pire encore que celle de la précédente. Godemar, qui venait de succéder à son frère Sigismond, se porta bravement à la rencontre des Franks, et leur livra une bataille qu'il gagna et dans laquelle Clodomire fut tué^. Les témoignages ne sont pas d'accord sur les conséquences immédiates de la mort de ce roi ; il y a des historiens qui disent que les Franks, furieux de la perte de leur chef, fondirent de nouveau sur les Burgondes déjà victorieux, les mirent en fuite et parcoururent tout le pays, massacrant tout ce qui leur tomba sous la main, depuis tenfant jusqu'au vieillard 2. D'autres affirment que, loin de songer à prendre leur revanche d'une première défaite, les Franks s'enfuirent d'épouvante en voyant la tète de Clodomire au bout d'une pique ennemie'. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils se retirèrent, cette fois comme la première, sans avoir pu prendre pied en Burgondie. Grégoire de Tours dit bien qu'ils écrasèrent les Burgondes et s'emparèrent de

(i) Id. loc. cit.

(2} Quod videntes Franci , iiiinio doloïc el ira romnioli, Godoinaïuin pcrsequenlesexterininant, Burgondioncsperimunt,cunclasquc rcgiones dévastantes, a pui-ro iisqito ad seiu'm omncs ptii nierunt. Gesta Francor. XXI.

("W Agalhins. Hislm. i. 4.

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leur j3ays*; mais c'est une assertion qu'il ne taul pas prendre à la lettre et dont la fausseté est démontrée par la suite même de l'histoire.

Cependant le roi goth de l'Italie, Théodoric, suivait de son cô^é son plan de conquêtes dans la Gaule et le suivait habilement. Dès qu'il vit les Burgondes aux prises avec les Franks, il les attaqua vigoureusement les uns et les antres. Ce fut, selon toute probabilité, en 5^3 et tandis que les fils de Clovis détrônaient Sigismond , que les Ostrogoths s'emparèrent de plusieurs villes importantes de la Buigondie, parmi lesquelles on nomme Genève el Martigny , dans le Valais.

Mais le principal effort des généraux de Théodoric fut dirigé contre les Franks. Des confins de la Septimanie une arméje de Goths et de Visigoths s'avança vers les parties méridionales de l'Aquitaine et s'empara successivement de la province de Rodez, du Vivarais, du Vêlai et de plusieurs villes des Cévennes. Ces pays appartenaient tous, ou |)our la plupart , à Thierry, qui ne se mit pas même en mouvement poui- les défendre. Ses frères ne parurent pas s'inquiéter davantage des progrès des Golhs dans le Midi.

On ne sait ce que Thieriy faisait dans cet intervalle ni ce qui pouvait i'empècher de venir au secours de ses villes d'Aquitaine. Quant à Childebert ol à Clotaire , ils étaient giavement occupés.

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<]lodoniire avait laissé trois fils en bas àge,Théobakl, Goutbaire et Clodovakl, le plus jeune des trois. Leur grand-mère, Clotilde, les avait recueillis auprès d'elle et les soignait avec tendresse, en attendant que, selon l'usage et le droit des Franks, ils fussent mis en possession du royaume de leur père, qu'il s'agissait par conséquent de morceler en deux ou trois parts, au détriment de la puissance franke*.

Cbildebert résolut de prévenir ce morcellement; mais il avait besoin pour cela du concours de l'un au moins de ses frères, et il s'adressa à Clotaire par un message ainsi conçu : « Notre mère a pris sous sa garde les fils de notre frère et veut leur donner le royaume (de leur père). Il faut que tu arrives bien vite à Paris, afin que nous délibérions ensemble sur ce qu'il y a à faire à ce sujet. Faut-il , après avoir rasé les clieveux à ces enfants, les traiter comme le reste du peuple? ou bien faut-il les tuer et partager également entre nous le royaume de notre frère 2? »

fout joyeux de la proposition, Clot^^re accourut à Paris pour en délibérer avec Cbildebert. Celui-ci avait déjà lait répandre dans le public la rumeur que les fils de Clodomirc allaient être établis dans le royaume de leur père, et ce fut sous le prétexte <\v procéder à cette installation que les deux frères

(t) Gregor. T.iin.i. III. 18 (•x) Loc. cit.

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firent demander à leur mèie Clotilde les deux plus âgés des enfants, c'est-à-dire Tliéobald qui avait, dix ans, et Gontaire qui en avait sept. Clotilde les remit sans hésitation et sans défiance entre leurs mains. Une fois maîtres de la personne de leurs neveux, Childebert et Clotaire envoient à Clotilde un messager qui se présente à elle, tenant d'une main des ciseaux et de l'autre une épée nue, symboles expressifs de raîternative qu'il est chargé de lui offrir. Il faut que ses deux petits-fils soient ou égorgés ou tondus et dégradés à jamais du rang royal ; c'est à elle à déclarer lequel de ces deux partis elle préfère pour eux. Il paraît que dans son trouble, dans le mélange de douleur et de colère dont elle fut saisie à ce message , Clotilde proféra quelques mots équivoques qui furent aussitôt portés à Childebert et à Clotaire comme un indice que la vieille reine aimait mieux voir ses petits-fils morts que privés du trône ^.

Là-dessus Childebert se fait amener les deux enfants, et Clotaire, saisissant l'aîné par le bras, le pousse à terçe et lui plonge son couteau dans l'aisselle. Le second enfant, voyant massacrer son frère, se met à pousser des cris lamentables et se jette aux genoux de Childebert en le conjurant de le sauver. Un moment ému des larmes et des prières de cet enfant, Childebert propose à Clolaiie de l'épargner. Celui-ci s'en indigne. « Pousse -moi cet

fi) T.oc. cit.

enfant, lui dit-il, ou je le tue à sa place. Quoi ! c'est toi (jui as lout arrangé, et tu renonces si vite à ton engagement^? w Cliildebert n'insista pas, et le second fils de Ciodomire fut égorgé comme le premier. Le troisièuje fut sauvé, mais tondu et cacbé dans un cloître juscju'à l'âge d'être ordonné prêtre.

Cela fait , le reste était aisé pour Cliildebert et Clotaire; ils se partagèrent par moitié le royaume de Ciodomire, el, que ce fût ou non leur intention, ils concenuèrent d'autant les domaines et les forces des Franks. Thierry ne s'opposa d'aucune manière à cette politique de ses frères; mais peutêtre songeait-il déjà à les imiter et à les surpasser, comme nous allons voir qu'il l'essaya.

Hermanfried, ce chef des Thuringiens qui s'était ligué contre son frère Bertliaire avec Thierry, n'avait pas tardé à offenser mortellement ce dernier. Il avait gardé pour lui-même tout le pays qu'il avait promis de partager avec son auxiliaire et ne s'en était pas tenu là. Il avait exercé contre certaines peuplades frankes, soumises à Thierry, des hostilités dont il suffira de citer un trait pour donner une idée de la manière dont les Franks et leurs sujets ou voisins d'Outre-Rhin se bravaient et se provoquaient à la guerre,

fi) At ille (Chlolliacarius) conviciisactum [Childeberlum), ait : « Aut ejice eum a te, aut ceite pro eo morieris. Tu, inquit , es incpstator hiijiis caus??, rt tain \eloritci rie fidc itsilis? " Loc cit.

I o8 KÈGNIi

Ayant surpris les peuplades dont j'ai parlé , les l'haringiens leur enlevèrent on ne sait combien d'enfants et deux cents jeunes filles. Les enfants, ils les accrochèrent tous à des arbres par le muscle de la cuisse; les jeunes filles, ils les firent toutes périr dans des supplices dont l'écartellement fut le j)lus doux et le moins recherché ^.

Ce ne fut que plusieurs années après ces cruautés, en 5^8, que Thierry s^ongea à en tirer vengeance.

II se ligua dans cette intention avec Clotaire, et les deux frères firent ensemble deux campagnes consécutives , dans lesquelles ils exterminèrent une bonne partie de la population guerrière des ïhui-ingiens, si bien que la nation se trouva, pour quelque temps, hors d'état de remuer.

îl parait que, dans toute cette guerre, Clotaire avait aidé Thierry de son mieux, et l'histoire ne dit pas un mot d'où l'on puisse soupçonner qu'il se fût élevé la plus petite mésintelligence entre les deux frères. Mais l'occasion était belle pour Thierry de gagner un royaume, en se débarrassant d'un frèi-e, et Thierry n'était pas homme à la perdre. Je rapporterai le trait dans les termes précis de Grégoire de Tours; rien n'en pourrait suppléei- l'énergie naïve.

« Tandis que les rois franks étaient en Thuringe, «Thierry voulut -tuer Clotaire, son frère. Ayant « disposé en seciet des hommes armés, il manda ii

(I ' Oji peut voir rcs détails dans r.rt'goirc (If Toms. liist. III. 7.

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